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Les Pyrénées-Orientales en 1842 vues par une aristocrate anglaise
Les Pyrénées-Orientales vues par une aristocrate anglaise en 1842

 

 L’ouvrage de la vicomtesse de Satgé Saint-Jean s’inscrit dans les modes littéraires de l’aristocratie  anglaise de son temps.

 Dès le milieu du XVIlle siècle, attirés par la réputation des eaux thermales capables de guérir les  blessures par balle, des officiers anglais vinrent à Barèges, Bagnères-de-Bigorre,Bagnères-de-Luchon. En 1766, Henry Swinburne, un voyageur et écrivain qui a raconté ses voyages dans divers ouvrages organisa une véritable expédition à Gavarnie après avoir gravi le pic du Midi de Bigorre. Après la Révolution et l’Empire, l’'engouement des Britanniques pour les Pyrénées reprit de plus belle. Ce fut le départ d'une véritable mode qui se traduisit par la publication d'un nombre incalculable de récits de voyage, de poésies ou d'albums de lithographies.

 L’éducation des jeunes aristocrates anglais prévoyait un voyage sur le continent : le Grand Tour. C'est ainsi que Lady Fortescue, fille d’un grand banquier londonien, incorpora les Pyrénées dans son Grand Tour.  Du 3 avril au 26 juin 1818, elle parcourut les Pyrénées du Canigou à la Bigorre et fit 75 dessins de grand format de sites prestigieux, son reportage graphique est le plus ancien connu en utilisant le procédé de la chambre claire qui lui permet de reproduire les sommets avec précision. Ce reportage graphique est le plus ancien connu sur les Pyrénées. James Erskine Murray, avocat écossais, après un voyage dans les Pyrénées en 1834-1835 publia son ouvrage "A Summer in Pyrenees"  qui eut un un tel succès qu'une nouvelle édition fut faite en 1842. Un jeune diplômé de Cambridge, Clifton Paris, publia "letters from the Pyrenees " où il fit le récit de ses excursions pédestres, pendant l’été 1842 et l'illustra de dessins pris sur place. 

   Caroline Sparkess, Anglaise du comté de Salop, avait épousé Valentin de Satgé, un des trois fils de  Cosme - Thomas - Bonaventure de Satgé, seigneur de Thoren, Py, Mantet et Huyteza, qui appartenait à une famille ayant acquis la noblesse par l’achat de la seigneurie de Thoren et qui avait épousé Françoise Balalud de Saint-Jean. Royaliste. Déçu par les Bourbons, Cosme de Satgé écrivit au roi des lettres de menaces ; poursuivi devant la Cour d'assises de la Seine, il fut condamné, en septembre 1832, à cinq ans de travaux forcés, mais fut gracié peu après. Il se retira alors à Prades, où il mourut le 6 octobre 1849. 

  Les trois fils de Cosme avaient épousé des Anglaises. L'aîné, Valentin de Satgé, né à Ille en 1802, servit à Neuf Brisach et à Saumur dans le 24e régiment de chasseurs à cheval et se maria, en août 1832, avec Caroline Sparkess Il obtint et prit le titre de vicomte de Saint-Jean. Son fils Ernest épousa la fille de l'amiral anglais, Rous, et restaura le château de Castelnou, où il mourut en 1899. Sa descendance se fixa en Angleterre.

  Caroline, vicomtesse de Satgé Saint-Jean précise, en 1842, dans l’introduction de son petit ouvrage les raisons don travail. « Pendant un récent voyage à travers les Pyrénées-Orientales, elle s’est étonnée de ne trouver aucune description illustrée des sites merveilleux de ces montagnes. » Et comme elle avait connaissance de « toutes les lithographies et gravures publiées séparément jusqu’ici sur ces beaux pays » elle avait eu « un sentiment de désappointement occasionné par leur peu d’exactitude. » C’est pour « suppléer jusqu’à un certain point au défaut d’illustrations des Pyrénées-Orientales » qu’elle a entrepris de faire des descriptions concises et de « transporter ses esquisses sur la pierre[1] tandis que les scènes qu’elle représente sont toutes fraiches dans sa mémoire. »

  L’ouvrage, rédigé en anglais, a pour titre : « SKETCHES among the PYRENEES » by the viscountess de Satgé Saint-Jean, avec une traduction française par Émile Deschamps[2]. C’est un mince livre[3] qui contient huit lithographies sur papier indien tinté dessinées par la vicomtesse ; Il était mis en vente à Paris chez Arthus Bertrand, éditeur et libraire[4], à Londres[5] et à Leipzig en  librairie.  

  

 

 

 

 

 
Cette illustration est très proche des images de danses du début du siècle : 
 
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     Les Pyrénées-Orientales sont évoquées dans la deuxième partie par une introduction qui a pour  titre: « Aspect général du Roussillon », elle compare les deux extrémités des Pyrénées et présente  les coutumes du Roussillon en décrivant sa danse...

 

 

 

 

  Suivent quatre descriptions accompagnées de quatre lithographies :

     -" Le Canigou près des environs de Prades "
 
 
 
 
 
 
 

-           - "Village de Ria et ruines de Sirach, vallée de la Têt"

    - "Vue de Prades, prise du pont de Ria"

 

 

 

   -           -"Les ruines de Thoren vues de la route de Vernet-les-Bains " qui terminent le texte par un poème   de méditation sur la fuite de la gloire et de la fortune.

 

 

 M Malgré ses affirmations la vicomtesse ne fait guère progresser la connaissance des Pyrénées-Orientales.     Il  est vrai qu'une souscription promettait  une livraison mensuelle  sur papier de chine avec fond teinté en 20  ou 25 livraisons successives.

  Au début de 1843 parait le célèbre album de 26 lithographies de William Oliver,"Scenery of the  Pyrenees" présentant un panorama complet des Pyrénées des Eaux-Chaudes à Foix en passant par  tous les sites majeurs. Travail qui présente le fini de la gravure sur acier permettant de faire ressortir  chaque détail; associé à la technique de l'aquarelle avec une teinte propre à chaque planche. Et en 1844, paraissait  " Voyages dans les Pyrénées", récit de voyage de Sélina Bunbery.

Charles Packe, explorateur et écrivain,  publie en 1862, la première édition de "The guide of  Pyrenees" et Henry Russell, "le roi des Pyrénées" associa la vie mondaine des stations thermales à  la passion de l'escalade.

Les Les Satgé fréquentent Vernet-les-Bains, ils sont anglicans, Caroline de Satgé Saint Jean publie en  1849, "The Caves ofThe huguenots : a tale of the XVII th century and others poems, author of sketchs and extracts from a travelling journal" . Sinclair de Satgé  offre le vitrail de l'Eglise anglicane de la station thermale , vitrail du maître verrier Bryans , très apprécié en  Angleterre.

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 ÉLÉMENTS DE BIBLIOGRAPHIE

 François BESSON, Le paysage pyrénéen dans la littérature de voyage et l'iconographie britannique du XIXe siècle, L'Harmattan, 2000, 466 pages.

Joseph DULOUM, Les Anglais dans les Pyrénées et le début du tourisme pyrénéen, Les Amis du musée pyrénéen, Tarbes,  1970, 648 pages. 

www.institutdugrenat.com

www.mediatheques.agglo_pau.fr

www.mediterrannees.net/biographies/capeille

www.pyrenees-passion.info/anglais 

www.textesrares.com 

       Madeleine Souche 

 

 

[1] Allusion à la lithographie qui se développe beaucoup dans la première moitié du XIXe siècle, sur des  pierres calcaires des carrières de Bavière, puis sur des pierres de carrières françaises, en particulier celles des  carrières de Montdardier (Gard).

[2] Sans doute, DESCHAMPS [DE SAINT-AMAND], Anne-Louis-Frédéric, dit Émile. Écrivain et critique    littéraire né à Bourges en 1791, mort à Versailles en 1871. Issu de l'aristocratie terrienne de province, il  est surtout passé à la postérité pour avoir été l'un des premiers à encourager et soutenir Baudelaire.  Grand lecteur de la littérature étrangère, Deschamps entreprit dès 1827 une traduction du Roméo      et  Juliette de Shakespeare, à laquelle participait Vigny.

[3] Exemplaire de la Bibliothèque de Toulouse : 40 p. : 9 pl. h.-t. ; in-4

[4] Claude ARTHUS-BERTRAND, né en 1769, se passionne pour les voyages et devient l’éditeur officiel de  la Société de Géographie du Ministère de la Marine Consulaire puis Impériale. La librairie Arthus-Bertrand a  publié de nombreux ouvrages de découvertes ou de descriptions de voyages en Europe, et dans le  monde, souvent illustrés comme, en 1824, ce «  Voyage de découvertes aux terres australes , fait par  ordre du gouvernement sur les corvettes Le géographe et Le Naturaliste et la goélette La Casuarina »,  ouvrage enrichi d’un superbe atlas composé de 68 planches dont 27 coloriées.

 Yann Arthus-Bertrand est le descendant de Claude Arthus-Bertrand et de Michel-Ange Marion qui avait  fondé la maison de broderies, de drapeaux et de décorations militaires à la même époque. Leurs petits-  enfants se sont mariés et la Maison Marion a déménagé ses locaux dans la Maison d’éditions Arthus-    Bertrand, 28 rue Hautefeuille, à Paris.

[5] Londres : Bossange, Barthès et Lowell.