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TREVILLAC « Livre historique »


TREVILLAC « Livre historique »

Histoire d’un village du Fenouillèdes par son curé, l’abbé Oriol


Trévillac

C’est un village du Fenouillèdes (1). Naguère nommé Trévilhac (2), c'est un village de la partie languedocienne du département des Pyrénées-Orientales, comme la graphie de son nom l’indiquait. Il est situé à 540 mètres d’altitude avec une superficie de 17, 24 km2, sur la route d’Ille-sur-Têt à Sournia Les villes et villages proches de Trévillach sont : Montalba-le-Château à, 2,75 km, Tarerach à 3,25 km, Trilla  à 3,65 km, Caramany à 4,30 km, Pézilla-de-Conflent à 5,32 km.

Le lieu est cité au XIe siècle et le village appartenait au diocèse d’Alet  avant la Révolution (3).]


Le village a beaucoup souffert des épidémies de choléra au XIX siècle. Sa population est passée de 314 habitants en 1856 à 219 en 1900 et 205 en 1911.

Le curé Oriol

Charles François Oriol est né à Bompas le 28 (juillet ou août ?) 1865, il a été ordonné prêtre le 22 septembre 1888. Il est ensuite vicaire à Saint-Joseph le 1er octobre 1888, vicaire à Thuir, le 10 août 1889, curé de Porté le 15 juin 1891 et curé de Trévillac à partir du 1er octobre 1894, curé du Perthus le 15 mars 1904, curé du Soler, le 1er octobre 1926, chanoine honoraire 1941. Il est décédé 1er novembre 1949 à Bompas.

Né sous Napoléon III, il avait 6 ans quand s’est terminée la guerre de 70 et il connut les débuts de la Troisième République.

Une lettre du 16 mai 1902, adressée au vicaire général révèle un peu la personnalité de l’abbé. Le style est celui d’un homme énergique qui s’exprime avec un franc-parler évident : La femme S. a chanté sur tous les tons qu’elle allait obtenir à bref délai mon déplacement et un déplacement qui ne serait pas brillant. Elle n’a pas réussi tant mieux. […]

Avant de finir Monsieur le Vicaire général, permettez-moi de vous dire que votre lettre se termine par une phrase qui m’a fait beaucoup de peine. Vous me dites que « quand un curé peut faire plaisir à l’un de ses paroissiens à si bon compte, avec quel empressement devrait-il en accepter l’occasion ! C’est ce que vous allez faire. » Il ne m’est pas permis de m’insurger contre le ton comminatoire de ces dernières paroles. […] Avant d’intimer un ordre à un prêtre, il faudrait l’interroger pour savoir de quoi il retourne.(4)

Nous savons de lui qu’il eut en garde au Perthus, en 1910, pendant la période où il tint la cure, Suzanne Oriol, la fille de son frère, à la suite de la mort de la mère de l’enfant en 1906 et pendant que le père était militaire et mobilisé pendant la Guerre de 14.

Provenance et analyse des documents

Suzanne Oriol conserva le cahier de son oncle ; elle épousa Marcel Rancoule, le frère de Gabrielle Rancoule, épouse Roure et mère de Jean-Louis Roure  par qui le cahier nous est parvenu.

Le document que l’abbé Oriol, curé de Trévillac, a qualifié de livre historique, fut rédigé en « l’an de grâce »1900.

Il ne fait pas allusion à une enquête diocésaine particulière mais explique les motifs de cette rédaction : « Les statuts diocésains exhortent fortement tous les curés à rechercher et à enregistrer tous les documents intéressant l’histoire de chaque paroisse ». Il donne cette exhortation en latin (5), dont, à défaut de traduire mot à mot, il nous donne le sens, à savoir « qu’il n’est pas douteux que si tous les curés du diocèse voulaient faire la monographie de leur paroisse, on pourrait, entre autres avantages, faire l’histoire ecclésiastique du diocèse aussi complète que possible. » Il regrette l’absence de sources et de devoir se contenter des très modestes archives de la paroisse qu’il a recopiées avec « des notes très brèves et des petites notices très incomplètes ». Il demande à ses successeurs à la cure de finir de remplir le cahier.

Le cahier commence la liste des curés de la paroisse de Trévillach depuis 1652, collée à la couverture. Il s’agit d’une liste de trois colonnes, la première portant le nom du prêtre, la seconde, son 1er acte à Trévillac avec parfois précisions sur son service et sa relation avec l’autorité publique ou religieuse (vicaire de Montalba, prêtre assermenté), la troisième son dernier acte. La liste s’arrête au curé Oriol, dont seulement le premier acte, du 1er octobre 1894, est mentionné (6).

 

 

Cette liste des prêtres et suivie de trois pages blanches ; à la quatrième page commence un texte de quelques feuillets, rédigé, semble-t-il, « au brouillon » et parfois au crayon à papier sous forme d’abord d’une liste de questions avec quelques réponses, puis de reprise des questions avec des explications approfondies ou pas de réponse du tout de la part du curé Oriol. Ce brouillon contient en outre des calculs, des notes, quelques croquis préparatoires.

Outre les noms des pasteurs de la paroisse depuis le XVIIe siècle les informations recueillies par l’abbé Oriol précisent l’implantation de la religion – catholique - dans ce village du Fenouillèdes au début du XXe siècle, avant la Séparation de l’Église et de l’État. Les espaces consacrés, les bâtiments, les services religieux et même sociaux sont présentés, ainsi que la participation des fidèles à la vie religieuse : fabrique, dons, assistance aux messes et aux processions.

Liste des questions, posées au curé Oriol par le diocèse ?

C’est une longue liste, en vue d’une histoire religieuse du village et du département ? ou d’un inventaire diocésain visant à savoir la valeur domaniale, les terrains, églises, presbytères et mobiliers dans la période de tensions qui précède la Séparation des Églises et de l’État ?

Le curé Oriol répond d’abord brièvement à certaines questions :

Question : la paroisse possède-t-elle des archives ?

Réponse : La paroisse possède des archives mais insignifiantes. Il semble que le mot rayé en bout de phrase est « un acte ou inexacte » ?

Les documents concernant Trévillach, Séquère (7) et Roquevert (8) se trouvaient à Alet (évêché) jusqu’à la Révolution et transportés à Carcassonne après le Concordat, où ils se trouvent actuellement.

Question : Dresser l’inventaire des archives en indiquant le contenu de chaque document important ?

1 – Etat des revenus des biens des pauvres de la commune dressé le 20/03/1828.

2 – Devis pour la construction du presbytère 28 février 1825.

3 – Travaux et fournitures pour la construction du presbytère 9 janvier 1827.

4 – Inventaire des ornements, meubles, etc de l’église dressé le 27 août 1790.

5 – Nomenclature des biens et revenus de la commune de Trévillach appartenant au Baron de Rabouillet, le 31 août 1763.

6 – Traité entre la commune et de M. Abadie pour l’achat de l’horloge actuelle, qui a couté 350 francs, qui a déjà servi à l’église de St Paul (de Fenouillet). Elle a été achetée le 10 août 1831.

7 – Mémoire des usages de la paroisse fait le 9 janvier 1784 par M. Louis de Lapeyrouse curé depuis 16…

- Pas de comptes de la fabrique et des aumônes pour les pauvres.

Question : Possède-t-on le registre historique ? non.

Question : La commune possède-t-elle des archives ? non rien que des actes

À quelle date remontent les registres, aux actes de baptêmes, de mariages et de sépultures ?

Question : Existe-t-il, dans ces archives, des comptes de l’église, des pauvres, antérieurs à 1790 ? Oui.

Trouve-t-on, dans les études de notaires, chez les particuliers, dans les vieilles maisons de la paroisse, des parchemins, des papiers, des registres anciens, des documents intéressants, pour l’histoire locale ?

Assurément il existe chez M. Vergnes, notaire à Sournia et M. Rotgé, propriétaire à Sournia des documents intéressants pour l’histoire locale. Il n’existe rien à Trévillach. J’ai demandé aux familles Cante, Escoffet, Grieu, Jean Faure s’ils n’auraient pas des papiers anciens ; ils m’ont répondu négativement et je suis persuadé qu’ils sont dans le vrai.

L’abbé Oriol sépare ces premières réponses de la suite de son travail.



Commune

Question : Formes diverses du nom de la localité - Etymologie.- Mentions dans les documents anciens ?

Trévillach aujourd’hui : depuis le commencement du siècle. Au XVIIIe siècle on écrivait Trévilhac. Quant à l’étymologie, je ne connais rien de précis. Ce mot signifierait peut-être trois villages.

Question : Que sait-on sur les origines de la localité ? Y a-t-il des grottes, souterrains, fontaines, étangs ou puits légendaires ?

Il n’existe qu’une grotte tout près de Roquevert, au sud du bois de la Merla. Elle servait de refuge de refuge aux soldats qui devaient batailler sur la petite tour placée à sa droite, un peu du côté du couchant, on l’appelle aujourd’hui la Coba d’en Calh( ?)

Question : Peut-on indiquer l’emplacement d’antiques châteaux encore conservés ou démolis ? Relever les principales particularités qu’ils présentent : inscriptions, sculptures, écussons. Trouve-t-on quelques traces d’autres constructions, murailles, fortifications, remontant à la féodalité ?

Sur le territoire de la commune, se trouvent les ruines de deux châteaux, du château de Sequère et du château de Roquevert. À Séquere il ne reste plus que les quatre murs et deux piliers en maçonnerie qui montent depuis la base jusqu’à un mètre au dessus des murs (les habitants appellent dans leurs plaisanteries ces deux piliers les demoiselles de Sequère). La toiture du château n’existe plus. Le château avait été construit pour défendre le Conflent des invasions de Fenouillèdes. Il fut brûlé par les grandes compagnies  espagnoles pendant le quatorzième siècle.


 

 

Du village de Sequère, il ne reste que l’église qui sert aujourd’hui de cortal. Au nord de l’église se trouvait l’ancien cimetière où l’on trouve encore des ossements. Un bénéfice ecclésiastique était sans doute attaché à Sequère puisqu’en 1760 le curé de St Just de Narbonne vint faire prendre possession du bénéfice à un abbé du Narbonnais. St Vincent était le patron de l’église de Sequère. Ni au château, ni à l’église on ne trouve ni inscrption, ni sculpture, ni écusson.

Question : Quels étaient, avant 1790, les biens et revenus de la cure ?

Réponse : Les revenus de l’église paroissiale consistaient :

-1° En une vigne, qu’il dit ne pas connaître mais qui devait être bien petite. Il précise que « ses produits suffisaient à peine pour la faire travailler ». Cependant, son revenu devint plus considérable puisqu’il fallait prélever l’honoraire de cinq messes de requiem pour le repos de l’âme de M. Lacau ou Lacan qui donna cette vigne à la fabrique.

- 2°En un champ sur la route de Montalba (chemin).

- 3°En la ferme de deux pressoirs.

- 4°Produit du louage du double décalitre.

- 5°50 cestiers de seigle en forme de mont de piété. Approuvé par Monseigneur.

- 6°Dans la vente de gâteaux par chaque maison aux marguilliers le jour du patron.

- 7°Enfin dans les produits, du pain bénit et du bassin de la Vierge.

Question : Où était situé le presbytère avant 1790 ?

Réponse : Il était au sud est de l’église. Il fut racheté par la famille Cante lors de la Révolution, au nom des marguilliers, la tourmente passée, la famille garda cette maison qu’elle possède encore.

Question : A-t-on construit un nouveau presbytère ?

Réponse : Oui en 1824. Aux frais des habitants pour les murs et la toiture, avec une subvention préfectorale de 600 francs pour subvenir aux réparations  à faire à l’intérieur de la maison.

Question : À quelle époque prit naissance la paroisse ?

Réponse : J’ignore à quelle époque Trévillac fut érigé en paroisse. Au XVIIIe siècle l’annexe de Tarerach était paroisse puisqu’en 1831 elle avait pour curé l’abbé Félix Pugnaud de Montalba.

Après la révolution, la paroisse fut privée de curé jusque vers 1830. En 1830 le curé de Trévillach dut desservir  Arboussols, Tarerach et Trévillach.

L’église

Question : Trouve-t-on des vestiges d’anciennes églises détruites ?

Réponse : La lourde bâtisse qui supporte le clocher devait être dans des temps assez éloignés l’église paroissiale. La sacristie actuelle devait servir de chevet. Cette construction est supportée par des arceaux qui pourraient être ceux de l’église. Aujourd’hui cette construction et à moitié vide. Elle renferme l’horloge et l’échelle pour gravir le clocher. Sur la sacristie  se trouvent les ruines d’un grand pigeonnier qui était en droit du baron de Rabouillet.

Question : L’église actuelle est-elle ancienne ?

Réponse : On ne connaît pas la date de sa construction. Elle doit avoir été construite au XVIe siècle. La chapelle de saint Vincent n’existait pas encore en 1887. C’est M. l’abbé Caseponse qui l’a faite construire.

M. Cante Grieu a donné une petite partie de son salon attenant à l’église pour donner à l’église la forme actuelle. […]

Dans les murs extérieurs il n’y a ni bas reliefs, ni signes lapidaires, ni inscriptions, ni moulures, ni gargouilles, ni modillons, ni créneaux.

Question : Quelle est la forme du portail ?

Réponse : Romane. La statue dans la fenêtre au-dessus du portail a été placée à cet endroit par M. Caseponce. Elle était à l’autel de la vierge avant l’acquisition de la statue actuelle du Rosaire.

Question : Quelle est la forme du clocher ?

Réponse : Il n’y a qu’un clocheton à trois ponts. Le clocher était tout à fait à l’ouest de la masse lapidaire qui supporte aujourd’hui le clocheton. Ce dernier n’a été construit que vers 1830. Il est fait « à touyne » tirée du côté de val d’herbe.


Question. Combien y avait-il de cloches avant 1790 ?

Réponse : Il y avait deux cloches. En 1791 l’État en revendiqua une pour battre monnaie.

Question : Combien y a-t-il de cloches actuellement ?

Réponse : Il y a actuellement trois cloches. Les cloches ont été achetées vers 1830. On les porta à bras depuis Rodès jusqu’à Trévillac (9).

Questions : Quelles sont les dimensions ?

Réponse : Longueur 12m, 41 jusqu’au pied du premier degré 5m, 92,

Largeur 7m, 07 et 5m, 90 à l’autel,

Hauteur de la nef principale 8m, 75,

Du chœur ? 4m, 30

[…]

Question : y-a-t-il des vitraux colorés ? Oui.

Question : Que représentent-ils ?

Réponse : Dans la tribune ou chaque côté un sujet eucharistique, au milieu sainte Julie, au-dessus de la tribune Notre Dame de Lourdes.

Question : Y-a-t-il dans l’église des statues antérieures à ce siècle ?

Réponse : Les statues de saint Martin, de saint Sébastien,  et la statue extérieure de la    […]

Question : En quelle matière sont les autels ? le banc de communion ? la chaire ? Sont-ils anciens ? Sont-ils peints ou sculptés

Réponse : Le maître autel est en marbre. Il a été fait sous le ministère de l’abbé J… Les deux autres autels sont en bois.[…]

Question : Les fonds baptismaux sont-ils anciens ? Quelle est leur forme, leur matière ?

Réponse : oui. Forme cuve, maçonnerie. Le cadre qui se trouve sous les fonds baptismaux a été donné par Mme Grieu Catherine.


Questions (sans réponses)

Y a-t-il, dans l’église, des tableaux anciens ou nouveaux ? des retables peints ou sculptés ? Où sont-ils placés, que représentent-ils ?

Y a-t-il, dans l’église, la sacristie ou le presbytère, des reliquaires en métal ou en bois ? des grilles en fer forgé ?

Réponse : Une seule grille enfer forgé, celle du maître autel.

(Note : La plupart des objets précieux que possédait la paroisse avant 1790 fut enlevée par l’administration du district de Prades.)

Question : L’église possède-t-elle un orgue ?

Réponse : L’église ne possède qu’un tout vieil harmonium. Je l’ai réparé moi-même en 1896. J’ai du changer la soufflerie et tout le jeu des languettes. Cet harmonium a été donné à l’église par M. Joseph Bache. Lorsqu’il en a fait cadeau l’instrument était déjà plus qu’une ruine.

Question : Le cimetière est-il situé autour de l’église ?

Réponse : Le cimetière est situé à l’ouest du village environ à 15 mètres e la dernière maison (AUGUSTE Grieu tailleur). Il ne contient ni monuments, ni inscriptions, ni dates.

Question : Y a-t-il, dans la paroisse, des chapelles, des calvaires ? Sont-ils visités, quels jours ?

Réponse : Il y a un petit calvaire situé à 150 mètres à l’est du village. Il a été élevé à la suite d’une mission sous le ministère de l’abbé Julia. On s’y rend processionnellement si le temps le permet le soir du jeudi Saint vers les 7h ½.

L’abbé Caseponce avait acheté un petit lopin de terre qui se trouve entre le Christ et la route. Embarrassé de son achat après son départ, il revendit cette parcelle de terre pour la somme de 10 francs à M. Sire Antoine Cyprien qui y a plante un are ( ?) de pieds de vignes.

Question : Quel est le patron de la paroisse ?

Réponse : Saint Martin patron majeur de la paroisse. Fête le 11 novembre […]. Saint Vincent patron mineur.

Question : Quels sont les vocables du maître autel ? des chapelles latérales ? Y a-t-il eu substitution de vocables nouveaux à d’anciens vocables ?

Réponse : Sacré-Cœur, Saint Martin, Saint Sébastien. Le Christ qui est placé en face de la chaire était avant l’acquisition de la statue du Sacré Cœur au milieu de maître autel. Il a été mis à la place actuelle le 28 avril 1889. Mlle Escofet Herminie a payé cette statue 500 fr.

Question : Quels sont les saints honorés en culte spécial dans la paroisse ?

Réponse : Saint Norbert, saint Sébastien, Saint Antoine, saint Roch.

Note : la statue de saint-Joseph avec l’enfant Jésus à ses pieds  a été prohibée par le pape Pie IX en 1875 .

Question : La paroisse possède-t-elle des reliques ? Donnez un bref résumé des authentiques de ces reliques. Leur culte donne-t-il lieu à des fêtes, cérémonies, neuvaines, pèlerinages ? Sont-ils invoqués dans un but spécial ?

Réponse (au crayon mine) oui.

(Notes : Authentique de la Sainte-Croix, 13 mai 1786.)

Auth. Du reliq. Qui se trouve dans la boite 24 oc. 1861, 1867.

Auth. Des reliques qui se trouvent dans le reliquaire 10 janvier 1855.

Le bureau de bienfaisance

Question : À quelle date remonte la création d’un bureau de bienfaisance dans la commune ?

Réponse : Le bureau de bienfaisance tel qu’il fonctionne aujourd’hui a été crée vers l’an 1845.

Question : Quels en sont les revenus ?

Réponse :Le bureau de bienfaisance rapporte aujourd’hui 137 fr.(10)

Question : A-t-il recueilli certains revenus de l’ancienne table des pauvres ?

Réponse : Le bureau de bienfaisance actuel a été formé avec les capitaux qui formaient au XVIIIe siècle la caisse des pauvres. L’argent étant placé déjà en 1770 chez des particuliers qui payaient 5%.

Il y a une trentaine d’années l’État fit rentrer L’argent prêté et le plaça en rentes de l’État, ainsi fut constitué le bureau de bienfaisance actuel.

Le capital primitif avait été constitué par le même donateur qui établit la caisse des pauvres à Campoussy et à Rabouillet .


Fabrique et fondation

La fabrique de Trévillach a été légalement organisée en 1839. Cette fabrique, en date du 6 juillet 1890, s’est engagée à faire célébrer tous les ans à perpétuité deux messes à honoraires de 1,50 francs chacune, pour le repos de l’âme de feu Marguerite Delonca. C’est une fondation.


La fête patronale, la saint Martin

Avant la Révolution, après les vêpres solennelles, on chantait les vêpres des morts, suivies de la bénédiction du saint Sacrement. Monseigneur (l’évêque) laissait libre le prêtre de donner ou non la bénédiction, selon qu’il le jugeait convenable, surtout si les paroissiens se livraient aux dons avant la fin de l’office.

Le lendemain de la fête du saint Patron, une grande de requiem, que l’on tient en compte sur celles que fournit le bassin du purgatoire.

Le bassin des morts donne les cierges à l’autel et à la représentation après la messe, le libera au bas de l’église avec l’absoute. Après quoi, au cimetière, de nouveau le libera avec l’absoute et des de profondis à la dévotion du peuple.


Actuellement, on chante complies la veille de la fête. La première messe se célèbre à 7 heures, à 10 heures grand’messe avec toute la solennité possible, à 2 heures ½ vêpres suivies de la bénédiction du très saint Sacrement. J’ai eu tous les ans à me plaindre de l’assistance aux vêpres de la saint Martin. L’assistance est plus nombreuse aux complies qu’aux vêpres. Les étrangers qui viennent à la fête sont la cause de cette regrettable abstention.

Le lendemain, grand messe à 10 heures, après la messe absoute et procession au cimetière. On chante le miserere pendant la marche. Au cimetière on chante l’absoute et récitation du de profundis.

(La fin de la description a disparu.)



Coutumier de la paroisse de Trévillach

En l’an de grâce 1900, la paroisse de Trévillach est encore une bonne paroisse. Les fidèles  fréquentent les cérémonies d’une manier très suivie. Les mauvaises doctrines qui règnent en tant d’endroits, qui s’infiltrent jusqu’aux plus humbles paroisses n’ont pas encore trouvé d’issue dans cette petite population. On n’y reçoit aucun mauvais journal excepté un Indépendant. Le journal La Croix. Ce périodique hebdomadaire est lu avec fruit par beaucoup de paroissiens. Les mœurs y sont généralement respectées. Les cérémonies sont fréquentées  avec beaucoup d’assiduité et de recueillement. Les sacrements sont reçus par la plupart des fidèles.

Malgré les tristesses, les difficultés et les défaillances du temps présent, Trévillach est encore une bonne paroisse. Les bonnes mœurs sont à l’honneur ; la paix, l’union règnent dans les familles malgré des discordes qui ont lieu entre concitoyens à l’époque des élections municipales. Le dimanche est généralement respecté, les offices sont fréquentés, le devoir pascal est rempli par la plupart des femmes et un grand nombre d’hommes et de jeunes gens.

La vérité m’oblige à dire qu’il y a cependant un peu d’indifférence parmi les fidèles. Le moindre travail occupation sert de prétexte. Certains de ceux-ci manquent la messe pour le moindre prétexte. Cependant personne ne meurt sans sacrement

Les cérémonies se font très régulièrement et avec un éclat digne d’admiration grâce au chœur du chant d’hommes et de femmes qui se font toujours le plus grand honneur et e plus grand plaisir de chanter du mieux qu’ils peuvent les louanges du Seigneur.

L’église est toujours dans un état digne de l’Hôte divin qui l’habite.

Dans la semaine la messe a lieu à 7h. Depuis le 1er mars jusqu’après la fête de saint Martin. Cette dernière heure est un peu tardive, mais les habitants de Trévillach n’ont pas l’habitude de se lever matin. Même à 8h il faut souvent faire lever le servant de messe.

Dimanches

A la première messe fréquentée surtout par les bergers on ne manquera jamais de faire de faire une exhortation qui ne durera pas plus de 10 minutes. Cette petite instruction est nécessaire. Les fidèles y sont presque tous le jour du dimanche et il arrive que la première messe contient presque autant de fidèles que la grande.

La grand messe a lieu toute l’année à 10h précises. Inutile de recommander l’exactitude militaire pour l’heure des cérémonies les dimanches et jours de fête. La grand messe est toujours chantée, le chantre ne faisant jamais défaut. L’instruction pourra durer  un quart d’heure ou vingt minutes, les fidèles l’écoutant toujours avec attention si elle a été préparée ; ils ne tardent jamais à remarquer si elle a été honorée de quelques soins pour la prédication. Une instruction qui ne  ( ?) fatigue beaucoup à être écouter.

Les vêpres ont lieu à 3h depuis le jour de Pâques jusqu’à la Toussaint ; à 2h1/2 depuis la Toussaint jusqu’à Pâques. Les hommes sont plus nombreux aux vêpres. Il faut souvent les chantres avec les enfants et les femmes, il est rare cependant qu’il n’y ait aucun chantre.

 

Noël

La veille vers les 6h du soir complies solennelles. À minuit grand’messe, immédiatement après la grand’messe, messe basse d’action de grâce. La paroisse entière assiste à ces deux messes. Les communions y sont assez nombreuses. C’est la seule fête en dehors des fêtes paschales (sic) où la table sainte les communions sont assez nombreuses. Pendant la seconde messe les chantres chantent des cantiques.

À 10h seconde grand’messe.

À 2h 1/2 vêpres suivies de la bénédiction du saint Sacrement.

(Les autres messes, complies, misere, sont mentionnées  en particulier pour la fête votive à la saint Antoine et à la saint Sébastien, en l’honneur de saint Vincent, patron mineur de la paroisse, autrefois patron de Sequère et le 2 février, jour de la bénédiction et de la distribution des cierges. On donne gratuitement un  cierge de 0 franc,25 aux marguilliers, au maire, aux chantres et aux personnes qui entretiennent les autels de saint Vincent ; aux autres, fidèles on distribue gratuitement de petites chandelles d’offrande. Grand’messe. Vers les 6h du soir chant des complies et bénédiction du saint Sacrement.

Le dimanche la 1ère messe a lieu à 7h depuis le 15 septembre jusqu’aux premiers froids et depuis le 1er mars jusqu’au mois de mai. Pendant l’hiver on dit la messe à 7h1/2. Pendant l’été à 6h ½. On pourrait la dire à 6h mais il faut attendre les fidèles de Tarerach (qui entre parenthèses deviennent de plus en plus rares).

Tous les jours de l’année exceptés  les trois mois de vacances ont lieu sur la fin à la tombée de la nuit (lorsque les chèvres sont arrivées) le chapelet, la prière et le catéchisme. J’ai essayé au commencement de mon ministère dans cette paroisse de faire le catéchisme, soit après la messe, soit à 11h, soit à 4h. J’ai pu constater que ces heures avaient trop d’inconvénients et que l’heure la plus propice était l’heure indiquée plus haut.

Peu de personnes assistent à la prière. On est quelquefois  avec les seuls enfants du catéchisme, mais c’est rare. Quelques personnes s’y groupent […] assistent quelquefois au catéchisme ; c’est toujours un bien. Je me permets de  recommander à mon successeur de continuer cette habitue. Elle est  pour les enfants et pour les fidèles.

Notes

1. Aujourd'hui, le Fenouillèdes, entouré, au Nord par le département de l'Aude, à l'Ouest par le pays de Sault, au sud Ouest par le Conflent, au Sud par les Aspres et la plaine du Roussillon et au Sud Est par les Corbières roussillonnaises,  est constitué de plateaux rocailleux et de massifs forestiers. C'est un pays de vignes ; toutefois du côté de Rabouillet et du col d'Aussières, les activités traditionnelles restent l'élevage d'ovins, de bovins, de caprins et la culture maraîchère.

Le Fenouillèdes, "Pagus Fenioletensis", des Romains qui signifierait "Pays des foins". Les ruisseaux  rejoignent l’Agly dans la vallée au fond de laquelle se sont créés quelques villages.

Dès le traité de Corbeil en 1258 la région a été rattachée à la couronne de France, alors que le reste appartenait au roi d'Aragon Jacques 1er le conquérant. La liimite Nord de l'Aragon passait par Opoul, Vingrau, Estagel, Montner, Néfiach, Ille sur Têt, Rodès, Tarérach, Molitg, Mosset et Puyvalador. La limite de la langue catalane passe par ces mêmes villages !

Cette limite qui a perduré jusqu'au traité des Pyrénées en 1659.

Lors de la création des départements français en 1790, le Fenouillèdes est amputé de sa partie haute, à savoir la vallée de la Boulzane, qui est rattachée à l’Aude.

2.Trévilhac (occitan), Trévillac (catalan), Trévillach (français) .

3 Diocèse d'Alet, créé par Jean XXII en 1318, il comprenait 1100 paroisses dont 30 dans la viguerie de Fenolhèdes. Le plus célèbre de ses évêques est Nicolas Pavillon (Paris 1597 /Alet 1671), proche des jansénistes et de Port-Royal, il est nommé par Richelieu évêque d'Alet en1637. "Evêque de village", il veut redresser son clergé, préparer les nouveaux prêtres à l'évangélisation. Il visite le Fenolhédes en 1668, 1671, 1674. Le diocèse  est divisé en trois parties au moment de la création des départements.

4. Archives diocésaines  des P.-O. Trévillac.

5. "Vehementer optamus ut duplex liberin singulis parochiis conficiatur: historicus unus ad consignanda quae notanta digna et memoranda quolibet anno contigerint, et ea etiam quae ad ampliorem praeteritorum temporum notitiam conducere valeant."

6. Les curés de Trévillach.

Le curé Oriol dresse une liste de 28 prêtres, curés et vicaires depuis 1652, au milieu du XVIIe siècle jusqu’à son arrivée en 1894.

Avant la Révolution, paroisse du diocèse d’Alet, Trévillac avait un curé ou un vicaire. Les patronymes sont semblent-t-il languedociens, on trouve le paronyme Fajoulaud à Sournia même, les autres en Languedoc. Les ministères sont plutôt longs, mais leur succession est irrégulière.

L’abbé Fajoulaud a exercé un long ministère de 16 ans entre 1652 et 1668, son successeur, l’abbé De Lacour aussi, 36 ans entre 1669 et 1704 et il est mort en 1705.

L’abbé Lagrifoul ne s’occupe de la paroisse que pendant deux ans et en 1707 et 1708 il y a seulement des vicaires à Trevillach. Les successeurs font à nouveau de longs séjours dans la paroisse, le curé Billé de 1709 à 1732… le curé Jambert de 1744 à 1765. Le curé Lapeyrouse est à Trévillach de 1765 à 1783, son neveu est son coadjuteur puis devient curé en 1778 et le reste jusqu’en 1804 alors qu’un prêtre assermenté (ayant accepté la constitution civile du clergé) Soulaire, est signalé pendant cette période sans précision sur ce ministère.

Le curé Oriol précise pour le Curé Lacour, venu au village en janvier 1669 et mort au village le 15 juillet 1700, que son testament existait encore dans les archives en 1790. Veut-il dire les archives de la cure ! Probablement ? Celles-ci ont été rassemblées et apportées par les commissaires à Prades, d’après le cahier.

Après le concordat de 1801, la paroisse a régulièrement un pasteur sauf en 1823 après le départ du curé Castello au bout de 5 mois, alors que l’abbé Gros de Montalba vient s’occuper des fidèles de janvier à mars 1828 seulement.. Les patronymes Llondres, Parès, Tixador, Julia…sont plus catalans. Le plus long ministère, celui du curé Tixador dure 12 ans de 1869 à 1881. Le plus célèbre des curés est l’abbé Caseponce, né à Céret en septembre 1859, ordonné prêtre en 1874, curé de Trévillach de 1896 à 1890 ; décédé à 83 ans. C'est un homme de lettres qui, dit La semaine religieuse,  "écrivait la langue catalane avec une limpidité de style, une force d’expression, une richesse de coloris qui font l’admiration des lettrés […] surnommé à juste titre le La Fontaine catalan."

Séquère apparaît pour la première fois dans un document datant du XIe siècle Il stipulait qu'un alleu englobait Palmes et Sequerre, qui se trouve actuellement sur la commune de  Trévillach ("Alodem de Palma vel de Sachera"). Dans divers document le lieu  est nommé Sacheria, Saccarias, puis Sequera. Il n'y a plus de mention connue jusqu'en 1410 ou un autre document  apprend que Bernard-Berenger de Perpertusa est seigneur de  Roquevert, Trevillach, Sequerra, etc..

8 Roquevert est sur le territoire de Trévillach, à la limite de celui de Sournia, de Prats-de-Sournia, et Pézilla-de-Conflent. Le nom apparaît dans un document au XIVe siècle, à travers le village de Rabouillet, qui devient une possession de la puissante famille de Peyrepertuse. Cette dernière fera élever Rabouillet au titre de Baronnie, qui en englobait Roquevert, Sequère, Prats-de-Sournia, et Trévillach. Cette baronnie a vécu jusqu'à la révolution, époque où Rabouillet est devenu une commune officielle.

9 Les cloches. Archives diocésaines. Comment le curé Tixador a conservé la petite cloche. Lettre à l'évêque de Perpignan le 17 septembre 1870.

A la réception de la dernière circulaire de sa Grandeur invitant les fabriques à se réunir pour offrir une cloche au gouvernement de la défense nationale, je fis un appel chaleureux à mes paroissiens, leur communiquant à la fois  et votre circulaire et celle de Monsieur le préfet, l’homme éminemment français qui dirige le département. Il fut convenu que la petite cloche continuerait à sonner la prière et qu’une somme équivalente serait offerte à Monsieur le préfet.

10 En 1855 le dictionnaire d’économie charitable de Martin-Dorsy précise que « Trévillach (321 habitants)  n’est pas un chef-lieu de canton mais a un bureau de bienfaisance disposant de 92 francs 50.

 

Jean-Louis Roure, Madeleine Souche.

Les archives  recueillies par le curé Oriol vont être présentées ultérieurement.