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Âge d'or des sciences arabes

L’ÂGE D’OR DES SCIENCES ARABES : VIIIe -XVe SIÈCLE.

Par Jean-Marcel GOGER, professeur d’Histoire contemporaine à l’UPVD,Université de Perpignan-Via Domitia.

« Sciences arabes » renvoie essentiellement à des sciences rédigées en arabe.

Le texte qui suit correspond à la présentation d’une exposition itinérante : celle que l’Institut du Monde arabe a consacrée au sujet durant l’hiver 2014-2015. Le présent  exposé a été prononcé à deux reprises : le vendredi 23.1.2015 pour les 18e Rencontres « Maghreb si loin, si proche », au Centre culturel de Cabestany,  et  le mercredi 29.4.2015 à la conférence de  l’APHPO,  Association pour la Promotion de l'’Histoire dans les Pyrénées-Orientales.

PRÉAMBULE :-Dans la 1ère moitié du 11e siècle, le physicien ouzbek Al Biruni recommande une méthode qui résume adroitement l’esprit des sciences arabes durant leur belle époque médiévale : « accueillir avec  gratitude les apports des collègues prédécesseurs, tout en corrigeant leurs erreurs.  Léguer à la postérité une contribution sérieuse et constructive ».

- Pour évoquer plus en détail les implications de cette logique,  la présentation est organisée en deux parties : l’une inscrit le thème dans des repères généraux,  l’autre propose une revue des domaines où les sciences arabes excellent.

1. REPÈRES GÉOGRAPHIQUES ET HISTORIQUES.

DES CONQUÊTES À L’UMMAT.

- De 632 à 750, les cavaliers arabes conduisent de grandes conquêtes.  Ils diffusent leur religion, leurs coutumes et leur langue.  L’espace conquis correspond à peu près au monde tel que l’imaginait d’est en ouest Alexandre le Grand : il s’étend de la frontière chinoise aux plages atlantiques du Maroc.

La limite orientale de ce vaste ensemble est le Machrek,  ou Levant.  A l’extrémité ouest, les confins constituent le Maghreb,  ou Couchant.

- Les provinces rassemblées ne composent jamais un Empire d’un seul  tenant,  y compris au temps du puissant califat abbasside de Bagdad (762 à 1258). La même remarque vaut pour l’époque du grand sultanat ottoman de Constantinople (1453 à 1918).

- Fondamentalement,  l’étendue conquise ressemble à une fédération qui agglomère des peuples en leur laissant des marges d’initiative : c’est pourquoi l’ensemble est appelé l’Ummat  islamya,  « la Nation communautaire de l’Islam ».

L’UMMAT PRIVILÉGIE LA CULTURE.

- L’Ummat fonctionne à la manière des Empires d’Alexandre, de Rome ou de Byzance : la culture y prévaut sur le politique pour créer un sentiment d’appartenance globale.  C’est pourquoi les sciences prospèrent dans cette ambiance de priorité culturelle.  De plus, le monde arabo-musulman est privilégié par sa situation de carrefour sur les routes de diffusion des savoirs : il contrôle l’aboutissement des deux routes de la soie en Méditerranée orientale ;  il reprend les ports phéniciens du Maghreb et les arrivées  septentrionales des pistes sahariennes ;  ses marins sont maîtres de l’Océan Indien.

- En 1453, lorsque les Ottomans de Mehmed II s’emparent de Constantinople,  cette position de carrefour devient un monopole en Méditerranée orientale.  Il est vrai que,  depuis le 7e siècle, l’Empire byzantin ne cesse de céder du terrain à son rival arabe. La raison en est simple : alors que le christianisme byzantin tend à s’égarer dans des  confrontations de théologiens persécuteurs,  le Prophète lègue une religion claire et simple,  avec des préceptes compris par l’ensemble des fidèles.

Les conquérants arabes peuvent ainsi rallier les populations qui sont victimes des querelles byzantines.

LE TRAIT D’UNION PORTUGAIS.

- En Méditerranée orientale, la position monopoliste de la culture arabo-turque ne procure qu’un avantage relatif : des faiblesses persistent en effet à l’ouest.  Dès 1415, convoitant la pointe nord du Maroc, le prince portugais Henri le Navigateur ordonne la conquête de Ceuta,  un port autrefois carthaginois.  Pour les Portugais, Ceuta devient ainsi la base d’une vaste entreprise de contournement de l’Afrique.  En 1488, Bartholomé Dias double timidement le Cap de Bonne Espérance.  En 1498, son collègue Vasco de Gama le dépasse franchement : aidé par des pilotes arabes de Zanzibar, il débarque à Calicut et Goa, dans la pointe sud-ouest de l’Inde.

- À partir de ces épisodes, la Renaissance culturelle s’affirme en Europe, grâce aux découvertes maritimes, et grâce aux manuscrits orientaux que les Vénitiens achètent aux négociants  turcs de Constantinople.  Les nouvelles livraisons de manuscrits permettent de retrouver des textes  antiques à forte authenticité, des traités qui échappent aux traductions approximatives des moines de l’Occident médiéval.  De fait, les moines occidentaux réinterprétaient souvent en bas-latin, et ils évitaient de lire le grec.

LES SCIENCES ARABES ET LES RENAISSANCES EUROPÉENNES.

- Dès son éveil du 8e siècle, la grande culture arabe s’est démarquée de son homologue ouest-européenne : sans hésiter, elle s’est largement inspirée des manuscrits gréco-byzantins.  Elle a repris la géographie de Ptolémée en y ajoutant les récits d’explorateurs aventurés en Afrique et en Asie.

En architecture, elle a amélioré les coupoles et les arcs outrepassés des Byzantins.

- Entre 718 et 1492, lors de la Reconquista catholique en Espagne, la ville de Cordoue se trouve en position intermédiaire entre le Nord chrétien et l’Al Andalous musulmane : capitale de l’Emirat puis Califat de Cordoue entre 756 et 1031, la cité cordouane s’impose comme un grand centre culturel.

- En 1236, Ferdinand III de Castille s’en empare : dans toute l’Europe de l’Ouest,  cette prise diffuse des transcriptions fidèles de textes grecs, des copies que les linguistes andalous ont transposées en arabe, puis en latin assez classique. En Europe occidentale, ces traductions inédites génèrent une Renaissance de l’aristotélisme, un renouveau où s’illustre vers 1260 le théologien romain Saint Thomas d’Aquin.  Le néo-aristotélisme du 13e siècle imbibe la Renaissance européenne du 16e siècle.  Il ne se démode qu’aux 17e et 18e siècles,  avec les découvertes de Galilée et de Newton.

-Sans s’engager jusque-là, l’exposition présentée s’arrête au 15e siècle, au moment où les Turcs renforcent la culture arabe à l’est, tandis que les Portugais l’affaiblissent à l’ouest. Ce basculement stratégique est déstabilisant, et il sort les sciences arabes de leur âge d’or médiéval.

-L’exposition évoque l’apogée de la période 701-1500  en recensant ses succès scientifiques.

Cependant, avant cela, l’exposition étudie les canaux de diffusion qui ont véhiculé toutes ces réussites.


2] LES DOMAINES D’EXCELLENCE.

LES CANAUX DE DIFFUSION.

- Du 8e au 15e siècle, les savants arabes créent un réseau d’écoles, d’universités, de bibliothèques et d’hôpitaux expérimentaux.  Ils perfectionnent des sciences byzantines comme l’agronomie, l’astronomie, la géographie, la mécanique ou la médecine.

- Partageant les perspectives du physicien Al-Biruni, ces érudits ajoutent des sciences nouvelles, telles que l’algèbre, la trigonométrie, ou le décompte du temps. De même, alors que les Grecs hellénistiques  avaient inventé le parchemin pour mieux diffuser leurs théories, les copistes arabes empruntent aux Chinois la fabrication du papier.

- Entre 800 et 1080 toutefois,  la diffusion scientifique reste étroite,  car elle n’est prodiguée qu’en arabe.  La vraie propagation intervient ensuite, avec une profusion de livres  traduits en persan savant.  Sur cet élan,  Al-Andalous propose des traités d’astronomie et de mathématiques en hébreu. Ensuite, lors des trêves qui émaillent la Reconquista ibérique,  Cordoue amorce des traductions du grec et de l’arabe vers le latin.

-Au 13 siècle,  Palerme vient jouer un rôle identique, grâce aux médiations de Frédéric II Hohenstauffen.  De 1220 à 1250, Frédéric II est empereur d’Allemagne et d’Italie du Nord,  mais aussi roi de Sicile. En 1227, Frédéric II est excommunié par le pape Grégoire IX.  Motif : renonçant aux croisades offensives,  il sollicite l’amitié des princes d’Egypte et de Tunisie.  Sa cour palermitaine devient un havre international pour  les mathématiciens,  les plasticiens et les biologistes,  auxquels il autorise les dissections.

-Après avoir étudié les canaux de diffusion de l’âge d’or,  l’exposition détaille les disciplines qui ont contribué à son prestige international : successivement la maîtrise des traductions,  les mathématiques,  l’astronomie, la géographie,  la médecine,  la physique,  les arts appliqués et décoratifs.

LA MAÎTRISE DES TRADUCTIONS.

- Après 766, les premiers califes abbassides attirent les traducteurs dans leur capitale neuve de Bagdad.  Constructeur de cette ville,  Al-Mansour (754-775) fait traduire des traités de science grecque et indienne.  Son 3e successeur est Al-Mamun (813-833),  lequel édifie la Maison de la Sagesse.  Cet établissement héberge les meilleurs savants du 9e siècle arabe.  Les agents de la Maison prospectent méthodiquement pour trouver des livres rares dans les communautés religieuses ou chez les élites cultivées.  Vers 870, le traducteur le plus célèbre de la Maison est Hubayn Ibn Ishaq. Les traducteurs bagdadis du 9e siècle ont beaucoup travaillé sur les œuvres d’Euclide (géométrie) ; de Ptolémée (géographie) et de Galien (médecin de Marc-Aurèle au 2e siècle, spécialiste des plaies).



LES MATHEMATIQUES ET L’ALGEBRE.

- Vers 500, les Arabes disposent déjà d’une fiabilité en calcul et en géométrie, grâce à leurs marchands et à leurs architectes.  Après 800, ils progressent en traduisant des traités grecs,  indiens et irakiens.  Ils peuvent ainsi  inventer l’algèbre,  la trigonométrie et l’analyse combinatoire.  Après 1100, les mathématiques arabes sont traduites en hébreu et en latin: l’Europe accède alors au calcul décimal, à l’algèbre et à la trigonométrie.  Le zéro n’existait pas dans le comptage latin : venu de l’Inde, il est transmis à l’Occident par les Arabes.

- Parmi les grands mathématiciens de l’âge d’or médiéval figurent deux Ouzbeks : Al-Kwarizmi (9e siècle) et Al-Biruni (11e siècle). Vers 830, le premier intègre le zéro dans le calcul décimal, cela tout en donnant son nom aux algorithmes qu’il conçoit pour l’algèbre.  Physicien réputé, le second est aussi un as de la trigonométrie.

- Chez les Grecs,  l’équivalent du zéro est un point porteur de non-valeur,  dans un nombre qui achève une série sans unités supplémentaires.  Pour simplifier l’écriture des nombres,  les Indiens combinent le point avec des chiffres qui s’inspirent beaucoup de ceux des Grecs.  Les Arabes transforment le point en cercle zéro et ils clarifient le graphisme des Grecs : ils instituent ainsi la numérotation moderne.

 

L’ASTRONOMIE.

- Les  savants arabes utilisent initialement l’astronomie aristotélicienne de l’Alexandrin Ptolémée (2e siècle).

Au 12e siècle, l’observatoire iranien de Maragha dépasse cette cosmologie,  en y introduisant des orbites de corps célestes.  Précurseurs de Copernic et de Galilée,  les Maraghiens ajustent considérablement l’astrolabe des Grecs.  Avec ses deux cercles emboîtés, cet instrument sert à évaluer les latitudes terrestres,  le positionnement des corps célestes et la hauteur des obstacles.  Pour les mesures courantes,  seules des portions d’astrolabe sont utilisées : chez les Grecs anciens, l’octant (1/8è de cercle) ; chez les Arabes médiévaux,  le quadrant  (1/4) ; après 1730 chez les Anglais, le sextant (1/6è).  Le British Museum dispose d’un astrolabe en cuivre et argent de 1712 : celui de Shah Husain, dernier souverain savafide de Perse.

LA GEOGRAPHIE.

- Dès le 9e siècle, les savants arabes ont privilégié la géographie humaine.  Ils devaient en effet renseigner les gouvernants sur les  potentialités de leurs territoires : en Europe occidentale, cette obligation n’est sérieusement amorcée qu’au 18e siècle.  La géographie des Arabes décrit les écrins naturels,  la position des villes,  le maillage des itinéraires,  ainsi que les ressources régionales.

Deux géographes humanistes se distinguent : le Kurde Ibn Hawqal (10e siècle) et le Maghrébin de Palerme Al-Idrissi (12e siècle).  Deux autres géographes sont réputés pour leur habileté à compiler les notes de leurs vastes explorations : le Valencien Ibn Jubayr (12e siècle) et le Marocain Ibn Battuta (14e siècle). Ibn Battuta produit un  « Journal de Route » qui chemine de la Crimée au Niger,  et de la Haute-Egypte à la Chine.



- En complément à ses traités, la géographie arabe améliore la précision cartographique.  Au 9e siècle, à Bagdad, le calife Al-Mamun réclame à ses astronomes le dessin précis d’une carte du monde. Tout un travail de cartographie suit : il oriente les mirhabs des mosquées vers La Mecque,  il figure les bons itinéraires terrestres et il indique les entrées sécurisées des ports. Au 15e siècle, les cartographes portugais s’en inspirent pour dessiner leurs portulans (de l’italien portolano : le pilote portuaire).

La CHIMIE

-Au 9e siècle, les chimistes arabes traduisent des textes grecs, égyptiens et irakiens.  Simultanément, ils conduisent des expériences pour mieux décomposer les substances matérielles.  Influencés par l’Iranien Jabir Ibn Hayyan (8e siècle), ils cherchent la quintessence de la matière : ils rêvent d’isoler le composant qui transmuterait le métal commun en or, ou encore l’élixir qui guérirait toutes les maladies.

-Tous ces présupposés alchimiques aboutissent à des transformations réelles de composés minéraux, végétaux ou animaux.  Les chimistes arabes favorisent la production industrielle de cosmétiques,  de parfums,  de savon et de vinaigre.  Le chimiste le plus connu est le Bagdadi Abu Bakr al-Razi (10e siècle).



La MEDECINE

-Au 8e siècle, la médecine arabe est enseignée en grec, en persan et en syriaque.  Au  9e siècle, les premières traductions en arabe affectionnent particulièrement le Grec Hippocrate (4e siècle av. J-C) et le Gréco-Romain Galien (2e siècle).

-Pourtant, les grandes cités comme Bagdad, Cordoue ou Damas développent leur propre recherche médicale.  Du 9e au 15e siècle, l’enseignement médical est dynamisé par l’hôpital avant-gardiste du Caire. Ensuite, du 12e au 19e siècle, l’hôpital de Damas prend le relais. Dans leur originalité, les médecins arabes ne dissocient pas les malaises du corps et ceux de l’esprit. Très observateurs, ils répertorient  avec  soin les médicaments dont ils disposent, ou qu’ils ajoutent à leur liste.

- Quatre médecins arabes sont particulièrement réputés : Al-Zahrawi ;  Avicenne ; Averroès et  Ibn-al-Nafis. Andalou du 10e siècle, Al-Zahrawi crée des instruments de chirurgie.  Ouzbek du 11e siècle, Avicenne publie « Canon de la médecine »,  un ouvrage traduit ensuite par les Vénitiens,  et qui subjugue les Européens de 1527 à 1700. Cordouan du 12e siècle,  Averroès commente Galien et Avicenne dans ses « Généralités médicales ». Ces dernières  deviennent en latin le « Colliget », autrement dit la «Collection médicale ». Enfin, au 13e siècle,  le Damascène Ibn-al-Nafis est le premier à décrire la circulation du sang dans les poumons.


 

 

 

LA PHYSIQUE.

-La physique arabe prolonge celle de deux Grecs du 3e siècle av. J-C : Archimède et Euclide. Elle affectionne la statique et l’hydrostatique. Au 12è siècle, le Gréco-Turkmène Al-Khazini réfléchit sur les effets de levier : il élabore une théorie qui localise plus aisément le centre de gravité des objets tridimensionnels.

-Parallèlement,  les physiciens arabes travaillent l’optique,  pour améliorer la vision,  pour comprendre la décomposition de la lumière,  pour fabriquer aussi des miroirs incendiaires.  Au 11e siècle, le Persan Alhazen définit une démarche physicienne en trois étapes : observation des phénomènes naturels,  reproduction des phénomènes en laboratoire,  définition de formules mathématiques à partir des expériences effectuées.

LES ARTS APPLIQUES ET DECORATIFS.

- Ces arts englobent la mécanique, l’architecture et la décoration, la calligraphie et la musique.

LA MECANIQUE.

- Dans la Grèce antique, l’ingénieur conçoit surtout des machines de siège : au 3e siècle av. J-C, le Syracusain Archimède symbolise cet art guerrier.  A partir de cette ingénierie, la mécanique arabe innove : elle étudie le mouvement,  la chute et l’équilibre hydrostatique des corps.  Ses savants illustres sont  l’Ouzbek Al-Biruni (11e siècle) et le Gréco-Persan Al-Khazini (12e siècle). Cette discipline produit des norias hydrauliques,  des instruments de levage,  des horloges fiables et des armes à mécanismes complexes.

L’ARCHITECTURE ET LA DECORATION.

- Les  hadiths interdisent de figurer la création.  Par conséquent, la culture arabe utilise le calcul ou la chimie comme bases de l’architecture et de la décoration.  La géométrie encadre les plans d’ouvrages ;  la trigonométrie oriente les sanctuaires ;  la chimie harmonise les couleurs des faïences. Deux savants brillent dans cette branche : le Bagdadi Abu-al-Wafa (10e siècle) et le Samarcandi Al-Khashi (15e siècle).  Le second fait progresser l’art d’édifier les coupoles, avec des influences probables sur la Renaissance  italienne.


LA CALLIGRAPHIE ET LA MUSIQUE.

- Comme les Grecs, les compositeurs arabes donnent à la musique une régularité mathématique.

Ils travaillent méticuleusement sur la note,  sur l’intervalle et sur la combinaison des deux.  Tel est le cas pour le Persan Al-Farabi,  philosophe et musicien du 10e siècle.

La calligraphie arabe s’inspire de la géométrie d’Euclide.  Au 10e siècle, le Bagdadi Ibn Muqla lui confère une symétrie précise.  Par la suite,  la hauteur des lettres est  définie par le point de base,  et l’amplitude  courante de chaque caractère  varie entre trois et douze points.  La calligraphie s’orchestre autour de l’alif, la première lettre de l’alphabet.  Les deux écritures principales sont la cursive souple et la solennelle plus anguleuse.

CONCLUSION AVEC UN EXPLORATEUR.

- Pour conclure,  il est possible de s’émerveiller en même temps que l’explorateur valencien Ibn  Jubayr. En 1183, ce lettré de 38 ans embarque à Ceuta sur un navire génois : destination La Mecque. De retour en 1185, le voyageur effectue un autre périple oriental entre 1189 et 1191. En 1217, il décède à Alexandrie,  lors de son troisième pèlerinage.  Il est connu pour sa « Relation de Voyage », un récit qui compile les notes de ses deux premières pérégrinations,  tant en Méditerranée qu’au Proche-Orient.  Les circuits d’Ibn Jubayr  relient Le Caire à Alep, en passant par La Mecque, Bagdad et Mossoul.

- Lorsque le Valencien séjourne à Damas,  il est ébloui par la profusion des lieux de culture : « il y a là vingt médersas (écoles universitaires) et deux hôpitaux, un neuf et un vieux.  Les médecins y viennent chaque matin,  ils examinent les malades et ordonnent de préparer les remèdes… Ces hôpitaux sont les plus beaux titres de gloire de l’Islam.

Les médersas en sont un autre. La plus belle est celle de l’Emir Nour-ed-Dîn (1117-1174), où se trouve son tombeau.  L’eau vient y couler par une rigole… Le regard est surpris par la beauté de ce spectacle ».  Ici, le jardin oriental est une oasis paradisiaque.  Il apporte à l’université une sérénité propice à l’apprentissage.  Dans l’Italie du 16è siècle, les jardins d’agrément s’inspirent de ce modèle.


 

Pour aller plus loin

1-Sous la direction d’Ahmed DJEBBAR : Les Sciences arabes, 8e-15e siècle, Arles : Actes Sud, novembre 2005, 328 p.

2-Ahmed DJEBBAR : L’âge d’or de la science arabe, Paris : Ed. Le Pommier/Le Collège de la Cité des Sciences et de l’Industrie n°22, juin 2013, 192 p.

3-Edouard DULAURIER : Les Sciences arabes au Moyen-âge, 26 630 Le Coudray : Editions Le Mono, mai 2012, 110 p.

4-Danielle JACQUART : L’épopée de la Science arabe, Paris : Découvertes Gallimard n°479, 27 octobre 2005, 128 p.

5-Nathalie LEVY : L’âge d’or des Sciences du Monde arabe, Waterloo : La Renaissance du Livre, avril 2009, 128 p.

6-Roshdi RASHED, avec la collaboration de Régis MORELON : Histoire des Sciences arabes, 3 tomes, Paris : Seuil, septembre 2003, 1 119 p. Tome 1 : Astronomie, 376 p ; tome 2 : Mathématiques et Physique, 422 p ; tome 3 : Technologie, Alchimie et Sciences de la Vie, 321 p.