Agenda Culturel

 

 

 

 

 

 

L'élève Boisset

ÊTRE LYCÉEN À LA BELLE ÉPOQUE

 

Cahier de Journal du lycéen Théophile Boisset,

interne au Lycée d’Alais (1910/1911)

(Extraits)

Le jeune Théophile Boisset est le fils du pasteur Théophile Boisset. Il est né en Algérie à Boufarik en 1898 et il est revenu définitivement en France à Aumessas (Gard) dans le village de sa famille maternelle, à cause de la maladie de son père qui meurt à 55 ans, le 21 février 1910.

Le jeune garçon avait tenu, dès 1908, un journal qu’il recopie dans le nouveau cahier qui lui est offert le 7 avril 1910 par son parrain et qui devient le journal du petit lycéen quand, grâce à la bourse qu’il a obtenue, il peut entrer en 6e à l’internat du lycée d’Alès.

Ce «  cahier de journal » reçoit ses confidences, il y note, outre ses activités scolaires, la couleur du temps, ses états d’âme, ses souvenirs et ses projets pour un futur immédiat ou plus lointain. Il l’écrit pour lui, il le laisse lire à quelques-uns de ses jeunes condisciples.

Peu de temps après la mort de son père, loin de sa famille (1) à laquelle il est très attaché, il languit à Alès mais travaille avec ardeur, soucieux d’obtenir de bons résultats scolaires. Son emploi du temps, le rythme de l’internat marqué par les battements de tambour, ses rapports avec ses camarades, ses remarques sur les professeurs, ses rares sorties à Vézénobres chez son oncle et sa tante qui sont ses correspondants, les évènements alésiens, sont notés plus ou moins rapidement, en fonction du temps que lui laissent devoirs et leçons.

Les voyages en chemin de fer entre Aumessas et Alès scandent le récit du vécu quotidien du jeune élève de 6e interne au lycée d’Alès au début du XXe siècle.

Madeleine Souche



La Bourse

Aumessas, le 5 avril 1910.

Il y a 3 jours, le 6 avril, je suis parti par le train de 8 heures moins le quart du matin, pour Nîmes. J’y suis arrivé à midi moins cinq. Nous avons fait le voyage, grand père (qui m’accompagnait), Mr Michel, son fils et moi, dans un vagon (sic) couloir depuis Le Vigan jusqu’à Nîmes.

En arrivant, grand père et moi sommes descendus à l’hôtel de l’univers. Nous avons quitté Mr Michel qui est allé chez des amis […].

Le soir, nous avons rencontré Mr Michel et son fils et, tous ensemble, sommes allés visiter les arènes de Nîmes. Nous nous sommes bien promenés et je ne me suis pas ennuyé du tout.

Le lendemain, à 7 heures du matin, on commençait le concours et vous ne pouvez pas penser combien j’ai été heureux de voir que j’avais été reçu à l’écrit. J’attendis avec patience l’oral. En attendant j’ai visité la Maison Carrée.



Pour l’oral, quelle grande joie j’ai éprouvée quand je me suis vu complètement reçu.

Pour le coup, je suis content, pensai-je, grand père m’embrassa et nous nous sommes promenés. Nous nous sommes couchés assez tard car le lendemain Mr le répétiteur du lycée, Mr Vincent, Mr Michel, son fils, grand père et moi, nous étions donnés rendez-vous au café…X…


Enfin le lendemain, à 5 heures moins 1/4 nous étions debout pour partir à 6 heures moins ¼ de Nîmes. Nous eûmes la machine américaine pour nous traîner de Nîmes au Vigan et une locomotive de la Compagnie du Midi du Vigan à Aumessas.


 


Le départ d’Aumessas

Lundi 12 septembre 1910.

Mon camarade Émile Michel, fils de notre facteur receveur et qui s’est présenté en même temps que moi pour la Bourse a été classé au Lycée d’Alais (Gard). Il ne l’a reçu qu’officieusement. […]

Mercredi 14 septembre 1910.

Nous apprenons que Michel Émile a 500 francs donnés comme bourse de l’État. C’est Mr Michel qui nous l’a dit. […]

Mardi 20 septembre 1910.

Nous venons de recevoir, officieusement que moi aussi je suis classé à Alais avec une Bourse d’internat.

Mercredi 21 septembre 1910.

Je pense que, comme on ne rentre que le lundi, 3 octobre 1910, je partirai lundi matin par le train de 7h 45 pour arriver au Vigan à 8h1/4, en partir à 8h 50, arriver à Quissac à 9h 50, en partir à 11h et quelques et enfin arriver à Alais à 1h. Je ferai là, avec maman les quelques commissions que j’ai à faire et je rentrerai au lycée où maman me laissera pour aller chez mon oncle Émile à Vézénobres et pour arriver ici le mardi 4, à 7h du soir. […]

Aumessas

Jeudi 29 septembre 1910.

[…]

Aumessas est situé sur le flanc et jusqu’au sommet d’une colline jusque dans la vallée. Au fond d’Aumessas est située la gare, à droite, en allant du côté d’Alzon se trouve la Viale, à gauche Campestret, plus loin à droite le Cornier. Le tout est presque réuni et forme Aumessas. Il y a dans la commune 638 habitants.


Entre la Viale et Campestret il y a une filature. Là vont y travailler les jeunes filles et les femmes qui n’ont pas de travail. À Aumessas il y a une place publique là se trouve l’église, le Café de la Renaissance, la maison de Mr Espagne qui est notre Docteur, le bureau de tabac, la forge du forgeron et la maison de tante Charlotte.



Le temple d’Aumessas, les écoles, la chapelle, la gare, sont très jolies (sic). À Aumessas il y a plus de protestants que de catholiques. Le Temple est plus joli que l’Église. Il n’y a que 14 ans que le chemin de fer existe à Aumessas.(2)



Lundi 3 octobre.

Je suis parti d’Aumessas ce matin je suis arrivé accompagné de maman au Vigan. Là j’ai changé de train pour la direction de Quissac.

À Quissac nous sommes arrivés à 10h1/4 car le train avait du retard à cause de la foule des conscrits qui se trouvait à chaque gare. À Quissac nous avons changé de train et nous prîmes  celui de la direction d’Alais. Nous avons dîné dans le train avant de partir car nous devions partir à midi 5 de Quissac. Nous arrivâmes à Alais à 1h. […] Mon oncle Émile est venu nous attendre à la gare et nous sommes allés au lycée.





L’internat

Lundi 10 octobre.                                                                  Étude N° 8-Classe 6eA. Boisset

Il y a 8 jours que je n’ai pu écrire sur mon cahier de journal à cause du grand nombre de devoirs que nous avons à faire et du grand nombre de leçons que nous devons apprendre. Il faut toujours changer de classe pour aller de la classe d’anglais à la classe de français puis à l’étude et là on fait les devoirs, puis dès qu’on a fini, on va à la classe de géographie, d’histoire, d’histoire naturelle, de dessin mais on n’oublie pas d’aller au réfectoire et aux récréations. Mais on s’ennuie beaucoup, beaucoup ! loin de tout ami, de tout parent, et là les anciens élèves qui nous appellent les bleus, les bleus, se moquent de nous, etc., etc. et il faut supporter tout cela !!!

Je m’ennuie fort loin de maman et de Paul et de Jean que j’aimais appeler mon petit fiston car c’est à moi de remplacer mon cher papa qui n’est plus de ce monde.

Michel est à côté de moi. Nous travaillons et nous voudrions bien avoir le tableau d’honneur mais je ne sais pas ce que j’obtiendrai. Je suis à l’étude et je n’ai presque pas de temps. C’est là que j’écris à maman quand l’occasion s’en présente. Il fait nuit, Les becs de gaz sont allumés. Nous allons aller en récréation puis au réfectoire et au dortoir. Je couche au dortoir N°3. J’ai encore un moment, vite j’en profite. Le soir avant d’aller nous coucher, on nous fait passer au lavabo pour nous laver les mains et nous rincer la bouche. Le matin nous nous levons à 6h moins1/4. C’est le roulement d’un tambour qui nous réveille. Il n’a pas fait bien beau. Le moment de la récréation approche. Je vous quitte.

Mardi le 11 octobre 1910.

Il faut toujours suivre cette vie monotone du lycée. Rien de nouveau, sinon qu’il fait sombre et qu’il pleuvra sans doute demain. […]

La première sortie

Dimanche 15 octobre 1910.

Je n’ai pu écrire le vendredi et le samedi car j’étais très occupé mais aujourd’hui je n’ai ni leçons ni devoirs, vu que j’ai tout fait hier.

Je suis heureux mais personne des nouveaux internes ne peut être heureux comme moi (aujourd’hui). Figurez vous que je suis allé chez mon tonton Émile à Vézénobres. J’ai été de sortie ! Quel bonheur pour moi ! Quelle joie vous devez tous le comprendre.


 

 

Je suis sorti à 4h samedi et rentré ce soir à 6h. C’est une belle journée de vacances que celle que je viens de passer. Les employés des chemins de fer de plusieurs compagnies et dans celles du Nord en particulier, ont menacé de faire grève pendant deux jours, les gens qui voulaient aller à Calais ou dans le Nord de la France durent utiliser des autos aux prix de 200 francs et 400 francs. C’était fabuleux.

Dans la compagnie du PLM on a eu peur que les employés fassent grève et les gares qui font les embranchements de deux lignes sont gardées par gendarmes et soldats.



En arrivant à la gare, car Tante était venue me chercher au lycée pour prendre le train et aller au Mas de Gardies (3), je fus fort étonné de voir un lieutenant et beaucoup de soldats, sentinelles au bord des tas de charbon, des tas de bois et des trains. Tante m’expliqua ce que je viens de dire plus haut. Nous passâmes par une gare dont le nom ne me vient pas mais que je cris être Sait Hyllaire (sic) puis au Mas des Gardies et nous descendîmes. Il y avait 5 soldats et 2 gendarmes dont un brigadier.((4)


Je me suis levé à 6 h1/2, j’étais réveillé depuis 6h mais le temps de faire ma prière et de penser à Aumessas, à maman et à mes parents, j’ai pensé à cela au lieu de penser à me lever. Enfin le soleil que je vis me fit bondir en bas de mon lit et quand je vis qu’il était 6h1/2, je me suis dis (sic) pourvu que personne ne soit levé ! Ce serait une honte pour moi devoir les autres se lever, ma tante surtout avant son neveu. Tonton lui s’était levé à 5h car il était allé à la chasse, alors quant à lui, je n’eus pas honte, et heureusement il n’y avait que la bonne qui fut levée et je me mis à lire après lui avoir demandé si elle n’avait pas de travail à me faire faire et avoir reçu une réponse négative.

Nous sommes allés au Temple, puis ma tante m’a emmené à l’école du dimanche. C’est Mr le pasteur Gounelle qui prêche à Vézénobres. Le soir je suis monté dans le train et je fus tout seul depuis le Mas des Gardies jusqu’au lycée. Je ne me suis pas perdu.

La correspondance

Mercredi 19 octobre 1910.

Il ne faut pas vous attendre à ce que j’écrive tous les jours car je vous préviens, je ne le puis pas. J’ai du travail par-dessus la tête. Ceux qui n’ont pas goûté de la vie des internes soit dans les lycées, soit dans les collèges ou dans n’importe quelle école ne peuvent pas savoir ce que c’est que de vivre loin de ses parents. J’écris à maman tous les mercredis. Aujourd’hui je lui ai écrit et je ferai partir cette lettre demain si Dieu le permet car c’est nous mêmes qui devons faire partir nos lettres et nous ne le pouvons que lorsque nous allons en promenade. Nous pourrions les donner au concierge mais celui-ci (d’après ce que l’on m’a dit) ne les met pas toujours à la boite  le même jour que celui où on lui donne les lettres.

On nous a fixé nos jours de congé pour la Toussaint. C’est depuis le lundi à 4h, le 31 octobre jusqu’au jeudi soir le 3 novembre. […] Je voudrais bien aller à Aumessas et ceux qui ont été en pension comme moi doivent bien savoir quel plaisir on d’aller voir ses parents. Demain jeudi, si Dieu le permet, nous irons en promenade et je pense que j’aurais mon uniforme prêt. Je l’ai vu et essayé et il ne manquait que quelques arrangements au pantalon et à la veste. Je l’ai essayé mardi il sera donc prêt pour jeudi. […]

Promenade dominicale et récit des vacances de Toussaint

Dimanche 6 novembre 1910.

Comme c’est aujourd’hui dimanche et que nous n’avons pas trop à faire, je profite du petit moment pour écrire. Ce que j’écris, c’est pour plus tard le relire et penser à mes loisirs d’autrefois, à mes joies et à mes peines. Il faisait beau mais il faisait un peu de vent frais qui glaçait les membres. Heureusement j’avais mis mon tricot qui me tient assez chaud. Nous sommes allés sur la route de Saint-Jean-du-Pin. Sur cette route nous avons rencontré les trois divisions de l’école Fléchier (5) plus une division du collège de filles.




Je suis allé passer les fêtes de la Toussaint chez maman. Ah quelle joie pour tous. Mr le Proviseur a permis à tonton de nous laisser sortir du lycée le samedi à 4h au lieu de lundi. Nous sommes allés, Michel et moi, chez tonton car, en partant à 4h du lycée on ne peut arriver le même jour à Aumessas. Il faudrait partir à 3h 56 mais cela ferait perdre toutes les classes du soir. Donc  nous somme descendus au Mas des Gardies où nous avons trouvé tonton à la gare. Il nous a menés à Vézénobres d’où nous sommes repartis le lendemain dimanche à 2h 10 pour arriver à Aumessas le jour même à 7h du soir.

À la gare d’Aumessas il y avait grand-père, grand-mère, Charlotte, Paul et les parents de Michel. Maman aurait bien voulu descendre elle aussi mais elle ne l’a pas pu à cause d’une grande douleur au genou. Les 3 jours pendant lesquels je devais rester chez maman ont été passé soit au Cambon (6), soit à Aumessas. Ici comme là je me suis bien amusé et je suis surtout resté chez et avec maman. Jean surtout a été très content de me revoir et c’était lui qui me prenait tout mon temps car il fallait sans cesse que je le garde ou bien il avait peur que je parte.


Mais les plaisirs sont faits pour ne pas durer, c’est ce qui est arrivé et j’ai du quitter tous mes parents pour aller m’enfermer.


Retour à Alès

Alais 15 novembre 1910.

Et cette vie devient de plus en plus monotone. Levé avant le jour, couché à 8h1/2 du soir tous les jours, c’est ainsi. Je n’ai qu’un moment, je crois que chaque fois que j’écrirai, je devrai mettre, je n’ai qu’un moment car vraiment on nous bourre de travail. Cependant je me porte bien, c’est l’essentiel et je travaille assez bien. J’ai été premier sur 20 en orthographe, 3e sur 20 en composition française et 5e sur 20 en calcul. C’est assez bien.


Alais le 18 novembre

J’ai un moment aujourd’hui. Enfin il paraît que nous allons avoir un jour de congé à cause de l’élévation de la statue de Jules Grévy. Ah ! c’est avoir de la chance ! J’irai chez tonton, si Dieu le permet et je tacherai de passer une bonne journée. […]

Je fais connaissance avec des camarades. Plusieurs demeurent à Alais mais vont passer l’été près d’Aumessas (à Arre ou à Bez), ainsi il y a Campredon, Arnal et d’autres, Brun, puis d’autres vont à l’école professionnelle  et ils habitent Arrigas (7)...

Les noms des élèves

Alais 19 novembre 1910.

Voici les noms des élèves de ma classe : ils sont au nombre de 20 : Aujoulat, Camps, Michel, Frechenet, Gros (il cependant bien maigre), Bonet, Merland, Sauvage, Lafont, Boyer, granière, Crochon, Pontet, Chotard, Bonnefille […] Jullien […] Campredon, Bichard, Marc et moi.

Et voici les noms des internes qui se réunissent le soir à l’étude pour faire leurs devoirs. […] Ils sont au nombre de 25 qui sont Michel, Lafont, Mahistre, Barthélémy, Olivier, Roure, Rivière, Monfajon, Poujet, Durant, Malbois, Arnal, Guillaume, Labrot, Cabanne (jeune, ils sont deux frères, Camplo (ils sont encore deux frères), Marc, Aujoulat, Parpaillon, Chamboredon, Camps, Pierre, Cabannes (l’ainé), Malbelly.[…]

Description du lycée d’Alès


Alais 19 novembre 1910.

[…] J’ai beaucoup de temps pour écrire aujourd’hui, car c’est samedi. J’ai fait tous mes devoirs et je n’ai qu’une leçon à apprendre. J’ai encore ¼ d’heure pour écrire et j’en profite. Voici la description du lycée (9) :


On passe par la porte d’entrée et on se trouve dans une grande salle. En face de vous un grand portail en fer. À droite une porte par laquelle vous arrivez chez le concierge. Si vous voulez visiter le lycée, on vous fera passer dans la cour d’honneur, petite il est vrai et le Proviseur seul y va avec le Censeur et l’Économe. Puis nous arrivons dans une cour. C’st la cour des petits dans laquelle nos allons en récréation le matin de 7h ½ à 8h moins 10 et le soir de 7h moins 1/4 à 7h.

Vous passerez ensuite dans la cour des grands. Celle-ci est la plus jolie. Entourée de préaux, tandis que toutes les autres n’en ont que un à la droite et un à la gauche. Elle a deux fontaines et deux cabinets d’aisance. C’est là que les grands vont s’amuser. Enfin on vous fera passer par la cour des moyens. C’est là que nous allons le plus souvent nous amuser. Enfin on vous fera passer dans la cour de gymnastique, très grande, à peu près une fois ½ comme  la cour des petits et où nous allons nous amuser de 4h à 5h.




Le père de Théophile

Alais le 20 novembre.

D’abitude (sic) le répétiteur nous donnait des livres de la bibliothèque, pour les lire, tous les dimanches. Mais le répétiteur est allé faire ses 28 jours (9) et il ne reste pour nous surveiller que Mr Ambert, simple surveillant, à qui on n’a pas encore donné les clefs de la bibliothèque. Donc il ne peut pas nous prêter des livres. Ce qui me donne le temps d’écrire car nous resterons ici jusqu’à 7h1/2. […]. Le jeudi et le dimanche nous nous levons à 6h1/4 alors que les autres jours nous nous levons à 6h moins ¼ […].

Maintenant que je ne peux plus parler des choses que fait mon cher papa, comme je ne vous ai jamais dit ce qu’il a fait pendant le cours de sa vie et cela vous intéressera peut-être. Voici : mon cher papa était le fils du Maire de Freyssinières, près de Briançon (Hautes-Alpes) et il est né dans le même pays. Il reçut la même éducation que les autres enfants de son pays mais il aimait tout particulièrement le culte, le pasteur, etc., etc. Désirant lui aussi être un disciple du Sauveur, il alla à Mens pour s’instruire avec les 50 francs que son père lui avait prêtés. Là il travailla avec beaucoup de zèle et d’application […] Il travailla si bien qu’il réussit son baccalauréat. Il fit alors ses études afin d’être pasteur et ii le fut. Il alla exercer son ministère à Notre Dame de Comiers, puis il se maria et eut 4 enfants. Il alla à Relizane (Algérie) et c’est là que moururent sa femme et ses quatre enfants. […] Il vint à Aumessas où il resta 7 ans comme pasteur. C’est pendent ces 7 ans qu’il se remaria et qu’il se fit aimer de tous les habitants d’Aumessas. Ma sœur Marie naquit dans ce même village puis à l’âge de 18 mois elle partit avec papa et maman pour Boufarik C’est là que naquit (sic) Magdeleine et moi. Pendant l’été maman venait avec nous à Aumessas et pendant un été on appela papa à aller à la guerre du Tonkin. Il y alla (je n’avais que 18 mois) […]. Il y alla comme aumônier militaire des troupes du corps expéditionnaire du Tonkin. Puis il revint passer un mois de vacances et repartit mais pour la guerre de Chine. Il fut décoré sur le champ de bataille comme officier de la Légion d’honneur. Enfin à la fin de cette guerre qui avait coûté la vie  à de nombreux soldats français, mon cher papa revint sans aucune blessure. Il avait en outre 6 médailles sur la poitrine. Papa repartit pour Boufarik.

Et, comme je l’ai dit au commencement de ce cahier, deux ans après son retour, Paul vint au monde […].

Cette vie, digne d’être racontée, a été, on ne peut dire comment accidentée. Je ne sais pas comment papa, qui, plusieurs fois avait été appelé, à minuit pour aller voir des malades, a pu subsister jusqu’à la fin. Dieu l’a gardé. (10)

Les professeurs

(Suite)

Maintenant que je vous ai écrit une partie de la vie de mon cher papa, que je vous ai décrit le lycée, […] je vais vous donner les noms des professeurs :

M. Rivero, professeur de français et de latin.

M. Bigot, professeur d’histoire et de géographie.

M. Bertrand (il n’est pas mon professeur car je fais de l’anglais mais pour ceux qui font de l’allemand, il est le professeur d’allemand).

M. Détaille, professeur de 6e, 5e, 4e, d’anglais.

M. Bressol, professeur de dessin.

M. Buinerd, professeur de 8e, 7e, 6e, en calcul.

M. Bernard, professeur d’histoire naturelle.

Le proviseur du lycée s’appelle M. Paul.

Il y a 3 dortoirs. Le 3e, le plus petit (c’est plutôt celui des petits, (il est aussi grand que les autres) est celui où je couche. Ce sont ceux de 8e, 7e, 6e, 5e A, 2e B et 4eB qui y couchent. Dans le second ce sont ceux de 4e A, 3e B et 3e A. Dans le premier ce sont ceux de 2e A, 2e B, 2e C, 1e D, et ceux de 1eA, 1e B, 1e C, 1e D plus ceux qui font de la philosophie et qui se préparent à être instituteurs ou professeurs.

(Je termine.) On vient de renvoyer e l’étude un élève qui parlait trop.

Le temps présent

Alais 21 novembre 1910.

Ce matin nous sommes allés au dessin d’imitation. Nous avons fait des parapluies mais ils étaient très difficiles à faire surtout du côté où j’étais placé. Il était ouvert (le parapluie servant de modèle) et je devais représenter le dedans. Enfin je l’ai assez bien réussi.

Déjà avec Michel nous avons calculé le nombre de jours que nous devions passer ici et ce que nous ferions pendant que nous serons à Aumessas pendant les vacances de la Noël. Nous avons même fait un projet que nous exécuterons pendant les grandes vacances.

C’est petit à petit que le temps passe. Le matin on dit : Qu’il y a du temps avant d’arriver à ce soir. Et le soir arrive enfin et on trouve que le temps a vite passé. Je pense que les 33 jours qu’il nous reste à passer passeront aussi vite que les 22 jours écoulés depuis les vacances de la Toussaint. Tout de même cette vie est bien monotone. De jour en jour on s’aperçoit que c’est dégoutant  que de rester ici. De jour en jour on regrette la campagne et la liberté. De jour en jour on réclame le beau temps et l’air pur et on voudrait être dans sa famille comme on l’était avant. Mais le temps du plaisir est passé et le temps de la peine est venu.

Nostalgie

Alais le 23 novembre 1910.

Hier nous avions une version latine à faire et cela m’a pris beaucoup de temps si bien qu’après je n’ai pas pu trouver un moment pour écrire quoique j’aime mieux écrire sur ce cahier que m’amuser à lire (quand j’en ai le temps , ce qui n’arrive pas souvent) les lectures littéraires que j’ai parcourues du commencement à la fin, la vie d’Esope que j’ai lue et relue ou bien encore la vie de La Fontaine que je sais presque par cœur. Alors cela me rappelle d’écrire sur ce cahier, cela me rappelle à Aumessas (là au moins j’avais beaucoup de temps quand j’écrivais et je lis et relis sans me lasser les quelques pages qui me rappellent cette vie heureuse que j’ai passée soit à Aumessas, soit à Boufarik ou au Cambon. […]

Cela me fait remonter au temps ou je n’avais que 3 ou 4 ans. Je me vois à l’asile (11) près de mes maîtresses. Je vois encore la directrice, Mlle Schilling entrant en 2e et nous appelant, René Roy, Marcel Fort, Maurice Cachant et moi pour nous faire passer en 1ère, c’est-à-dire sous sa direction et je me revois tout fier, traversant la 2e, la 3e et arrivant en 1e où je fus au premier banc. Là j’y suis resté, comme je l’ai dit jusqu’à 6 ans.

Enfin je me revois sur le bateau, regardant les maisons qui sautaient sur l’eau et qui disparaissaient. Je revois le capitaine, les mousses en un mot tout ce que je pouvais voir. Et je me dis que le temps heureux est passé et je dois me résoudre à rester enfermé ici. […]

Il a fait beau aujourd’hui. Le soleil chauffait mais à l’ombre on gelait. J’ai eu un bulletin sur lequel on me félicite.

(Jeudi 24)

Les élèves qui sont dans mon étude m’ont vu écrire ce journal et tous m’ont demandé de le lire. Je l’ai bien prêté à quelques uns mais il y a des fois que je pourrais y mettre des choses personnelles que seuls mes parents et moi pourrions lire. Heureusement je n’avais rien de secret, et rien de secret, je le pense, ne sera mis dans ce cahier. Car je n’ai pas de chose à cacher et ce que je voudrais cacher au lycée tout le monde le saurait car on trouve tout. J’ai oublié de mettre la date en haut de cette page. La voici : jeudi 24 novembre 1910.

Nous sommes allés nous promener sur la route de Bagnols. Le censeur nous a fait cadeau (avec l’argent de l’administration) de 5 ballons de foot bal (sic). 2 pour la première équipe, 2 pour la 2e et 1 pour la 3. La première comprend les élèves de 2e, 1e et eux qui se préparent pour certaines choses. La 2e, aux 3e et 4e et la 3e, ceux de 5e, 6e ,7e et 8e mais la 3e équipe ne joue que dans le lycée car c’est à peine si elle sait jouer. Tandis que la 1e et la 2e vont jouer au footbal (sic) en prairie avec les élèves de la Professionnelle.

 


Nous allons bientôt souper. J’ai bien faim et ferai honneur aux plats ce soir, et surtout à ce qu’il y a dedans ! Nous languissons Michel et moi de retourner à Aumessas et souvent nous parlons de ce que nous faisions et de ce que nous ferons aux grandes vacances.

Voici ce que nous ferons demain. Levés à 6h moins ¼, nous irons au lavabo de 6h moins5 à 6h et  puis à 6h et quart nous descendrons à l’étude, nous y resterons une heure, c'est-à-dire jusqu’à 7h1/4 pour aller déjeuner. Nous resterons au réfectoire jusqu’à 7h ½ et à 8h moins 25 nous serons dans la cour jusqu’à 8h moins ¼. De 8h moins ¼ à 8h nous étudierons nos leçons ou plutôt nous les repasserons. De 8h à 9h nous irons en anglais, de 9h à 10h en géographie et de 10h à 11h en latin. Puis nous irons de 11h à midi en étude pour repasser nous leçons du soir. De midi à midi et demi nous serons au réfectoire. De midi et demi à 1h ½, nous irons en récréation, de 1h ½ à 2h, en étude pour repasser nos leçons. De 2h à 3h, latin, de 3h à 4h calcul.

Il n’y a jamais une minute de perdue et les leçons ne manquent pas, les devoirs encore moins. Mr le Proviseur m’a donné la permission de partir vendredi soir au lieu de samedi. Je n’aurais pas besoin de le lui demander, mais pour plus de sûreté je le lui ai demandé. Presque tous mes camarades partiront. Il s’agit qu’ils sachent leurs leçons et qu’ils ne soient pas mis. Il y en a pourtant qui sont punis…

Chahut à la muette

Alais 25 novembre 1910.

[…] Hier au soir, parce que Mr le censeur avait visité les caisses à provision des grands, ceux-ci ont animé les petits et les moyens et il fut entendu qu’on ferait au réfectoire chahut à la muette juste quand Mr le Censeur arriverait. Tout e monde parle comme d’habitude et puis quand on voit apparaître le censeur, un silence profond. Au bout d’un moment on entend le bruit d’une assiette cognée contre la table, puis d’une cuillère, d’une fourchette, des rouleaux de serviette, d’une autre assiette, d’une autre assiette et tout cela à la fois. Le Censeur, devenu rouge comme la crête d’un coq, a voulu voir si cela allait durer longtemps. Il resta jusqu’à la fin et jusqu’à la fin cela dura. Il cherchait à en punir quelques uns mais à peine il allait à un bout du réfectoire à l’autre bout, cela recommençait et ainsi de suite. Cela faisait une musique qui n’était pas agréable à l’ouïe de Mr le Censeur.

Alais 1er décembre

Enfin nous commençons ce mois si attendu car c’est le mois des vacances de la Noël. Plus que 24 jours ! Alors qu’à la rentrée des vacances de la Toussaint, il y avait 1 mois, 20 jours !

On voit bien que peu à peu on s’habitue au lycée et pourtant on languit toujours loin de ses parents. On ne peut s’habituer, du moins cela me paraît ainsi, à quitter ses parents. J’aimerais mieux être externe et aller voir mes parents ! […]

Inspection, étude, froidure

Lundi 12 décembre 1910

Un inspecteur général doit venir aujourd’hui, c’est pourquoi nous avons tout nettoyé ; je veux dire que nous avons nettoyé nos casiers et nos pupitres et qu’ils ont été regardés et inspectés par le surveillant. Ce soir nous nous tiendrons sur nos gardes afin que s’il entre à l’improviste nous ne soyons pas dissipés. Quoique nous ne le soyons pas beaucoup en temps ordinaire. Il y en a que 2/20 qui sont dissipés d’ordinaire et ce sont toujours les mêmes et les plus paresseux de la classe. Le temps n’est pas beau, mais tant qu’il ne pleut pas, nous ne devons pas nous plaindre. Cependant nous aimerions  mieux un peu de soleil. Nous sommes comme des mendiants qui demandent non pas un petit sou mais  un petit rayon de soleil et à qui pour ainsi dire on refuse de faire cette aumône. Notre répétiteur est gelé et cependant, malgré ce froid le poêle ne veut pas marcher. Et je m’aperçois  que ma plume non plus ne marche pas et qu’avec cela ma main est gelée ce qui rend mon écriture illisible. On gèle ce matin, songez que nous sommes le 12 décembre déjà !

Un professeur exigeant

Alais le 14 décembre 1910.

Ce n’est qu’avec une grande joie que je pense que dans 9 jours les vacances commenceront. Mais il y a partout des obstacles et même des professeurs qui nous dressent des embûches. Cet après midi le professeur de latin nous a dit que vendredi il nous ferait faire un devoir en classe et que si nous faisions plus de 3 fautes à ce dernier nous serions retenus pendant une demi journée  des vacances de la Noël. Ce n’est pas vraiment juste car  quand on se trompe ce n’est pas une raison pour être privé de vacances si longuement attendues mais il n’y a que le professeur de latin, M. Rivero, de qui nous puissions attendre cela. Malheureusement ce n’est que lui qui nous embarrasse dans notre vie d’ici. Les autres professeurs sont très gentils, ainsi il y a M. Détail, homme dont je garderai toujours un respectueux souvenir, M. Bigot, M. Beriner, M. Bernaud qui ne punissent pas à tort et à travers comme le fait M. Rivero. Heureusement que dans 6 mois nous ne l’aurons plus et nous ne le regretterons pas. Nous en serons débarrassés et je sais que tous, sans exception, diront : Bon débarras. Je ne serai pas le dernier à le dire car ce qu’il a dit cet après midi m’a mis tout à fait en colère et il y avait de quoi. Il s’est servi de moi pour me faire chercher le chauffeur afin qu’il allume le poêle  afin que Mr ne se gèle pas, car nous nous grillions à cause du soleil.

Nous sommes à jamais fâchés contre lui car il nous a trop rigoureusement traités jusqu’ici. […]

Voilà un trimestre de moins à passer avec ce tyran mais ce trimestre a été bien rempli par les punitions données par lui. Il ne m’en a donné que deux. Une pour avoir sauté un vers dans la poésie de La Fontaine : « Le lièvre et les grenouilles ». Cette punition consistait à copier deux fois la fable. Une autre de latin car je n’avais pas su traduire un mot et cette punition consistait à copier le chapitre I de l’Epitome (12) en faisant le mot à mot c’est-à-dire  traduire mot par mot plus faire l’analyse grammaticale de tous les mots. Je pense que ces deux punitions pour de si petites choses comptent. Et alors, songez aux punitions que doivent avoir les paresseux ! Rien que  pour marquer ses punitions sur un carnet afin de ne pas les oublier, Monsieur Rivero en use au moins un de 2 sous par trimestre en écrivant entre les lignes. Voilà la description du caractère de notre non regreté (sic) professeur […].

Récompenses

Alais le 16 décembre 1910.

J’ai le plaisir d’annoncer que je suis second en histoire et géographie. On donne des exemptions pour le travail quand on est premier. J’en ai reçu 3 déjà  car j’ai été 3 fois premier. Voici un exemple :

Lycée d’Alais

EXEMPTION

Accordée à l’élève Boisset

De la classe de 6  pour sa place de 1er

En Zoologie

Le 22 novembre 1910

Le proviseur

Paul.

Il y en d’autres pour la conduite, elles sont ainsi faites :

Lycée d’Alais

Classe  6e A

L’élève Boisset

A été mis à l’ordre du jour pour sa conduite et son travail en zoologie

Le 22 novembre 1910

Le proviseur

Paul.

C’est aujourd’hui que les professeurs se sont réunis  pour voir qui étaient ceux qui méritent le tableau d’honneur.

Retour du député Marius Devèze à Alès

Alais le 18 décembre 1910.

Dans six jours, à cette heure, je serai au Vigan. Ah quelle joie ce sera pour moi.

Nous sommes allés en promenade sur la route de Bagnols. Nous avons pris le chemin de la Rotonde et nous sommes arrivés juste en face de la gare.

 

 

Nous venions à peine de nous arrêter depuis un quart d’heure, qu’un train, venu de Nîmes arriva et c’était dans ce train que devait arriver l’illustre Devèze. Déjà une grande foule s’était rassemblée près de la gare et les gendarmes à cheval faisaient écarter la foule. Nous croyions ou plutôt plusieurs d’entre nous croyaient que cette foule disait Vive ou se contenterait de le regarder.

Devèze sort de la gare. Une musique s’élève et vient frapper nos oreilles. Mais cette musique est composée des sifflements des cris articulés ainsi : hu ! à bas ! hu ! et les coups de sifflets ! et les cris ! Les quelques musiciens qui étaient venus pour jouer la Marseillaise ont à peine été entendus. Et Devèze en personne s’arrêta pour prononcer un petit discours mais fut abasourdi par les coups de sifflets redoublés et les hurlements. Il dut continuer sa route. Bel accueil pour un député ! Jusqu’aux gamins qui étaient montés sur les murs avec des syrènes (sic) de 2 sous et qui sifflaient à rendre sourd ! (13)

Le départ en vacances de Noël

Lundi 19 décembre 1910.

Je sais toutes mes leçons et je suis donc libre d’écrire sur  ce journal. Hier la journée s’étant passée avec beaucoup de fatigue, nous aurions préféré rester couchés encore une demi-heure au lieu de nous lever à 6h moins ¼. Mais avec son sourd grondement le tambour roula comme d’habitude et il fallut s’arracher de la tiédeur du lit pour aller se refroidir au lavabo et se laver à grande eau glacer (sic).

Voici la ligne de chemin de fer d’Alais à Aumessas en détail.


Alais  le 24 décembre 1910.

Je vais partir pour Aumessas avec mon camarade Émile et je suivrai le parcours ci-dessus. Je pense voir tonton Émile à la gare de Mas de Gardies et je pense partir avec beaucoup de camarades. Les anciens magnifestent (sic) leur joie de partir, en déchirant les affiches dans les wagons, en bouleversant tout et en déchirant les rideaux des portières, démontant les filets etc, etc, etc.

Le retour au Lycée

Alais  1e 11 janvier 1911.

J’ai passé d’excellentes vacances à Aumessas. Mais commençons par le commencement. Le voyage s’est effectué sans accident heureusement. Mais j’ai eu le malheur d’oublier mes deux pellerines (sic), une de 15 francs, l’autre de 8, en tout 23 francs dans le train. Je ne sais pas quel hasard m’a favorisé mais j’ai eu mes eux pellerines (sic) intactes après une réclamation faite par maman. Les vacances se sont passées le mieux du monde. J’ai été témoin d’une rafale de neige qui est tombée sans discontinuer pendant un jour et une nuit, ce qui fait qu’il y en avait une grande hauteur. Mais le jour du départ est arrivé, il a fallu partir. Je ne puis continuer d’écrire  car Mr Ambert ne le veut pas.



Résultats obtenus et en attente

Le 21/1/1911.

[…]

Aujourd’hui même nous avons composé en histoire. Nous avions comme sujets :

- Quelles furent les institutions de Solon ?

- Comment les grecs formaient-ils une colonie ?

- Quelles sont les principales colonies grecques?

-Les guerres médiques.

Je crois avoir bien composé, cependant j’avais bien mal au ventre et diable ! c’était douloureux ! je souhaite à ceux qui composent de ne pas avoir mal au ventre pendant la composition surtout !

J’ai été 2e sur 21 en zoologie. C’est bon, je pourrai comme cela avoir un 1er ou un 2e prix en zoologie. Si je suis encore 2e en géographie je pourrai avoir le 2e prix d’histoire et de géographie.

Si je suis encore au tableau d’honneur, j’aurai ce prix d’honneur, si je suis encore premier en orthographe, j’aurai le 1er prix d’orthographe. Si je suis 1er en anglais, j’aurai le 1er prix d’anglais, en instruction religieuse, le 1er prix, ce qui me fait en tout : 5 1ers prix et 2 2e prix plus le prix d’honneur = 6 prix. Je serai donc très heureux si je les ai ces 6 prix !

Il est 7 heures, nous allons  sortir. À demain.

Les boules de neige

Alais, le 2 février 1911.

Nous avons fait une course pendant ½ heure : voici la raison : nous étions en promenade et nous nous étions arrêtés pour faire la guerre à coup de boulles (sic) de neige, près d’un mur, à l’embranchement de trois chemins. Ceux qui ne jouaient pas s’appuyaient sur le mur qui entourait un petit jardin potager dans lequel croissaient des oliviers, de la vigne, des céréales et dans lequel un petit chien aboyait de toutes ses forces contre nous. Le propriétaire du petit jardin arrive avec sa scie pour couper  une branche de l’olivier. Nous lui parlons, estropiant le patois dont nous nous servions, quand l’un d’entre nous, attrapant un caillou de cette forme et de cette grosseur O l’envoie contre le nez du pauvre homme. Lui, en colère de cette injure cria « Baou quèré mou’nn fusil (je vais chercher mon fusil) ». Nous entendant cela, nous prenons la fuite et avons ainsi fait 5 kilomètres à course. On n’a pas trouvé le coupable.

Voyage en Avignon

Le 7 (jeudi) mars 1911

Aujourd’hui nous sommes allés à Avignon, Tarascon, Nîmes. Partis à 6h 1/2 du matin, nous sommes arrivés à 10h ½ du soir et nous nous sommes couchés à 11h.

À Avignon nous nous sommes bien réjouis. Mais commençons par le commencement : nous étions 70. Prenant la ligne de Lardoise nous avons fait un grand huit dans le train jusqu’à Lardoise où nous avons pris la ligne du Pont d’Avignon.

Là nous sommes descendu (14), et en rangs par quatre nous avons traversé l’immense pont du Rhône et sommes allés voir le vieux pont St-Bénezet, dont la moitié a été emportée par une crue du Rhône, il y a quelques années déjà. De là nous sommes montés au Rocher des Domes (15) je ne garantis pas l’orthographe de ce nom). On a delà une vue superbe et nous avons admiré le magnifique panorama qui se déroulait sous nos yeux : Le Rhône (bateaux à vapeur et barques qui transportaient les voyageurs d’une rive à l’autre), Villeneuve, les Alpes, couvertes de neiges éternelles (on voyait très bien la neige sur les plus hauts pics) et les vieux châteaux en ruine avec leurs vieilles tours.

Nous fîmes une longue halte pour regarder car le surveillant général nous appela pour nous photographier et nous nous mîmes en groupe, à droite la mare aux canards, à gauche, la mare aux cygnes et derrière des bouquets d’arbres touffus.


Enfin le photographe ayant pressé sur la petite poire, nous nous retirâmes, non sans que quelques uns ne se soient empressé d’aller tirer au tourniquet que les marchands à notre approche s’étaient empressés, comme tous les marchands d’ailleurs, d’apporter.

Enfin, toujours en rangs de quatre, nous redescendîmes de cet énorme rocher et allâmes visiter l’immense église qui se trouve près du château des papes.

Après cette visite, nous visitâmes le tombeau des papes non sans que plusieurs en passant devant une boutique n’aient acheté des cartes postales.

La marchande fit ses affaires car on acheta en moyenne 8 cartes par élève= 70 x 5= 350 sous ou 17 francs 50 donc sur ces 17 francs il se peut  aisément qu’il y ait 2 francs de bénéfice pour la marchande. Belle affaire pour elle. Elle loue peut-être le passage du lycée devant sa boutique.

Nous descendîmes encore une cinquantaine d’escaliers et nous nous trouvâmes dans la rue qui devait nous mener au château des papes.


Extérieur – Formidables remparts garnis de tours immenses. Tous d’apparence en bon état, fait avec des blocs de grosseur respectable.

Entrée – Grand porche devant lequel est une petite terrasse en terre. Sous lequel à droite se trouve la maison du concierge et le plafond de ce porche est garni de têtes (?) et de lions ou animaux féroces.

Faits historiques – Le château des papes construit il y a fort longtemps, a été recouvert, à l’intérieur des pièces, de fresques très jolies mais qui ont été abimées voici comment : Des gens idiots ou plutôt ne comprenant pas  et ne sachant pas ce qu’ils faisaient ont recouvert ces fresques d’une couche de plâtre de 10 à 15 centimètres d’épaisseur...

Le château des papes a servi de caserne au 51e de ligne.

Plus tard, comprenant l’ânerie de ses ancêtres, la commune d’Avignon (il n’y a que 3 ans de cela) a fait ce qu’elle a pu pour retrouver ces fresques que l’on a retrouvées à grand peine (pas toutes).





Le château des papes d’après les inscriptions que j’ai vues sur les murs (les voici)

Ecole communale supérieure

Et

Professionnelle

De la commune d’Avignon

a servi d’école professionnelle à Avignon.

Le château des papes a donc des faits historiques qu’il faut signaler ici.

Intérieur actuel – Dès que nous entrâmes nous nous trouvâmes dans une immense cour au milieu de laquelle se trouve un immense puits qu’on a recouvert de planches pour le moment.

 



Tournons à droite. Nous nous trouvons dans des chambres immenses (qu’on était en train de réparer). Les chambres n’ont presque rien comme fresques car on n’a pu retrouver que les têtes des saints. Cette salle a je crois 40 m de long sur 16 de large.

Nous sommes montés sur la tour (je ne me souviens pas de son nom) 120 escaliers nous séparaient du 2e étage en haut de la tour. Il y faisait très noir et on avait à peine la place d’y passer. Mais quelle vue une fois en haut !

Tout Avignon sous vos pieds, le Rhône, le lycée, la gare, tout !

Enfin redescendus de là nous nous retrouvâmes à la porte d’entré du palais, et 4 à 4, au pas, nous allâmes dîner. Mais je ne peux pas me retenir de signaler ce fait que tous les 71 élèves remarquèrent. C’est que, avant d’arriver au restaurant, on nous fit passer devant tous les autres hôtels de la rue ce qui ne fit qu’aiguiser notre appétit et peut être appelé en diminuant certainement le sens : le supplice de Tantale.

Arrivés au restaurant nous dinâmes avec entrain mais j’eus soin de ne pas trop manger ni boire car il faisait très chaud et nous avions encore à faire 2 ou 3 km ½.

À la gare, où nous arrivâmes après être passés devant toutes les baraques de la foire, on ajouta un wagon couloir exprès pour nous et j’avoue franchement que quand nous y fûmes installés, il ne restait plus de place, car sur 71 élèves , il faut dire que M.M. les Professeurs (pas tous assurément) avaient voulu venir et étaient au nombre de 5, plus Mr le professeur de gymnastique et M. le Proviseur et M. le Censeur : 7 en tout : 78.

Nous arrivâmes à Tarascon. Nous y descendîmes et on nous fit visiter certaines églises puis on nous montra la Tarasque et à notre tour nous demandâmes où était la maison de Tartarin de Tarascon et la pharmacie Bezuquet…

 




Enfin nous arrivâmes à Nîmes vers 8h du soir. Nous y soupâmes et on ne nous fit rien visiter car c’était trop tard.

Partis dans le train, nous nous trouvâmes à peu près tous ceux de la même classe dans le même compartiment et nous arrivâmes à Alais à 11h du soir.

La partie de foot improvisée

Alais 15 mars 1911

Aujourd’hui jeudi nous sommes allés en promenade sur la route de Tamaris. Non pas sur la route même mais sur celle qui passe en dessus de la voie ferrée.

Arrivés dans le champ de football de Tamaris, nous le trouvons désert – nous le croyions du moins- nous nous trompions.

Nous étions bien tranquilles quand, de derrière un tas de pierres surgissent une douzaine de jeunes garçons de 6 à 13 ans qui nous proposent un match de football.

Accepté par tous sauf par moi qui n’y joue pas.

Le ballon gonflé à bloc et en l’air les coups de pieds de part et d’autre se donne (sic). Vlan, un coup de pied tamarisien a fait passer le ballon dans le camp alaisien

Les Alaisiens ont perdu. Confus ils s’en retournent aux hurlements de joie des gagnants.

Mon camarade Pierre se retourne et, parlant à un des enfants : Nous reviendrions bien, comme vous le demandez si vous ne hurliez pas, tas de sauvages !

Je ne hurle pas dit l’enfant.

Mais les autres, dit Pierre.

Je ne suis pas le maître répond l’enfant. Si chacun était son maître dit Pierre , on se tairait. Vlan ! Silence complet. Leur bec était clos.

Mais nous ne nous doutions pas d’une chose.

Nous entendîmes un rire bref derrière nous. C’était notre répétiteur qui avait entendu le petit dialogue et qui dit à Pierre : Je te félicite mais il y a une chose que je regrette : c’est que tu ne joues pas avec ces enfants...(16)


Sortie à Vézénobres et retour au lycée

Alais le 24 mars 1911.

Aujourd’hui, je suis sorti chez tonton  et il a fait très beau.[…] Nous avons profité du beau temps pour aller cet après midi au mas David, pour nous promener dans le parc.

Nous y avons goûté et même tonton m’a emmené dans les bois pour chasser. J’en ai évidemment été très heureux car j’aime les promenades au grand air.

Après nous être bien amusé (sic), vers les 4h ½ nous sommes retournés à Vézénobres. […]

Je suis retournés seul à la gare, tonton et tata n’étant venus que jusqu’à la route de Nîmes.

Je fis donc ces  trois kilomètres à pied sur une route.




Le surveillant

Alais, le 7 avril 1911.

Aujourd’hui en me réveillant, j’ai été très heureux, en regardant par la fenêtre de voir qu’il ferait très beau. […] une autre chose que mes camarades m’ont dite ce matin et qui me réjouit, c’est que notre surveillant partira à Pâques.

Mais il s’agit que ce soit vrai.

Ceux qui liront ce journal et particulièrement ce que je viens d’écrire trouveront que tous les élèves détestent leur surveillant. Sauf ceux qui sont gentils bien entendu, et ceux-là  ne sont pas détestés. Mais comme l’a dit La Fontaine :

« Notre ennemi c’est notre maître… »

Cependant  cela ne veut pas dire que nous détestons les autres maîtres que les surveillants.

Si nous appliquons  la maxime de La Fontaine,  les surveillants appliquent une autre maxime du même auteur:

« La raison du plus fort est toujours la meilleure. ».

J’ai été très heureux  de recevoir une lettre m’annonçant qu’au lieu d’arriver à 7h du soir à Aumessas, j’y arriverai le même jour à 10h1/2 du matin. Il s'agit pour cela que Mr le Proviseur  me permette de  partir mercredi à 5h du matin.


La composition d’orthographe et les leçons

Alais le 5 avril 1910

Aujourd’hui nous avons composé en orthographe. Voici le texte :

Retour à la maison des aïeules.

La pluie tombe, incessante, d’un ciel noir. Nous roulons d’abord en chemin de fer dans les plaines d’Aunis dont les grands horizons monotones  confient à l’océan. Arrivés ensuite au port où l’on embarque, sous une ondée furieuse nous courons nous enfermer, sans rien voir, dans la cabine d’un bateau ; et la courte traversée accomplie nous remettons pied à terre devant des remparts gris : c’est le château, la première ville d’Oléron. Mais il pleut si fort que cela finit par noyer toute pensée, toute émotion de retour. Les choses de l’île me semblent étrangères et quelconques. Voici pourtant que le sentiment d’être dans l’'île me saisit ‘une façon presque poignante.

Impossible de finir

N’ayant pu en recopier

­Plus­

Cette dictée que je viens de remettre est telle que je l’ai écrite pour la composition. J’ignore les fautes que j’ai faites cependant je ne crois pas en avoir fait des tas. […]

Pour vendredi voici les leçons que nous avons :

Verbes actifs et passifs en entier –latin-.

Anglais , leçon 41 en entier et les verbes.

Géographie, Australasie en entier.

Calcul, arithmétique même leçon.

Latin (soir), §125 de la grammaire latine.

Donc je ne suis pas sans rien sur le dos.

Les vacances seront là pour reposer l’esprit et nous tâcherons, au 3e trimestre de passer avec vigueur d’une composition à l’autre. Ce qui m’ennuie le plus c’est le latin, surnommé par mon camarade Lafont, inventeur de mots sans queue ni tête : latinibus (latin) Rasibus (rasoir) barbibus (barbant).

L’Epitome est surtout long à apprendre car on nous donne 8 phrases à la fois , en moyenne, et les chapitres sont de plus en plus difficiles. Nous en sommes au chapitre 14 : Urbs obsessa, per dicem annos etc,etc…

Et il faut outre cela que nous le traduisions en français.


Le petit Lozérien

Mercredi 26 mai 1911

Les classes ont recommencé leur cours avec ardeur. Sur les 21 élèves il ne manque qu’Aujoulat duquel nous ne savons rien encore et auquel nous allons écrire pour  lui demander de ses nouvelles.

Aujoulat est orphelin de mère. Laissé seul au monde avec son père, à l’âge de 8 ans, il trouva un de ses oncles assez charitable pour le nourrir et l’élever pendant que son père ferait ce qu’il pourrait pour gagner sa vie….

Son oncle soigna Aujoulat comme si celui-ci était son propre fils. Il lui prodigua, ainsi que sa tante, les soins les plus propres à l’élevage d’un enfant. Comme il était instituteur à Villevieille près de Langogne, il éleva son neveu dans sa classe, et comme ce dernier grandissait et avait fini ses études primaires, son oncle et sa tante firent d’énormes sacrifices pour le mettre au lycée.

Il ne réussit pas au lycée. Comme Villevielle est un pays tout à fait reculé dans la Lozère Aujoulat parlait mal le français et avait un accent déplorable. Avec toute sa bonne volonté, il parvint  s’exprimer un peu et sans accent, mais parfois il s’oubliait et Mr Rivere le grondait.

Aujoulat n’avait pas mal marché au premier trimestre. Son mauvais accent l’emportant, il recule visiblement t les vacances de Pâques approchant, il partit chez lui.

Nous avons pensé deux choses à cause de son absence. 1ère il peut être malade. 2ème découragé il préfère garder les oies.

En attendant le repas du soir

Alais le 29 mai 1911

Mais je vois avec plaisir que dans 8 jours, ma foi, les vacances de Pentecôte seront là. Nous attendrons et à l’heure du train, pan !... plus de portes fermées au lycée. On essaie de sortir, la porte s’ouvre. On essaie d’aller à la gare, le train est prêt pour nous prendre y est à peine installé ; on est chez soi. Quelle grande différence s’est opérée.

Tout cela à cause de la Pentecôte

Mais je parle comme si c’était aujourd’hui qu’arrivent ces jours heureux. Hélas 8 jours.

Allons du courage et je m’aperçois que le tambour va nous dire en son langage :

« Messieurs sont servis »

Nous en profiterons, certes, de cette offre car je sens mon estomac se tirailler et me faire abominablement souffrir.

Il est vrai que déjà depuis midi nous n’avons rien mangé sinon un morceau de pain à 4 heures. Ceci  ne tient pas beaucoup et, je me souviens qu’au commencement de l’année j’avais beaucoup de peine à ne pas « mourir de faim » et pour pouvoir  attendre je prenais dans ma poche deux ou trois morceaux de pain afin de pouvoir les manger quand mon estomac me ferait mal.


Dernier retour avant les grandes vacances


Alais le 12 juillet 1911

Je suis allé à Aumessas pour y passer les vacances du 14. Je m’y suis bien amusé.

Mais je suis revenu malgré les fortes chaleurs au lycée, beaucoup sont restés  chez eux. Beaucoup ont préféré rester chez leurs parents. J’en aurais certes fait autant si mon amour propre et maman ne m’avaient dit de revenir.

Nous ne sommes en tout qu’une quarantaine. Dans ma classe il y a 7 pensionnaires et 4 externes.

C’est bien peu… C’est pourquoi, on ne nous donne  pas directement des devoirs ni des leçons. Nous sommes dans des demi-vacances.

Nous ne nous levons qu’à 7h moins ¼. Ce qui fait le plaisir des paresseux.

Quelle chaleur accablante!


La distribution des prix

Aumessas le 3 septembre.

Voici les principaux faits qui ont eu lieu à Aumessas pendant le mois dernier. D’abord, mon arrivée avec 4 prix. 1er celui français, d’anglais, d’instruction religieuse et le prix d’honneur. J’ai été félicité par les professeurs car nous avons eu une distribution des prix solennelle.

La cour de gymnastique, immense va en suivant une pente assez peu étendue et rapide  et se termine par un espèce de cloître surélevé qui a servi d’estrade à Mr Devèze, député, au sous-préfet, au capitaine du corps d’armée d’Alais, au capitaine des pompiers d’Alais, au maire et à son conseil, au proviseur, au censeur et à tous les professeurs du lycée. L’estrade était fleurie et en bas les élèves et les spectateurs sont assis. La séance commence par un discours de Mr Moussa(t) (17), professeur de 1ere, puis par un discours du sous-préfet. Enfin on lit la liste des noms des élèves avec leurs prix : chaque élève qui le méritait était félicité. Nous n’avons été que 3 à être félicités dans notre classe : Campredon (5 prix), Michel (4 prix) et moi (4 prix). Après cette séance, où j’ai vu tonton Émile, nous nous sommes retirés. Comme je ne devais partir qu’à 1h 55, avec un autre camarade nous restâmes seuls à dîner et après avoir bouclé nos males (sic) et donné des étrennes au garçon nous partîmes à la gare.



Post scriptum

Année 1915

Je retrouve ce journal au fond d’une bibliothèque.

Trois ans se sont écoulés, et trois ans, c’est un siècle pour un enfant.

J’avais, lorsque j’écrivis ce journal pour la dernière fois, 13 ans je crois.

Je vais en avoir 17. Que de changements se sont opérés en moi !

Oublions toutes les bêtises que j’ai pu mettre jusqu’ici, peut être un peu pour vouloir « user » du papier… et pensons aux choses sérieuses…

Théophile Boisset


Théophile Boisset termine sa 3e à Alais, avec le Certificat secondaire. Il devait entrer à l’école préparatoire  de théologie  des Batignolles, mais à cause de la guerre l’école est fermée (l’internat d’Alais aussi). En janvier 1915 toute la famille va à Marseille et Théophile et Paul entrent au lycée qui « nous apparut très grand et très peuplé, comme c’est d’ailleurs la vérité. » Paul est en 6e, Théophile en seconde. Il est surpris par le nombre des élèves, 45, dont 5 environ seulement travaillent, 15 se laissent aller, « le reste passait son temps à faire un chahut infernal, quelque chose d’inouï. Et je crois bien que sur les six mois que j’ai passés au lycée de Marseille il ne s’est pas passé plus de 8 heures de classe paisible en latin-français-grec. Pour ma part, désireux d’arriver, je fis tous mes efforts pour me mettre au bon niveau et m’y maintenir. Car il est incontestable que la sortie de la classe de 3e d’’Alais est bien inférieure à la rentrée en seconde. Et moi-même en ces temps troublés des premiers mois de la guerre, je n’avais pas beaucoup gagné à mon avantage. Le second trimestre fut pour moi excellent, en ce sens que le travail personnel triompha du travail de la classe."

Il fait alors  un « projet » se présenter au bac, dont il informe sa sœur Marie, remplaçante d’anglais au lycée Perrier et qui donnait « un nombre respectable de leçons particulières »

«  Le bac avait lieu dans deux mois ½. Avec l’assentiment de maman je me mis à la tâche. Alors commença une ère de travail méthodique et intensif. Je me levais à 4h ½ tous les matins et  me couchais à 9h ½ tous les soirs […] Et bientôt je fus heureux d’apprendre que la F me bombardait reçu à la première partie du Baccalauréat […]. Pour nous nous étions heureux, car si on nous mobilisait, je tiendrais toujours ma première partie. »

Théophile Boisset était étudiant en théologie quand il est mort à 19 ans, au mois de juin 1917.


Annexes

Aumessas au début du XXe siècle

Construction de la route du Cambon

Aumessas, le 10 janvier 1909.

[…] On fait beaucoup de réparations à Aumessas, ainsi un va faire une fontaine devant chez nous et on va bâtir la route du Cambon.

La route du Cambon aura 3,5m, de large et je me promets de bien m’y amuser si Dieu le permet. L’entrepreneur est Mr Floris, père de tante Charlotte. […]

Dimanche 28 août 1909.

[…] Le 22 octobre 1909, Mr le Maire s’est rendu au Vigan et c’est là qu’on a fait l’abjudication (sic) de la route du Cambon. Je crois que l’architecte a fait un rabbet  (sic) de 9%. […]

C’est aujourd’hui samedi 6 novembre 1909, la foire d’Aumessas. Mr Fonzes, oncle de Mr Fonzes notre propriétaire, a donné 100 000 francs à la commune, afin qu’on donne 500 francs à chacune des deux jeunes filles qui se marieraient le jour de la foire. C’est le bienfaiteur de la commune. Rien que l’intérêt annuel de cette somme est de 3500 francs, enlevés les 1000 francs donnés aux rosières = 2500 francs de diminutions d’impôts. C’est ce Mr Fontes qui fit bâtir la fontaine à  jets  de sur la place. C’est lui qui fit bâtir le clocher du Temple et qui donna la cloche. Il donna les vases pour la 1ère communion et pour les baptêmes.

Dimanche 15 novembre 1909

[…] C’est aujourd’hui qu’on décide le lot de la route du Cambon.

Mercredi, le 17 novembre 1909.

Ce matin Malhibouse est venu pour arranger la fontaine qui était détraquée. Il a bien fait de venir l’arranger car, sil n’était pas venu, papa lui aurait fait une tartine sur Le Petit Marseillais.

Nous sommes très heureux de pouvoir aller à 2 pas pour chercher de l’eau plutôt que d’aller à la place publique.

Aumessas 14 juin 1910.

Il fait très beau pendant quelques jours. Un peu chaud même. Il n’y a rien de changé à Aumessas sinon la route du Cambon qui avance péniblement mais le mur de soutainement (sic) ressemble à une vraie forteresse. Il a 81 mètres de long, 8 mètres de haut et je crois qu’il a 1,5m ou 2 mètres d’épaisseur.

Aumessas le 20 juin 1910.

Le mur de la route avance toujours. Les wagons pleins de pierres se succèdent à la gare. Il y a une paire de bœufs et plusieurs chevaux pour charrier le bois du travers à la gare, et, les wagons qui étaient pleins de pierre sont vidés et aux pierres succède le bois. Ce bois va du travers à Bez, où il y a une usine pour extraire l’esprit de bois.

Élections législatives

Dimanche 24 avril 1910.

C’est aujourd’hui qu’ont lieu les élections législatives. Voici les candidats, Joseph Bernadoy, Ulyssse Pastre, André Bourguet. Voici les voix obtenues : Pastre 122, Bourguet 64, Bernadoy 12. Il y a eu ballotage et les élections sont remises au dimanche 8 mai 1910.

Dimanche 8 mai 1910.

Aujourd’hui les élections commencèrent. Pastre et J. Bernadoy se sont retirés et Jacques Dhur et A. Bourguet sont candidats. Jacques Dhur  a 188 voix et Bourguet 75. Je crois que Bourguet sortira car il est très populaire dans les communes avoisinantes.

[…]

Aumessas le 19 mai 1910.

Nous avons le plaisir d’annoncer que Mr André Bourguet qui a lutté une première fois contre Ulysse Pastre, une seconde contre Jacques Duhr,  remporté le prix des élections, c'est-à-dire a été élu député.(18)


Le poids de la guerre

31 octobre 1916.

[…]

Ce n’est pas une histoire de la guerre que j’entreprends. C’est notre propre histoire… Qu’il me suffise de dire que nous avons vu partir plus de quatorze membres de notre famille. Pour en citer quelques uns : Émile Recolin, mon oncle, frère de maman, capitaine des Tringlots (19), en subsistce à Marseille. Samuel Recolin, son frère, sergent au 4ème colonial tombé glorieusement au champ d’honneur à Massèges (20) le 4 février 1915. (C’est lui qui m’a donné ce cahier), Ernest Ferrières, fils du frère de grand-mère, notre cousin, soldat au 59e d’infanterie, qui se bat depuis le commencement d’août 1914 sans avoir eu une égratignure ! Louis Anthouard de Freyssinières, parent du côté de papa. Roger Finiels, capitaine à 25 ans, ancien élève de Saint-Cyr, proposé pour la Légion d’honneur, Henri Simmonet, vétérinaire, 23 ans, sorti 1er de l’école d’Alford, envoyé par le gouvernement aux États-Unis pour contrôler les envois de chevaux. Élie Masson, mort sur le front à la suite de la fièvre typhoïde contractée aux armées. Jean Berthallon, des Violins, commune de Freyssinières, soldat au 52e de montagne, actuellement sur le front. Auguste Guibal et son frère Louis.

Tels sont quelques uns des noms des membres de notre famille qui sont mobilisés et presque tous sur le front.

Espérons que mon tour viendra car la guerre n’est pas finie.



.



NOTES

1. Les Recolin, ses grands parents maternels, sa mère, Célestine Recolin, ses grandes sœurs Marie et Magdeleine, ses petits frères Paul et Jean le dernier, né en 1908.

2. La ligne Le Vigan-Tournemire.

  • Classement dans le réseau d'intérêt général : loi du 31 décembre 1875.
  • Déclaration d'utilité publique : loi du 8 août 1879
  • Concession à la Compagnie du Midi : 20 novembre 1883.
  • Début des travaux : 1885.
  • Réception des travaux : 1896.

3.Commune de Vézénobres.

4. À l’automne 1910, la Fédération des mécaniciens et chauffeurs, réformiste, se rapproche des positions du Syndicat national des cheminots, les deux syndicats exigent du gouvernement l’instauration d’un salaire minimum journalier de cinq francs et lancent la « grève de la thune » (le mot « thune » désigne une pièce de cinq francs). L’affiche est de Jules Grandjouan (1875-1968), célèbre déjà pour ses caricatures radicales et anticléricales publiées dans L’Assiette au beurre.

5. www.lyceedelasalle.com/1-43-HISTORIQUE.php Jean-Baptiste de La SALLE, le fondateur de l’Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes, a ouvert une école à Alès en 1707 avec deux Frères, dans la maison d’un certain M. de GAUJAC. Différents lieux sur Alès seront ensuite occupés, au gré des tourmentes politiques et des guerres de religion. En 1818, l’Abbé TAISSON, curé de la Cathédrale, acquiert l’ancien potager de l’évêché, pour y installer  avec  les Frères des écoles Chrétiennes, l’école de la rue TAISSON. Par la suite, le pensionnat Saint Louis de Gonzague est ouvert, avec un enseignement  moitié technique et moitié théorique afin de développer l’enseignement secondaire catholique, en place et lieu de l’actuel lycée. Cet établissement prendra par la suite le nom du collège Fléchier puis du lycée technique de La SALLE.

6. La propriété de son grand-père maternel cévenol.

7.Villages voisins d’Aumessas.

8. www.ot-ales.fr/fr/il4-item_p0-lycee-jean-baptiste-dumas-ales.aspx? Cle...  « Au XIXe siècle, le collège d’Alès était situé rue du Collège ou rue Pasteur à partir de 1889. Dès 1853, son principal Monsieur Roux émet le souhait de sa transformation en lycée. Jean-Baptiste Dumas, le célèbre chimiste devenu sénateur, qui avait été élève au collège d’Alès continue d’entretenir d’excellentes relations avec sa ville natale. Il soutint l’idée de la création d’un établissement d’enseignement secondaire spécial à Alès. Il vint défendre sa thèse au Conseil Municipal du 25 octobre 1866. Il est alors chargé de mission auprès de Victor Duruy – Ministre de l’Instruction Publique. Le Ministre vint, en personne dans la capitale cévenole en juillet 1867, se rendre compte du contexte favorable, visiter les mines et les industries locales. Il promit d’appuyer la ville dans sa demande. La création d’un lycée nécessite de nouveaux locaux. La ville met le projet à l’étude. Le 17 janvier 1883, le Ministre écrit au Préfet du Gard qu’il vient d’approuver les plans et les devis concernant le projet de construction. Les plans sont dressés par MM. Irague et Feuchères. Le nouveau bâtiment est prévu sur l’ancienne place du Lion d’Or (actuellement le théâtre). C’est un lycée monumental. La superficie totale est de 21 791 m² dont 9 874 m² de bâti. L’internat est fait pour 250 élèves. La ville d’Alès participe pour moitié à la dépense, l’Etat subventionne l’autre partie. Les frais de construction et d’achat du mobilier sont estimés à 2 000 000 F. plus 500 000 F. pour l’acquisition des terrains Le décret de création d’un lycée à Alès date du 4 août 1883, celui décidant de son appellation du 19 octobre 1889. L’inauguration du lycée Jean-Baptiste Dumas a lieu le 21 octobre 1889. C’est un édifice majestueux, avec une très belle rotonde surmontée d’une horloge, aux dimensions impressionnantes, aux décors intérieurs somptueux qui prend place sur le boulevard Louis Blanc. »


 

9. Une fois son service actif terminé, le soldat devient réserviste , mobilisable pour compléter les soldats de l'active ou pour constituer des unités de réserve. Afin que les réservistes restent opérationnels des périodes d'exercices sont organisées par les différentes lois de recrutement et les circulaires ministérielles.

10. Le pasteur Boisset est mort le 21 février 1910.

NB. note de l’auteur. Je suis en train d’écrire un livre détaillé sur « Le pasteur Boisset »… 5 vol.

Voir l'article Campagne de Chine.

11. Ecole maternelle.

12. Précis d'histoire sainte ou d'histoire grecque rédigé en latin et servant autrefois de manuel aux élèves débutant en latin.

13. www//assemblée-nationale.fr Marius Devèze, (né à Alès en 1863, mort à Saint-hilaire de Brethmas en 1940). D’abord guesdiste, il est élu député en mai 1898, après s’être présenté plusieurs fois et en ayant changé son étiquette guesdiste pour celle de l’union socialiste. Il est réélu facilement en 1902 et en 1906, mais son élection de 1910 est beaucoup plus laborieuse. Il était sorti de l’Unité socialiste et l se vit opposer un candidat  qui était resté dans l’Unité, Marcel Cachin,( le fondateur du parti communiste). Le sous préfet d’Alès avait proclamé ce dernier élu, mais la commission de contrôle proclama Devèze élu avec 6952 voix contre 6947 à Marcel Cachin qui contesta les résultats. Après enquête et vérification, alors qu’une quatrième commission se prononçait pour l’invalidation, L’Assemblée nationale passa outre et après une discussion orageuse valida l’élection de Marius Devèze. Cette laborieuse désignation semble déplaire aux électeurs d’Alès, c’est un demi–échec.

14. Note de l’auteur : « Il ne faut pas confondre la gare du Pont d’Avignon et la gare d’Avignon, la gare du Pont d’Avignon est à 2 km de cette ville tandis que la gare d’Avignon est juste en dehors des remparts.

15. Le Rocher des Doms est le berceau d'Avignon. Les pieds dans le Rhône, le Rocher des Doms fait face à Villeneuve-lez-Avignon où sur le Mont Andaon trône le Fort Saint André. Sa terrasse et le panorama qu'elle offre sur la région environnante en font une promenade incontournable. Le jardin aménagé depuis 1830 sur le rocher fut une œuvre colossale, C'est un lieu de promenade très fréquenté depuis toujours.

16. Note de l’auteur : « Ces enfants étaient des petits malpropres pleins de boutons et de crasse. Je n’ai pas voulu y jouer  rien qu’à cause de cela et aussi à cause d’une maladie que j’ai eu il y a un an (hernie après avoir fait un effort en soulevant un poids trop lourd.)

17. Emile Moussat, (1885/1965),né à Alger,élève de Normale Sup, agrégé de lettres classiques en 1909 , nommé au Lycée d'Alès  (et non d'Alger). Prisonnier de guerre des Allemands  de 1914 à 1918. Résistant pendant la Seconde guerre mondiale. Président et vice-président de nombreuses associations (journalistes, écrivains , sportifs). Ecrivain et militant actif de la défense de la langue française.

18.André, Ferdinand, Jules BOURGUET, né et mort à Saint-Hippolyte-du-Fort, (1876 - 1936), député du 08/05/1910 au 31/05/1914, Gauche radicale.

19. Soldat d'un régiment du train, chargé de l'approvisionnement.

20. Massèges (Marne).