Agenda Culturel

 

 

 

 

 

 

Un artilleur dans la Grande Guerre

Octave VINCENT, du 52e régiment d’artillerie de campagne,

de la campagne d’Italie en 1917/18 à l’occupation de l’Allemagne en 1919

La collecte de documents de la Grande Guerre nous permet de présenter rapidement la campagne d’Italie et l’occupation française en Allemagne grâce aux pièces militaires, à quelques cartes postales et quelques dessins faits pendant  la guerre par un brigadier du 52e régiment d’artillerie dont nous avons pu consulter les  archives familiales .

Ces documents appartenaient à Octave Léon VINCENT né le 29 novembre à Nouzerolles, un petit village de la Creuse où il habite jusqu’à la mobilisation.

 

 


Son livret militaire précise sa taille, haute pour l’époque, 1,73 m, alors que la moyenne était 1,68 m (1), avec un visage long, des cheveux et des yeux marron foncés. C’est un artisan et non un paysan; il est charpentier-menuisier. Le village dans le canton de Bonnat fait partie de la subdivision de Guéret. Il appartient à la classe de 1910. Il sait lire et écrire, mais ne sait pas nager. Il a accompli son instruction militaire du 10 octobre 1911 au 29 juillet 1912. Il est devenu maître pointeur dans l’artillerie (2). Il est resté deux ans dans l’armée d’active et il a mérité un certificat de bonne conduite parce que « pendant tout le temps qu’il est resté sous les drapeaux, il a constamment servi avec honneur et fidélité ». Il a été versé dans la réserve en 1913 avec le grade de brigadier, grade équivalent à celui de caporal dans l'artillerie. En 1914, les réservistes de 24 à 48 ans sont mobilisés.  Pendant la guerre, il devient  brigadier–téléphoniste au 52e d’artillerie.


L’artillerie française en 1914

En 1914 l'artillerie est composée de 855 batteries (chacune de quatre pièces), réparties dans 62 régiments d'artillerie de campagne, 2 régiments d'artillerie de montagne, 11 régiments d'artillerie à pied, 5 régiments d'artillerie lourde, 10 groupes d'artillerie d'Afrique et 3 régiments d'artillerie coloniale. Elle fournit 42 artilleries divisionnaires (à neuf batteries, soit trois groupes), 20 artilleries de corps (à douze batteries, soit quatre groupes) et 10 groupes à cheval (à trois batteries). L'artillerie de campagne est exclusivement équipée d’un canon de campagne de très bonne facture : le « 75 » canon de 75 mm modèle 1897, l’œuvre, entre autre, du colonel Deport et du général Sainte Claire Deville. Contrairement aux systèmes De Bange et de Refeye, il possède une culasse à ouverture rapide. Un demi-tour à gauche pour ouvrir, un demi-tour à droite pour fermer, ce qui lui confère une certaine rapidité de chargement. On peut atteindre une moyenne de 15 coups/minute. De par sa conception, les réglages, lors des tirs ne bougent que très peu. Sa mise en batterie est rapide et son caisson d’accompagnement peut contenir 96 coups. Les projectiles sont de deux sortes :

-       l’obus à balles ou schrapnel qui pèse 7 kg 200 et contient 300 billes de plomb durci ; il est armé de la fusée fusante,

-       l’obus explosif à la « mélinite » pèse 5 kg 300, en acier étamé à l’intérieur, est chargé d’un mélange de 60 % de crésylite et de 40 % de mélinite ; il est armé de la fusée percutante.

 

L’artillerie évolue pendant la guerre. La supériorité de l’artillerie lourde allemande était incontestable dès le début de la guerre. Dans l'armée française, il n'existe pas d'artillerie lourde à l'échelon du corps d'armée. Il faut arriver à celui de l'armée pour y trouver un certain nombre de groupes d'artillerie lourde (3, 4 ou 5 groupes par armée), pour un total de 358 canons lourds en service dans l'armée de campagne. Verdun révèle la crise de l’artillerie française alors que les canons étaient les maîtres du champ de bataille. Un programme d’artillerie lourde mobile à tir rapide est mis au point (3). L’artillerie française sort de la guerre avec des effectifs décuplés par rapport à 1914.

 

Octave Vincent appartient au 52e régiment d'artillerie de campagne.


 


C’est un des trois régiments d’artillerie de campagne en garnison à Angoulême : le 21e, le 52e et le 34e régiment d’artillerie de campagne, ce dernier devant être transféré à Périgueux en septembre 1914, étaient rattachés au 12e corps d’armée, dont l’Etat-major est installé à Limoges, ils furent de tous les combats : bataille des frontières, la Marne, la Champagne, la Somme, l’Artois, Verdun, le Chemin des Dames et le 52e sur le front du Piave en Italie.

Le 52e est en Champagne de février à novembre 1917. Les batteries sont retirées du front le 9 octobre et le régiment est au repos du 9 au 17 novembre ; il est ensuite envoyé en Italie (4).


Les troupes françaises en Italie après Caporetto

En novembre 1917, après le désastre de Caporetto (5), et pour éviter la débâcle du front italien, six divisions françaises et cinq divisions britanniques sont envoyées en Italie, accompagnées d’une forte artillerie et de quelques dizaines d’avions (6).



 

Le 12 novembre 1917, le 12e Corps d'Armée reçoit l'ordre de départ pour l'Italie. Le 20, le 52e est en marche pour l’Italie.

Participation du 52e à la campagne d’Italie

Henri CHARLES-LAVAUZELLE,  dans son ouvrage Historique des 52e et 252e Régiments d'Artillerie de Campagne, rappelle les raisons de l’engagement de l’artillerie française en Italie après la défaite de Caporetto.

Le 11 novembre 1917, un coup de téléphone demandant si toutes les unités avaient leurs crampons à glace met la puce à l’oreille de tout le monde. On chuchote que depuis quelques jours des renforts partent en toute hâte vers l’Italie où les choses vont mal. Les Autrichiens, renforcés par des divisions allemandes auraient enfoncé le front et marcheraient vers l’intérieur. Les gens bien informés annoncent un désastre et prédisent les pires malheurs aux pauvres diables envoyés à la boucherie.

A partir de Briançon, précédé par les batteries, le 52e franchit le Mont Genèvre, puis descend la vallée de la Doire Ripaire  jusqu’à Casanna, la première ville italienne. À Susa les Français partagent leur cantonnement avec des troupes italiennes puis embarquent dans des trains italiens qui marchent « à une allure excessivement réduite » (7),


 

traversent de nuit Turin, Milan. Ils débarquent à Decenzano, sur le lac de Garde. Ils sont cantonnés à Valeggio sur Mincio, cantonnement de quelques jours riche en tourisme :

Le pays est plein de souvenirs À côté Borghetto et son vieil aqueduc sur le Mince. Si l’on fait l’ascension des ruines du Scaligère, on découvre un panorama magnifique : au nord c’est le « lago di Garda » avec ses bateaux aux voiles blanches, puis en allant vers l’ouest, l’ossario de Solferino, la plaine de Mantova, Villafranca di Verna, Custozza et son ossario. On a une vue d’ensemble sur tous les champs de bataille témoins de luttes meurtrières ; on peut vivre une page d’histoire. Les quelques journées passées à Vallegio sont très intéressantes.

Octave Vincent envoie une carte en France le 26/11/1917, en précisant qu’il est cantonné à Valeggio et pense y passer quelques jours.

(8)

En novembre 1917, des troupes françaises et britanniques commencent à affluer sur le front italien de manière consistante, 6 divisions françaises et 5 britanniques. Le 4 décembre, deux divisions françaises sont déployées sur le mont Tomba et sur le Monfenera, deux divisions anglaises pour défendre Montello. Les Austro-Hongrois et les Allemands terminent l'année 1917 avec des offensives sur le Piave, sur le plateau de l'Asiago et sur le Mont Grappa. Les Italiens, décimés après Caporetto, sont obligés, pour combler les effectifs, d'appeler la classe 1899 à peine âgée de 19 ans et il est décidé de conserver la classe 1900 pour un hypothétique dernier effort, en 1919.


Artillerie italienne après Caporetto

Le 52e est mis à la disposition de la 23e division d’infanterie, il va cantonner au milieu des collines au nord de Vicenza. Octave Vincent est affecté à la 2e Batterie.

Il envoie une autre carte d’Asiago, le 6 janvier 1918. Il écrit « Trouvez-vous cette vue d’ensemble intéressante ? Oui, n’est-ce pas ? Moi cela me représente la Creuse pittoresque, mais alors avec la montagne beaucoup plus élevée. Nous sommes toujours bien tranquilles  avec une température toujours aussi douce. »


 

Entre février et mars 1918, les batteries occupent différentes positions dans le secteur du Piave.

Le secteur à tenir est à l’est d’Asiago, les tranchées sont sur les pentes de Costalunga et du mont du Val Bella.

Le P.C. st installé dans le val de Campo Rossignolo. Des groupes de montagne s’agrippent sur les flancs du Mosca. Le secteur est assez tranquille. Des observatoires installés dans les sapins, on découvre un merveilleux panorama : au premier plan, la plaine semée de villages en partie détruits et de maisons violées ; puis à l’ouest Asiago, avec ses grandes maisons sans toitures ; au-delà, les montagnes et les bois de Catalongara […] Un observatoire plus élevé, perché sur le Bertinga, permet d’apercevoir l’ancienne frontière autrichienne vers le mont Lisser et la chaîne des Dolomites.

La surveillance du secteur est difficile à cause des bois et des très nombreux mouvements de terrains.

En Mars 18, il reçoit un certificat de l'Etat-major italien:

 

Au printemps 1918, l'Allemagne a retiré ses troupes afin de les utiliser pour l'imminente offensive du printemps sur le front occidental. Le commandement autrichien cherche les moyens de mettre fin à la guerre en Italie. Il suspend les attaques en attendant le printemps 1918 et prépare une offensive qui aurait dû les emmener dans la plaine vénitienne. La fin de la guerre contre la Russie permet de déplacer vers l'ouest la plupart des armées employées sur le front oriental. Entre le 23 mars et le 11 avril, six des onze divisions alliées (4 françaises et 2 anglaises) qui étaient arrivées en Italie à l'automne 1917 sont rappelées sur le front français. Le 12e corps d’armée renforcé en artillerie et en services reste en Italie. De plus l'Italie envoie le 2e corps d'armée en France sous le commandement du général Alberico Albricci. Le moment semble propice pour la les Autrichiens. En juin 1918, ils décident d’en finir avec le front italien et mènent une offensive dans la région d’Asiago. L'offensive du Piave débute le 12 juin par une attaque de diversion près du col du Tonale, les Austro-Hongrois sont facilement repoussés par les Italiens. Les objectifs de l'offensive ont été divulgués aux Italiens par des déserteurs autrichiens ce qui permet aux défenseurs de déplacer deux armées directement dans les zones visées par l'ennemi : l'opération Radetzky commandée par le feld-maréchal Conrad avec la conquête du plateau d'Asiago et du mont Grappa et l'avancée jusqu'à la ligne du Bacchiglione et l'opération Albrecht du feld-maréchal Borojevic avec la percée des lignes du Piave et la conquête de Trévise. Les attaques effectuées par Borojevic obtiennent un certain succès au cours des premières phases jusqu'à ce que les lignes de ravitaillement soient bombardées et que les renforts italiens arrivent.

Octave Vincent a participé à ces combats du printemps 1918 et a soigneusement dessiné « le gourbi téléphonique construit dans un rocher qu’il a habité pendant deux mois » pendant l’offensive autrichienne.


Le 14 juin au soir, un déserteur avertit que la grosse attaque doit être déclenchée par les Autrichiens le 15 à 3 heures . […] Le 15 à 3 heures, on entend sifflet les premiers obus autrichiens. C’est aussitôt une débauche de munitions : arrosage copieux des crêtes, des vallées des routes […] Ce déclenchement se produit la nuit au milieu d’un épais brouillard. Cima del Taglio reçoit de gros calibres, le Bertiaga du 380 et 420 (batteries connues). Les liaisons téléphoniques sont rompues mais le sous–lieutenant Reynaud, installé sur Cima Echar renseignera continuellement le commandement par projection et par fusées. […]

Sous le choc, les Italiens reculent, les français, à leur gauche ne bronchent pas […], les Anglais, encore à gauche, cèdent du terrain et perdent beaucoup d’officiers […).

La vaillance de tous empêche l’ennemi de se maintenir sur la crête, l’attaque a échoué. Dans la journée les batteries subissent de fortes pertes (tués et blessés) ; le soir, la situation est stabilisée sur les pentes de Cima Echar. […] Les jours suivants sont consacrés à la contre-attaque […] Le 20 marque le dernier jour de grande activité. Les ordres saisis sur les prisonniers et les tués montrent que les Autrichiens comptaient bien arriver à la plaine et s’y ravitailler.[…]

Cette quinzaine de combats est très dure pour le régiment qui a tr plusieurs tués et des blessés très graves, beaucoup atteints à la tête et rendus aveugles. […]

Le 2 juillet la situation est complètement rétablie sur le Piave.

Le 13, des messages signalent que le régiment va revenir en France. Des reconnaissances de batteries à cheval se rendent dans nos groupes.

Le 16, le premier groupe descend à ses échelons à Vallonara, au pied de la route de l’Altipiano. L’ennemi bombarde la localité. [...] Le 31, tout le régiment remonte en secteur, le premier groupe reprend ses anciennes positions, le deuxième reprend d’anciens emplacements dans le val Granezza di Gallio.


Est-ce alors qu’il a commencé à dessiner « passe-temps inoubliable »en s’inspirant d’une carte postale l’entrée de Marostica, travail terminé le 28 août 1918?

 

 

 

Le 21, brusquement par téléphone, ordre de se préparer à embarquer le régiment étant désigné pour retourner en France. […] L’embarquement commence le 24 au soir dans les gares de Dueville, Verona (Porta Nuova) et Villaverla.

Le général Diaz, qui a su attendre l’arrivée de troupes américaines et l’aide française, bloque les Austro-Hongrois, prend l’offensive avec 58 divisions contre 73 autrichiennes. Cette offensive décisive est engagée le 24 octobre, ce sera ce que l'on a appelé la bataille de Vittorio Veneto (ou parfois Troisième bataille du Piave), qui mettra un terme au conflit sur le front italien.

L’occupation de l’Allemagne

Le 52e repart en France, le 28 juillet, il arrive en Argonne, combat dans l’est de la France, après l’armistice, il est à Metz le 26 novembre 1918. Le 13 décembre il franchit la frontière lorraine, puis marche vers le Rhin après avoir traversé Sarrebruck, Saint-Wendel… Saint Goar:

Les dernières étapes sont faites sous la neige.

Saint Goar et environs, région occupée à raison d’une unité par village : Biebernheim, Pfalzfeld […]. Arrivée le 20 octobre par très mauvais temps. Les rives du Rhin sont magnifiques. Le fleuve lui-même coule à pleins bords. Le trafic fluvial est impressionnant. Quittant « le chat » et « la souris » on va présenter ses devoirs à « la Lorelei ». Un mois de séjour dans ce pays et la région de Boppard constitue un vrai repos.

Le régiment continue sa participation à l’occupation de l’Allemagne et Octave Vincent reprend son habile crayon pour tracer grâce aux cartes postales de nouveaux dessins « pendant l’occupation de l’Allemagne en février 1919 »


 

 

Revenu de la Grande Guerre, Octave Vincent est affecté dans l’armée territoriale en octobre 1920, puis dans la réserve de l’armée territoriale en octobre 1930 et définitivement libéré de ses obligations militaires le 10 octobre 1936.

Madeleine Souche

Notes

1 Jean-Claude PINEAU, « La stature en France depuis un siècle : évolution générale et régionale », Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, 1993, volume 5, Numéro  5-1-2 , pp. 257-268.

2 Un pointeur donne l'angle de site et la dérive, pointe et repère le canon. Le code des pointeurs d'une batterie comprend : des maîtres pointeurs qui se recrutent parmi les pointeurs, en suivant l'ordre de classement établi chaque année après les écoles à feu. Ils sont au nombre de six: leur cadre est toujours tenu au complet. ils sont nommés par le chef de corps sur les propositions hiérarchiquement transmises par les capitaines-commandants. Ces nominations sont mises à l'ordre du régiment. Inscription en est faite sur le livret matricule et le livret individuel.

3 Véronique GOLOUBINOFF, insitu.revues.org › Numéros 23,2014, Le patrimoine dans la Grande Guerre, Modernisations industrielles et fabrications traditionnelles à travers la photographie et le cinéma militaires : « Quant à Renault, l’entreprise produit dans ses ateliers de Billancourt la majeure partie des pièces du canon de 155 mm à grande puissance Filloux, assemblées ensuite à Puteaux avec le tube, qui est fabriqué à Bourges. Le constructeur produira ultérieurement le tracteur d’artillerie Renault EG1 à quatre roues motrices, destiné à véhiculer ce même canon.

En 1915, la création de la direction des Inventions intéressant la Défense nationale et du service cinématographique spécialisé qui s’y rattache va donner lieu à une nouvelle manière de fixer sur pellicule l’armement de cette époque, non plus sous l’angle de la production industrielle mais sous son aspect scientifique et technique ;  le service de Cinématographie technique (SCT), qui a des opérateurs en commun avec la Section cinématographique de l’armée (SCA), réalise sur divers modèles de fusils des prises de vues en gros plan. L’usage des plans rapprochés permet aussi d’expliquer le fonctionnement des systèmes de réglage de l’artillerie lourde.

D’autres films d’instruction portent sur la posture pendant le tir au fusil ou au pistolet. D’autres encore expliquent à l’aide de petits dispositifs animés composés de modèles réduits, poulies et cordelettes, les mécanismes physiques à mettre en œuvre pour mouvoir des pièces d’artillerie lourde sur un plan incliné.

4 Jean GUICHARD, L’Italie dans la première Guerre Mondiale1915-1918.

« Sur le plan militaire, l’Italie reste inférieure à l’Autriche : les équipements sont anciens (les pinces mises à disposition sont trop faibles pour couper les barbelés, et les soldats italiens se font tuer sur place faute de pouvoir avancer), l’artillerie lourde est très faible (les batteries de moyen calibre disposent de 36 coups par pièce), l’armée ne dispose que de quelques centaines de mitrailleuse. »

5 Caporetto. Deux ans et demi après leur entrée en guerre  aux côtés des Alliés, les Italiens engagent une première grande bataille du 24 octobre au 9 novembre 1917 à Caporetto, sur l'Isonzo, un cours d'eau alpin. Face aux Austro-Hongrois qui bénéficient de l'appui bienvenu des Allemands qui reprochent aux Italiens d’avoir abandonné la Triplice, les Italiens se font bombarder par l’artillerie allemande qui est venue en nombre. Lors de l’assaut initial, masquées par la brume, les forces austro-allemandes utilisent l’artillerie lourde, des explosifs, du gaz et des écrans de fumée pour franchir les lignes de la Seconde Armée Italienne presque immédiatement.  La surprise est totale, les Autrichiens, appuyés par l’artillerie et l’infanterie allemande, percent le front et font reculer d’une vingtaine de kilomètres les Italiens qui fuient sans combattre.Ils reculent en désordre jusque sur le Piave, à 140 km au sud-ouest, abandonnant à l'ennemi la plus grande partie de la Vénétie. Le 10 novembre, le chef d'État-major, Luigi Cadorna, et les troupes italiennes se retirent près de Venise. La défaite est cuisante ; Il y a 280 000 prisonniers, 350 000 soldats séparés temporairement de leur unité, 40 000 morts et blessés, 3 150 pièces d’artillerie (les 2/3 du total de l’armée), 1 700 mortiers, 3 000 fusils perdus et 73 000 animaux de bât et d’importants stocks de vivres. Il y a 400 000 réfugiés.

Ce désastre fut à l’origine d’un roman célèbre d’Emilio Lussu, Un anno sull’altipiano (traduction française : Les hommes contre, Denoël, 2005) et d’une chanson populaire anonyme, que les soldats avaient interdiction de chanter, mais qui devint un succès international : O Gorizia :

La mattina del cinque di agosto                                               Le matin du cinq août

si muovevano le truppe italiane                                          se mettaient en marche les troupes italiennes

per Gorizia, le terre lontane,                                             vers Gorizia, les terres lointaines,

e dolente ognun si partì.                                                   Et chacun partit en souffrant.

Sotto l’acque che cadeva a rovescio                           Sous les eaux qui tombaient à verses

grandinavano le palle nemiche ;                                      tombaient en grêle les balles ennemies ;

su quei monti, colline e gran valli                                        sur ces monts, ces collines et ces grandes vallées

si moriva dicendo così :                             on mourait en disant :

« O Gorizia tu sei maledetta                        « Oh Gorizia tu es maudite

per ogni cuore che sente conscienza !                                pour tous les cœurs qui ont une conscience !

Dolorosa ci fu la partenza                            Le départ fut douloureux

e il ritorno per molti non fu.                                        Et pour beaucoup il n’y eut pas de retour.

O vigliacchi che voi ve ne state                                       Oh lâches, vous qui restez

con le mogli sui letti di lana,                                    avec vos femmes sur vos lits de laine,

schernitori di noi carne umana,                                    qui vous moquez de nous, la chair humaine,

questa guerra ci insegna a punir.                        Cette guerre nous apprend à punir.

Voi chiamate il campo d’onore                         Vous appelez « champ d’honneur »

questa terra di là dei confini ;                           cette terre au-delà des frontières ;

qui si muore gridando « Assassini !»                      Ici l’on meurt en criant « Assassins ! ».

Maledetti sarete un dì.                                Un jour vous serez maudits !

Cara moglie, che tu non mi senti,                           Chère femme, toi qui ne m’entends pas,

raccomando ai compagni vicini                                   je recommande à mes camarades proches

di tenermi da conto i bambini                   de s’occuper de mes enfants

che io muoio col suo nome nel cuor. Car je meurs avec leur nom dans le cœur.

O Gorizia … Oh Gorizia … »

Le romancier américain Ernest Hemingway, qui a assisté à la bataille de Caporetto, la raconte dans son roman : L'Adieu aux armes (1929).

Cadorna, qui était allé de revers en revers depuis la déclaration de guerre, tenta de reporter la responsabilité de la défaite sur le manque de combativité de la troupe. Il multiplia les« décimations » pour l'exemple (plus de six cents fusillés !). Cela ne l'empêcha pas d'être limogé et remplacé par Armando Diaz (1861-1928), qui organisa la résistance sur le Piave et le Monte Grappa, réorganisa l’armée italienne, évitant les répressions et les brutalités inhumaines de Cadorna.

6 Troupes alliées en Italie : les effectifs de 240 000 hommes sont environ 130 000 Français, 110 000 Anglais sous les ordres du général Foch puis du général Fayolle.

7 Francesco BRAZZALE et Roberto SPEROTTO, Centro Arnaldi Via Rossi, 35 -Dueville 1915-1918 FERROVIE DI GUERRA NEL VICENTINO La linea decauville Marostica-Breganze-Calvene-Thiene e altre strade ferrate.

La Prima Guerra Mondiale fu anche un gigantesco meccanismo che produsse l'organizzazione di un più efficace sistema di trasporti e l'allestimento di servizi logistici di grandi dimensioni; furono costruite, in una sorta di lotta contro il tempo, strade, difese, baraccamenti, magazzini, linee ferroviarie, sistemi idrici che permettessero la permanenza delle truppe in linea. In questo quadro, fu subito evidente l'importanza dei collegamenti stradali e ferroviari e l'Alto Vicentino fu interessato dalla creazione di una fitta rete di strade, ferrovie e teleferiche verso l'Altopiano, a partire soprattutto dall'offensiva austriaca del maggio 1916. Delle ferrovie a scartamento ridotto che collegavano la linea ferroviaria nazionale alle zone prossime al fronte si sono invece perse le tracce e d'altra parte nell'immediato dopoguerra le decauvilles furono dismesse ovunque; tra queste, la linea Marostica-Breganze-Calvene-Thiene. Oppure la linea Dueville-Breganze-Marostica, a scartamento ordinario, costruita nella primavera del 1918 fino a Mason Vicentino e rimasta incompiuta per la fine della guerra.

8. Autre carte postale de soldat français.

Bibliographie

Henri CHARLES-LAVAUZELLE, Historique des 52e et 252e Régiments d'Artillerie de Campagne, Paris 1920.

Filippo CAPPELLANO, « Les relations entre les armées italienne et française pendant la Grande Guerre », Revue historique des armées, 250 | 2008, 53-65.

Jean-Pierre VERNEY, Enzo BERRAFATO, L’Italie en guerre - 1915-1918, Soteca, 2013.