Agenda Culturel

 

 

 

 

 

 

Un homme de l'ombre

Un homme de l'ombre de Banyuls-dels-Aspres


PIERRE PALAU

Le 23 février 1943 Pierre PALAU chef de station SNCF à Banyuls-des-Aspres est arrêté par la police des frontières et la Gestapo; déporté,

il meurt cinq mois plus tard à Mauthausen (Autriche). Il a 51 ans.

Pierre Isidore PALAU est né à Villemolaque dans les Pyrénées-Orientales en 1892, fils d'un émigré espagnol et d'une mère originaire

de Corsavy. Il se maria le 12 août 1914 à Alénya (Pyrénées-Orientales) avec Rose Bernadoy. Celle-ci était née à Opoul

dans le même département.

Viticulteur à Villemolaque Pierre Palau signe un engagement volontaire dans l'armée, ce qui lui permet la nationalité française1.

Réformé dans un premier temps, il est néanmoins déclaré bon pour le service en 1917; mais sa santé fragile et

"une sclérose diffuse des deux poumons" en service commandé le 5 août 1918 à Fère -Champenoise (Marne)

ne lui permettent pas de poursuivre la guerre jusqu'à l'armistice.

Fin1919 il commence  une carrière de cheminot à la Compagnie du Midi puis à la SNCF qui le mènera

jusqu'à Banyuls-dels-Aspres en tant que chef de station. Pierre Palau est militant à la SFIO, avant 1939,

pendant plus de vingt ans, et militant syndicaliste CGT ( tendance confédérale).

Fin 1941, début 1942 il s'engage dans la Résistance et fait passer la frontière vers l'Espagne

à des hommes et des femmes qui lui sont amenés depuis Palau-del-Vidre le plus souvent et qu'il réceptionne

au lieu-dit " Le Christ".

Sur le certificat d' appartenance à la Résistance délivré après guerre il est dit "passeur isolé" mais cela semble peu probable;

de plus deux hommes de Banyuls sont arrêtés au même moment  : Ambrosio ALCHISO,un ancien des brigades internationales

réfugié à Banyuls et Jean BREGEON qui, lui aussi déporté à Mauthausen reviendra à la Libération.

Ces arrestations simultanées peuvent  laisser penser à une organisation.

Arrêté le 23 février 1943 Pierre Palau est conduit à la citadelle de Perpignan où il est torturé par la police allemande,

interné d'abord à Bordeaux il est ensuite conduit a Compiègne et déporté à Mauthausen.

Parti de Compiègne le 20 avril 1943 il arrive à Mauthausen, après un voyage de deux jours le 22 avril, il fait partie

de l'opération MEERSCHAUM ( Ecume de mer).

A partir de 1942 les besoins économiques de l'Allemagne entraînent  une nouvelle utilisation économique des camps de concentration :

les camps doivent devenir rentables pour permettre la victoire.

Il faut déporter de la main d'œuvre de l'ouest. C'est ce que doit permettre l'opération MEERSCHAUM 2.

Cette déportation se fait à partir des premiers mois de 1943. Six transports sont organisés,

trois vers SACHSENHAUSEN3les 24 janvier , 28 avril et 8 mai 1943 , un vers BUCHENWALD 4fin juin et

deux partis de Compiègne vers MAUTHAUSEN5 les 16 et 20 avril 1943;

ce dernier convoi est celui de Pierre Palau, il comptait 997 hommes dont 933 Français.

Dans le premier transport les déportés reçoivent les numéros 26 173 à 27 163.

Dans le second transport ils ont les numéros 27 732 à 28 718.

Pierre Palau N° 28 708 fait partie du deuxième transport.

Les motifs de  ces arrestations peuvent être différents :

ce sont des hommes aptes au travail qui sont raflés en masse à Lyon ou à Nancy,

mais aussi de communistes, des syndicalistes ou bien des hommes soupçonnés de "sentiments antiallemands"

. Le fichage de la police française et  les dénonciations ont été largement utilisés.

Plusieurs dizaines de détenus condamnés pour activités communistes par les tribunaux français

sont remis aux autorités allemandes.

Il faut noter dans ces convois la forte présence de Français arrêtés pour passage de frontière.



Arrivés à Mauthausen les déportés français des deux convois restent un mois environ au camp central;

ensuite un groupe important part pour le sud de l'Autriche: c'est le Kommando 6 de LOIBL-PASS7pour creuser des tunnels

dans la montagne frontalière de la Slovénie et pour abriter des usines de production d'armement.

Pierre Palau, lui fait partie d'un convoi de 722 déportés dont 254 français envoyés  vers le Kommando

de la banlieue viennoise du WIENER NEUSTASDT, site choisi pour la  production de fusées V2

pour le compte de la firme RAX.

Après les bombardements alliés du site les déportés sont transférés à REDL-ZIPF8 au centre de l'Autriche

où ils arrivent le 30 octobre.

Mais Pierre Palau ne fait pas ce voyage, il est mort le 19 septembre 1943. Son terrible itinéraire est achevé.

Le 12 août 1949, le Ministère des Anciens combattants et Victimes de guerre informe Madame Rose Palau à

Banyuls-dels-Aspres que l'urne   enfermant les cendres de Monsieur Pierre Palau a été transférée

du cimetière central de Vienne (Autriche) au cimetière militaire   de Strasbourg-Cronenbourg 9 tombe 22, carré F.


A titre posthume Pierre Palau a reçu la Croix de guerre avec étoile de vermeil, le Diplôme National des Passeurs et

la Commission nationale pour la liquidation des droits lui a attribué le grade de sous-lieutenant.

Une plaque célébrant la mémoire de Pierre Palau fut inaugurée le 6 juillet 1946 en gare de Banyuls-dels Aspres.

Le bâtiment de la gare ayant été, depuis, vendu à un particulier la plaque a été enlevée.

Son nom aussi été gravé sur la plaque apposée en gare de Perpignan célébrant la mémoire

des employés de la SNCF morts pendant la Seconde Guerre mondiale, au combat, exécutés en déportation.

Le village de Banyuls-des-Aspres, un peu tardivement il est vrai se devait de lui rendre hommage,

une stèle va être dévoilée, portant la plaque retrouvée gravée après la guerre et le jardin du Monument aux Morts

portera le nom de Pierre Palau.

 

Françoise GERMA

 

SOURCES

Bulletin trimestriel de la Fondation Auschwitz, N° 93, octobre /décembre,

Emilie Rimbot « Les déportés de Compiègne vers le KL Sachsenhausen »

https://maitron.fr/spip.php?article143746, notice PALAU Pierre, Isidore par André Balent,

https://www.mauthausen-memorial.org

Documents fournis par la famille de Pierre Palau.

NOTES