Agenda Culturel

 

 

 

 

 

 

Journal d'Amédée Simorre

Journal de guerre d’Amédée SIMORRE

Poilu de Cassagnes dans les Fenouillèdes

4 Août 1914/23 septembre 1914

 

 

Le sergent, Amédée, Joseph, Jean, Antoine, Simorre, né au Vivier, dans le canton de Sournia, le 29 mars 1886, appartenait à la classe 1906. Il est incorporé au 143e Régiment d’infanterie (RI) de Castelnaudary le 25 septembre 1908 et il est fait caporal le 25 septembre1908. Il passe dans la disponibilité de l’armée d’active le 25 septembre 1909. Il appartient à la réserve du 143e de réserve de Castelnaudary et il est nommé sergent le 25 février 1912.

Lorsque l’Allemagne déclare la guerre à la France, le 3 août 1914, il a 28 ans. son livret militaire précise : il mesure 1,68 m, a les cheveux bruns, le sourcil haut, les yeux châtains foncés, le front dégagé, le nez gros, la bouche moyenne, un menton rond et un visage ovale.

 


Il est le fils d’Antoine Raymond Simorre, instituteur au Viviers puis à Cassagnes, et de Marie Léonie Dabat. Il est marié avec Rose Bourdarel, de Cassagnes, fille de bonne famille « qui avait du bien ». Il est vigneron. Le couple a deux enfants Joseph et Raymond.

Homme du Midi, il est surpris par les différences climatiques, la pluie, le froid nocturne en été, entre Le territoire de Belfort et Cassagnes dans les Pyrénées-Orientales.

Dans un carnet, il écrit son expérience de la guerre avec une bonne maîtrise du français : orthographe, description de son environnement et expression de ses pensées. Son journal commence au moment de sa mobilisation ; il est envoyé sur le front de l’Est car l’État-major prévoit une reconquête rapide de l’Alsace et de la Lorraine. Les troupes françaises prennent l’initiative; les premières prises de contact se terminent par des succès. A. Simorre participe aux combats autour de Belfort pendant les premiers mois de la guerre. Son récit est brutalement interrompu par la mort, le 23 septembre, aux combats de Lesseux (Vosges).

La guerre a été déclarée le 4 août 1914.

J’ai été pour ma part mobilisé le deuxième jour.

Je me suis dirigé sur Castelnaudary, où l’on m’a envoyé sur Carcassonne et nous sommes partis pour la frontière, le 15 août à cinq heures du matin. Nous avons débarqué à Belfort le lendemain à deux heures du soir, et de là, l’on nous a dirigés sur Foussemagne la frontière (1).

 

 

 


Premiers succès français

Nous avons passé la frontière le 18 à 7 heures du matin, nous dirigeant sur Hagenbach. Nous avons cantonné dans ce village, et le 19 nous nous dirigeâmes sur Didenheim, au sud de Mulhouse (2). C’est là que nous avons reçu le baptême de feu.



À 9 heures du matin, les canons allemands tonnaient au devant de nous ; le général Sarrail (3) nous a fait déployer et de là, sous une grêle de balles, il nous a fallu faire plus d’un kilomètre sans pouvoir tirer un coup de fusil.


Nous marchions sur les morts et les blessés sous une pluie d’obus. Le 215e(4)  qui a reçu l’ordre de se lancer à l’assaut, a été écrasé ; le 343e (5) a été miraculeusement épargné. Notre artillerie a fait des ravages épouvantables dans les rangs ennemis. On compte les morts par milliers. En somme, journée de massacre, journée terrible. Journée de malheur pour tous, mais journée de bonheur pour nos armes. Les Allemands ont été repoussés loin devant nous.

Après une nuit passée à la belle étoile, nous avons pris position au devant du village le 20, à 6 heures du matin ; des tranchées ont été creusées en attendant la journée en attendant ; la journée du 20 a été employée à faire des retranchements;

J’ai rencontré là Porteil et Izart.

Nous avons vu passer tout un régiment d’artillerie allemande complètement démolis par nos obus. Le nombre de pièces prises a été de 24 avec plus de 40 caissons de munitions. Plus de 80 chevaux ont été pris vivants et harnachés ; les autres, 200 en moyenne ont été réduits en bouillie avec leurs cavaliers.

Les Allemands se sont retirés en désordre de l’autre côté du Rhin.

La nuit venue, nous avons pris nos postes dans les tranchées, et nous avons dû coucher sur la terre humide des tranchées.

21 (août) - La matinée a été employée à creuser des tranchées de verdure. Rien n’était épargné ; tous les arbres fruitiers étaient coupés au ras du sol et déchiquetés en un clin d’œil.

Le soir, nous sommes partis à 3 heures et, à 7 heures nous arrivons à Galfingue (6). Ici, bon cantonnement, et une bonne nuit de repos, nous a remis de la fatigue des jours précédents.

22 – La journée du 22 a été passée à Galfingue. Toute la matinée nous avons fait des retranchements en avant dans le village. Le soir, travaux de nettoyage. Dans la soirée nous avons entendu le canon tonner du côté Nord. La canonnade a duré 2 heures environ. La nuit a été bien calme. Même cantonnement et bonne nuit de plus.

23 – Rassemblement à 8 heures, après une parade d’une heure, on nous a fait rentrer au cantonnement. Le soir, j’ai pris la garde à l’entrée du village.

Après une nuit passée à la belle étoile, nous sommes rentrés dans la section. Je me rappellerai longtemps ces soirées passées en cantonnement d’alerte, soirées brumeuses et froides qui nous éprouvent beaucoup, à nous les méridionaux.

24 – Rien de nouveau à signaler. Dans la matinée, toujours même cantonnement, toujours même travail.

Nous avons vu pour la première fois les cigognes d’Alsace, oiseaux que nous n’avions jusqu’ici, vus que ans les livres. C’est sans doute le bruit de canon qui les a dérangées, car le canon tonne toujours. Par moment le sol tremble.

Nous avons vu passer une centaine de blessés des troupes algériennes se dirigeant sur Belfort. Nous avons vu le résultat de la bataille de Brunstad : 60 morts et 12 ou 1 500 blessés du côté français. Les morts et les blessés allemands se comptent par milliers (7). Cela a été la boucherie complète, trois jours après on voyait encore des bras et des jambes suspendus aux arbres les plus hauts ; des artilleurs allemands, qui voulaient fuir ce lieu de massacre, ont été attachés aux pièces, on les a retrouvés le lendemain la tête et les membres complètement arrachés par nos obus. Rien de plus à signaler. La soirée a été passée au repos et le soir à 10 heures retour sur Foussemagne.

25 – La marche a été très dure à cause de l’obscurité ; nous sommes arrivés à Foussemagne à 9 heures du matin, assez dispos. Nous ne comprenons rien sur cette marche arrière.

D’après nos supérieurs, les Allemands étant à cet endroit refoulés de l’autre côté du Rhin, nous n’avons plus rien à faire ici ; nous serons donc expédiés sur la frontière belge d’un moment à l’autre. (8)

26 – Départ à 5 heures du matin ; après une marche très pénible, nous sommes arrivés à Bessongourt à 10 heures ; la pluie qui ne cesse de nous suivre depuis notre arrivée en Alsace nous a fait beaucoup souffrir ; une bonne soirée de repos nous a remis de la fatigue du matin. Les habitants de ce village ont été pour nous d’une gentillesse exquise.

27 – Départ à 3 heures du matin sous une pluie battante. Nous avons pris les avant-postes à 8 heures et nous voilà dehors, dans une grande forêt pour toute la journée et la nuit. Nous avons dû faire sécher nos effets sur nous, car tout ce que nous avions était mouillé.

Les hommes se contentent facilement de leur sort, en songeant que leurs frères de la frontière sont plus malheureux qu’eux.

28 – Après une nuit passée au bivouac, nous sommes rentrés dans Dambenoite (9), repos complet sur toute la ligne ; bon cantonnement, rien de grave à signaler.

29 – Bonne nuit. Le matin, la 6e est partie à 3 kilomètres en avant du village faire des tranchées ; j’étais de jour, et par conséquent je suis resté au cantonnement ; j’ai distribué pour la 6e plus de 500 lettres ; j’en ai eu une pour moi. C’est la première depuis mon départ de la maison. Elle était datée du 14.

 


30 – Même cantonnement, même travail. Ayant quitté le jour, je suis allé aux tranchées. Rencontré 253e et par conséquent plusieurs camarades de Latour et des environs (10).

31 – Même cantonnement, même travail rien de grave à signaler.

1er septembre. Même cantonnement, même travail.

2 – Même cantonnement ; ai pris la garde à 5 heures du matin ; cela continue jusqu’à demain à 5 heures ; rien de plus à signaler pour le moment.

3 - Même cantonnement ; travaux aux tranchées. Rien à signaler.

4 - Partis à 5 heures aux avant-postes ; avons passé une journée agréable ; rien à signaler.

5 – Petite marche de 15 kilomètres ; rentrée même cantonnement ; rien à signaler.

6 – Réveil à 3 heures, départ à 4 ; marche de 20 kilomètres ; route de Alongeois, Delle et Favarois ; nous sommes en ce moment à 800 mètres de la frontière suisse et à 7 kilomètres de la frontière allemande. Comme par hasard, je suis de garde aux Essives, sur la route de Favarois à Boron. Le service commence à barder, on voit bien que ça sent les boches. Nuit bien froide ; rien d’extraordinaire à signaler.

7 – Relevé des Essives à 4 heures, départ à 5 heures, après avoir suivi la frontière suisse, sommes arrivés à Réchésy ; le village est frontière suisse à 800 mètres et frontière allemande à 1500 mètres ; comme d’habitude nous avons pris les avant-postes. Cela fait 5 jours sur 9 que nous avons couché dehors. Il faut avoir la peau dure pour supporter tout cela ; on ne peut pas se faire une idée de ces nuits froides et humides, qui vous glacent ; on se réveille au milieu de la nuit, les capotes mouillées et les membres raidis par le froid. Heureusement que les journées sont très chaudes. La chaleur du jour chasse le froid de la nuit.

Nos patrouilleurs ont pris contact avec les patrouilles boches ; rien de grave cependant.

Des cyclistes allemands ont tué deux cyclistes du 215e.

8 – Relevés à 9 heures, allons prendre le commandement de la 21e. Par hasard me voilà de garde aux Essives, j’ai vu défiler le 253e (8). Tous mes camarades, amis et connaissances y étaient ; je les ai vus tous, à l’exception de Delonca, qui y était aussi mais passé inaperçu.

9 - Relevés de cantonnement à 9 heures, nous allons prendre les avant-postes, en avant du village de Réchesy. Nuit passée dehors. Rien d’extraordinaire à signaler.

15 – Avons séjourné à Gérardmer, et pour la première foi depuis la campagne, nous avons passé une bonne journée. Pas trop de fatigue.

17 – Somme encore à Bellegoutte, y passerons la journée. Rien de grave à signaler.

18 – Rassemblement à 4 heures, départ immédiat. Arrivée à Arnould à 9 heures. Petite étape. Bon cantonnement. Rien à signaler.

L’offensive allemande

19 – Décidément, le 19 de chaque mois ne nous porte pas de veine. Partis à 8 heures du matin par une pluie battante, nous allons en reconnaissance au col de Mandray. Nous avons vu le vrai théâtre de la guerre, maisons démolies et en cendre, villages détruits en entier. Partout la misère et la désolation. Pas un civil, pas un être humain. On voit que les boches sont passés par là.



Partout sur notre chemin, des fusils, des équipements, des bérets d’Alpins, des manteaux pleins de sang et un peu partout des tombes, avec des croix pour en reconnaître l’emplacement. L’on voit encore quelques cadavres, à moitié recouverts de terre et d’eau, traîner dans les prairies, après 12 jours de combat. Plus de 250 des nôtres ont été enterrés sur place, à côté de 1400 Allemands. C’est la guerre, dans toutes ses horreurs, c’est effrayant.

Après avoir travaillé toute la journée à faire des tranchées, sous les obus des boches, nous rentrons au cantonnement, sous une pluie diluvienne, à 6 heures du soir. Arrivés à Arnould, trempés jusqu’aux os et avec plus de 35 kilomètres dans les jambes.

20 – Jusqu’à 9 heures, repos complet. À 9 h30, alerte.  Minutes après, départ, et arrivés à la Croix aux Mines à 5 heures du soir. Le canon tonne et nous voyons devant nous les villages flamber.

Nous nous rapprochons de la frontière et par conséquent du combat. Que nous réserve demain ? Nous n’en savons rien, à la grâce de Dieu…

22 – Réveil à 4 heures. À 6 heures nous revenons prendre nos positions. L’artillerie recommence sa danse et des deux côtés.

Au moment où j’écris cela, je suis derrière une haie, assis dur mon sac, en face de Bertrimoutier.



À 11 heures, départ, nous montons à 900 mètres d’altitude dans un bois. À 3 heures, l’on nous conduit à la lisière, et là, nous assistons sous une pluie d’obus, à la grande bataille. La 4e compagnie du 13e chasseurs alpins prend l’offensive e d se porte à l’attaque d’un bois, au devant du village de (illisible Lesseux ?).


Notre artillerie fait rage, et malgré cela, les Allemands se trouvent mêlés aux chasseurs. La fusillade est effroyable, l’on se tire à 100 mètres. À  9 heures une douzaine d’obus allemands vient éclater sur nous, tuant le cheval du major et blessant un mulet des artilleurs alpins. Trois ou quatre des nôtres ont été blessés.

À 9 heures le combat prend fin, et l’on couche de part et d’autre sur les Quelle nuit affreuse, l’on gèle sur place et rien pour s’abriter.

23 – Le combat recommence. Il est 6 heures du matin. Le canon tonne et la fusillade reprend.

 

 

« À 12 h 45, les Allemands montent trois assauts. Le sergent Simorre, détaché avec sa demi-section, part se porter sur le flanc droit de l’ennemi. Il tombe à 13 heures, frappé d’une balle. »

Ces quelques mots ont été ajoutés sur le carnet de route du sergent, trouvé sur lui par le sergent major, son ami Abril du Boulou et signé de ses amis de la division qui ajoutent « Honneur à ce brave et à la famille de celui que nous pleurons. »

 


Il a été cité à l’ordre de la division N°4977 du 11 juillet 1919 : « Tombé au champ d’honneur pour le salut de la patrie le 24 septembre 1914 au combat de Lesseux. »


Le sergent Simorre, comme toutes les victimes de ce combat, a été inhumé sur place par ses camarades. L’un d’eux a eu l’idée de placer à côté de son corps une bouteille fermée contenant un papier à son nom.

Cette initiative a permis, lors de rapatriement des restes des soldats morts au combat, en 1919, de l’identifier.



Son épouse lui a fait construire une chapelle au cimetière de Cassagnes quand ses restes, comme ceux de deux autres poilus, ont pu être ré inhumés en 1922.

 


Il figure également parmi les 19 noms inscrits sur le monument aux morts de Cassagnes pendant la Grande Guerre.


Le carnet d’Amédée Simorre a été pieusement recopié par sa veuve Rose. Ses descendants l’ont soigneusement conservé.

Denis Simorre, petit-fils d’Amédée Simorre

Notes

1 Foussemagne est situé à l’extrémité nord de la Franche Comté et aux portes de l’Alsace. À 18 kms de Belfort. C’est le dernier village du Territoire de Belfort, à la limite du département actuel du Haut-Rhin

2 Hagenbach, Didenheim, villages alsaciens, en 1914, Didenheim devint une charnière de la défense de la plaine.

3 Maurice Paul Emmanuel Sarrail, né à Carcassonne le 6 avril 1856 et mort à Paris le 23 mars 1929,

4 Le 215e régiment d'infanterie de ligne est un régiment d'infanterie constitué en 1914. A la la mobilisation, chaque régiment d'active met sur pied son régiment de réserve dont le numéro est le sien majoré de 200.

5 Le 343e régiment d'infanterie est un régiment d'infanterie constitué en 1914. Il est issu du 143erégiment d'infanterie.  Ce régiment est la réserve du 143ème RI, implanté à Carcassonne, mais soumis au même régime que les unités d’active. En 1914 son lieu de regroupement est Carcassonne et Castelnaudary. Il fait parie de la 131e brigade d’infanterie, 16e région. Le 16 août, le 343eest arrivé sur sa zone d’opérations, il cantonne à Cunelières et à Foussemagne (Territoire de Belfort), limitrophes de la frontière de l’Alsace occupée.

Le 18 août, le 343e passe la frontière à Foussemagne, et à Chavannes l’Etang, puis gagne la région Hagenbach, Eglingen sur la route de Delle à Colmar. Le 19 août, le régiment gagne Didenheim, Fromingen, et subit ses premières pertes, en traversant les pentes est du Gallen Holtzle (5 tués, 22 blessés). Le 20, le 6ème bataillon est à Didenheim, le 5ème est venu occuper Brünstadt, aux portes de Mulhouse.

6 Le 343e est dirigé sur Galfingen qu’il met en état de défense les 22 et 23 août. Mais pendant que les Français réalisaient quelques progrès en Alsace, les Allemands avaient concentré des masses de manœuvre imposantes dans le Nord.

7 Brunstad. Composition des deux divisions impliquées dans les combats entre Brunstatt, Zillisheim et Flaxlanden :

La 66e division de réserve, commandée par le général Woirhaye : 215e, 253e, 280e, 281e, 296e, 343e régiments d’infanterie, trois groupes d’artillerie et les 5e et 6e escadrons du 19e Dragons. La 44e division d’infanterie, la plus forte de l’armée française, plus de 20 000 hommes commandés par le général Soyer, composée des 97e, 157e, 159e et 163e régiments d’infanterie, du 4e chasseur d’Afrique (cavalerie) et de quatre groupes d’artillerie.

Le choc se produit à Dornach, Brunstatt, Flaxlanden et Tagsdorf. La 66e division de réserve avance sur la rive gauche du canal. Les 5e et 6e escadrons du 19e Dragons commandé par le Lieutenant Colonel TOUVET reçu ses ordres : couvrir et éclairer le front, veiller à la protection du flan sud et assurer la liaison avec le 44e Division.

Le 1er Groupe de réserve du régiment (5e et 6e escadrons), qui avait quitté Castres le 16 août, se trouve à Brunstatt dans l'actuelle banlieue de Mulhouse ; au matin du 19 août, le 6e escadron se retrouve sous le feu des mitrailleuses allemandes. « La charge des cavaliers du 19e Dragon, le 19 août à Brunstatt a été stoppée par les mitrailleuses allemandes .Au petit matin d’un mercredi sans doute ensoleillé, la cavalerie de la 66e division de réserve, composée des 5e et 6e escadrons du 19e régiment de Dragons a été attirée dans un guet-apens fomenté par les 82e et 84e bataillons allemands. Alors que les envahisseurs restent invisibles dans les rues, le lieutenant-colonel Touvet décide de forcer la sortie du village. À la tête du 6e escadron, les hommes s’élancent sabre au clair, en colonnes par quatre. Les Allemands, cachés le long des haies du cimetière, ouvrent le feu des mitrailleuses à une distance ne laissant aucune chance aux 32 Français qui devaient tomber avec leurs montures. Avec ses hommes, le capitaine Hayem s’effondre aussi sous les balles ennemies. Cet accrochage a marqué le début des combats secouant sous les obus des canons de 77 allemands et de 75 français les villages alentours. Au soir des combats, plusieurs centaines de morts dans les deux camps et des positions quasi identiques. »

8 Invasion de la Belgique. Le 4 août 1914, les troupes allemandes entrent en Belgique. Résistance des Belges jusqu'au 16 août. Cette résistance belge permet de déplacer des troupes françaises vers la Belgique, afin de s'opposer à l'armée allemande dont le mouvement général se trouve ralenti.

9 Dameboite, actuellement Damebenoît-les-les-Colombes, Franche-Comté.

10 Le 253e régiment de réserve s’est  formé à Perpignan au moyen de quelques éléments prélevés sur le 53° RI, destinés à l’encadrement des réservistes. Le régiment, qui appartient à la 66° DI et à la 132° brigade, fait partie de l’armée d’Alsace, placée sous le commandement du Général Pau. Le 19 août, le régiment est engagé dans la 2ème bataille de Mulhouse ; la journée lui coûte 9 tués et 92 blessés dont 2 officiers

Le régiment est ensuite envoyé dans les Vosges.

Le 159e RI perd son général dans cette bataille, le général Plessier, pour le 97e RI : 14 officiers tués et 14 blessés, 600 hommes tués et 427 blessés.

Bilan officiel allemand, le détachement d’armée du général Gaede a perdu, durant la journée du 19 août, 24 canons et 2300 hommes, tués ou prisonniers.


Annexes

Bataillon. Fraction d’un régiment subdivisée en plusieurs compagnies. En 1915, le bataillon d’un régiment (2 ou 3 bataillons selon les cas par régiments) comprend un état-major, un petit état-major et 4 compagnies, environ 1000 hommes au total. Dans certains cas, le bataillon est une unité autonome qui n’est donc pas comprise dans un régiment et qui relève directement du commandant de la brigade ou de la division (bataillons de chasseurs à pied ou alpins, bataillons de tirailleurs sénégalais…). Le bataillon est en général commandé par un capitaine ou un commandant.

Brigade. Pendant la Grande Guerre, la brigade est une unité constituée par deux ou trois régiments (selon les cas) réunis sous le commandement d’un général.

Compagnie. Subdivision d’un bataillon qui comprend 150 hommes environ, commandée généralement par un lieutenant.

Division. Unité de base de la stratégie militaire, la division comprend en 1914 environ 12.000 hommes répartis dans 4 régiments. Durant la guerre, on passe de 4 à 3 régiments par division en France. Par extension, on nomme les généraux qui les commandent les « divisionnaires ».

Régiment. Unité composant la division (4 puis 3 par division en France en 1914-1918), un régiment regroupant 3000 à 4000 hommes, sous le commandement d’un colonel.

Mandray

Mandray. -- Le 27 août, Mandray est également occupé par les Allemands. Un convoi considérable de vivres et de munitions est saisi par un détachement du 13e Chasseurs. Notre prise est bonne, nous capturons 250 Bavarois, une quinzaine de caissons, des voilures. 20 Allemands et 50 chevaux sont tués sur place. Les captifs sont amenés à l'école des garçons de Plainfaing avant d'être conduits à l'intérieur. Une foule de curieux assiège la salle où ils sont enfermés, fouillés et interrogés. Les prisonniers échangent facilement un casque neuf contre une vieille casquette. Ils se débarrassent des objets encombrants ; on dirait qu'ils veulent changer de livrée. Mandray a payé cher cette prise, les Allemands ont incendié l'église et une douzaine de maisons en représailles ; 10 civils ont été fusillés ; ils ont pillé et saccagé tout ce qu'ils ont pu. À un moment donné, les ennemis font semblant de se rendre, ils lèvent la crosse en l'air, mais quand les Alpins s'approchent, ils les fusillent à bout portant. À plusieurs reprises le village appartient aux Allemands et aux Français ; pendant 15 jours il est soumis à un bombardement terrible, on se bat avec une grande âpreté dans le cimetière.

Les premiers éléments bavarois y arrivent le 25 août. On s'est battu pendant une vingtaine de jours sur tout le territoire de la commune, depuis le Pré de Raves, le Rossberg, les journaux, jusqu'aux chaufours à Moyen-Grain et dans la vallée du Chipal dont les maisons ont presque toutes été détruites. L'usine a été touchée sérieusement à plusieurs reprises, elle n'a pu fonctionner pendant toutes les hostilités. Le village subit le contre coup de la bataille de Mandray. Les bombardements y sont terribles et font une dizaine de victimes. Le petit hameau du Chipal, si gracieusement assis au fond du vallon de la Morte a été anéanti ; en tout il y a eu 45 maisons brûlées. La chapelle échappe à la proie des flammes. Le Maire de la commune, M. Clevenot a été arrêté sans motif. Par deux fois il a failli être fusillé. Par un raffinement de cruauté, les allemands le conduisent sur le lieu de l'exécution : la première fois devant la mairie, la seconde fois derrière l'église. Finalement il est emmené avec d'autres habitants de la commune dans un local de la filature, où on les laisse pendant plusieurs jours, presque sans nourriture. Les hommes du Chipal sont internés à l'église de Ban-de-Laveline ; la fuite des Allemands leur rend la liberté. La population doit être sur le qui-vive jusqu'à l'armistice, car les bombardements sont à craindre chaque jour.

Historique du 343e régiment d'infanterie (3 août 1914-10 juin 1916) 1920 Belfort-Mulhouse.