Agenda Culturel

 

 

 

 

 

 

Galerie Photos

  • Photo Title 1
  • Photo Title 2
  • Photo Title 3
Bienvenue sur le site de la Maison de l’Histoire Languedoc-Roussillon-Catalogne

Fondée en 1998, l'Association pour la Promotion de l’Histoire dans les Pyrénées-Orientales (A.P.H.P.O.) a initialement pour objet l’étude et la mise en valeur des archives publiques et privées, l’étude et la mise en valeur du patrimoine.  Lire la suite

Adhésion APHPO : cliquer pour télécharger le bulletin.

Blessés psychiques de la Grande guerre

 

Conférence du 13 décembre 2018

 

 

 

La guerre des tranchées (1914-18): Survivre mais dans quel état ? Troubles mentaux de guerre. Du commotionnel à l'émotionnel.

Robert-Michel Palem est docteur en psychologie, neuropsychiatre, auteur et conférencier.

D'abord médecin psychologue et psychiatre dans la Marine nationale, en Métropole et outre-mer, il a ensuite enseigné la Psychologie de la Communication à l'Université de Perpignan...

Il a créé et animé à Perpignan, pendant 15 ans, le Collège régional des psychiatres privés Roussillon-Corbières Il a présidé la Commission nationale de l’Hospitalisation psychiatrique privée...

Il publie des ouvrages de psychopathologie ; tout en privilégiant le dialogue avec les philosophes.

Il a créé l'Association pour la Fondation Henri EY.

 
Les mémoires de Charles Santraille

 

 

Les mémoires de Charles SANTRAILLE, poilu de la Grande Guerre.

 

Charles Santraille est né en 1898 à Banyuls-dels- Aspres, fils unique d'un petit propriétaire viticulteur.

En 1970 Charles Santraille décide d'écrire ses mémoires de soldats de la guerre 14-18 ; pensant, comme il l'écrit lui-même, que le soldat de 14 est méconnu et incompris.

La documentation rassemblée après la guerre, ses souvenirs et les très nombreuses cartes envoyées à ses parents et précieusement conservées lui permettent de retracer son itinéraire de soldat.

 

 

 

 

 

Dans ses écrits, peu de sentiments, peu d'émotions, mais ce sont les dessins qui illustrent ses mémoires qui nous parlent de la tristesse du retour de permission, de son amour pour les chevaux ou des

détails originaux perçus dans les villes traversées (un cimetière allemand abandonné, des civils qui vont à la messe....).

Charles Santraille passe le conseil de révision en mars 1917 et reçoit sa feuille de route en avril 1917.

Joffre avait imposé au gouvernement l'incorporation des jeunes avant 20 ans; ils faisaient leurs classes et pouvaient être ainsi  envoyés au front à 20 ans1.

Charles Santraille choisit d'être dans l'artillerie (ce choix est possible car son père est mobilisé) ; en 1917 le jeune Santraille  sait qu'être artilleur est moins risqué que d'être fantassin ; il rejoint le 116ème RAL (régiment d'artillerie lourde), mais très rapidement il est affecté à des travaux agricoles, mis à la disposition d'agriculteurs du Lauragais, il nous donne de très jolis dessins de cette période.

 

En novembre 1917 après une permission il rejoint son régiment, le 107ème RAL, c'est le 26 décembre, il neige sur Perpignan, nous n'en saurons pas plus  de ses états d'âme.

 


Après quelques mois d'instruction militaire, le 19 mars 1918 il part au front. Il nous explique fort bien que les Allemands ont attaqué sur la Somme et que les Français vont prêter main forte aux Anglais.

La pression allemande se fait moins forte dans les Flandres mais Ludendorff attaque par le Chemin des Dames en direction de la Marne et donc de Paris; voilà Charles Santraille engagé dans la seconde bataille de la Marne. Cette bataille est vue à "hauteur d'homme":

Les chevaux ont la gale, les hommes ont la grippe espagnole et le cousin Paul Guillemat est cantonné dans un village voisin, donc ils vont passer l'après-midi ensemble; on est loin de la stratégie des militaires.

Charles Santraille fait partie de la Xème armée du général Mangin, division des loups; alors qu'il ne porte aucun jugement sur la guerre, il qualifie Mangin de boucher et de broyeur de noirs ; c'est le seule remarque négative de ses mémoires.

Il nous détaille les offensives de ce qui devait être pour les allemands la bataille de la victoire: la Friedensturm, la bataille de la paix 2.

Tous ses récits s'accompagnent de dessins très documentés (chars, aviation, engagement américain…) mais peut-être cela peut provenir  de  livres consultés pour écrire ses mémoires dans les années1970;pourtant certains détails, certaines situations, révèlent une réalité  qu'il a  certainement vécue : le passage de l'Aisne, les ponts de bateaux, le transport des obus pour ravitailler l’artillerie, les embouteillages et les erreurs d'itinéraire des officiers ; tout cela bien sûr dessiné avec soin.

 

 

 

Après une permission dont nous ne saurons rien, retour dans les Flandres : la pluie, la boue, les trous d'obus pour seule protection, les fossés remplis de morts alliés ou allemands.

Charles Santraille participe à la libération de la Belgique.

C’est au bord de l'Escaut qu'il apprend la nouvelle de l'armistice; il écrit simplement " il nous tardait que cela finisse, ça Sentait  la fin". On ne peut pas faire plus sobre !

Mais la guerre n'est pas finie, il écrit " Nous sommes partis à la poursuite des Allemands".

La Belgique libérée accueille les soldats français joyeusement mais un petit garçon lui vole sa gamelle, juste pour avoir un souvenir et « attention surtout aux boutons ! » et il dessine ce petit garçon pour qui

il a tant d'indulgence. Le détail donne vie à son récit.

 

 

Le voilà en Allemagne et, homme toujours curieux, il profite d'une permission pour visiter Cologne et ensuit Aix-la-Chapelle où la statue du Kaiser est camouflée.

C'est en Allemagne qu'il apprend qu'il est désigné pour aller en Orient, il est alors affecté au 38ème RAC (régiment d'artillerie de campagne).

Après une permission le voilà à Marseille mais son embarquement est retardé par les mutineries de la Mer Noire et il nomme  André Marty 3.

La censure sur ces évènements étant très dure, ces informations n'ont peut-être étaient connues que plus tardivement.

Mais que va faire dans cette expédition vers Odessa Charles Santraille ? Il va livrer du blé et du savon aux soldats français engagés par Clémenceau contre les bolcheviks 4 mais aussi il ramène en Russie des soldats russes hostiles à la révolution.

Son voyage est décrit et bien sûr dessiné de façon très méticuleuse.

 

 

De retour à Marseille il espère rentrer enfin à la maison, mais non les cheminots étant en grève, il doit faire 2 mois de plus  (ce qui  veut dire que l'armée a été employée pour le maintien de l'ordre). Enfin le 26 juin 1919 il touche le costume Clémenceau  et un petit pécule de 234 francs 5.

Il n'est démobilisé qu'en juin 1920.

Les mémoires de Charles Santraille se terminent ainsi avec la mention des médailles obtenues: médaille du combattant et médaille mémoire de la victoire.

 

 

Françoise GERMA



1 Le besoin en hommes est tel que l'on appelle en avance les classes 1914 à partir de septembre1914 au lieu d'octobre, la classe 1915 est appelée à partir de décembre 1914, la classe 1916 est appelée  en avril 1915 et celle de 1917 est appelée en janvier 1916, la classe 1918 est appelée en avril 1917 (classe de Charles Santraille) et la classe 1919 est appelée en avril 1918 .Ainsi le jour de leurs 20 ans, ces jeunes ayant fait leurs classes pourront partir au front.

2 1918, 5ème année de guerre, l’Allemagne est exsangue mais elle possède encore d’importantes forces : elle a percé le front 3 fois de suite dont 2 fois sur une profondeur de plus de 50 km, ce que les alliés n’ont jamais réussi à réaliser. Mais le temps joue contre l’Allemagne et le général Ludendorff en a bien conscience : l’arrivée toujours plus croissante des troupes américaines et surtout les incroyables ressources qui les accompagnent, manquent cruellement à l’Allemagne. Cette crise des ressources atteint aussi bien le moral des soldats que celui des civils. Seul un nouveau coup de boutoir permettra de relancer l’offensive et espérer une paix victorieuse, il baptise ce dernier coup de force : Le Friedensturm. A l’ouest de Reims, les Allemands ont franchi la Marne, la route Reims-Epernay est menacée, la progression continue jusqu’au 17 juillet, la 8ème division italienne est anéantie. Les troupes franco-britanniques contre-attaquent dans la vallée de l’Ardre et repoussent l’infiltration allemande. La 2ème bataille de la Marne est engagée.  Plus qu’une bataille, l’Allemagne perd sans doute la guerre ce jour-là, elle n’a plus les moyens de mener des opérations d’envergure. Le soldat allemand, épuisé et affamé, ne peut plus se battre, il contiendra tout de même la pression alliée jusqu’à l’automne 1918.

3 André MARTY (Perpignan, 1886/ Toulouse 1956) « Le mutin de la Mer Noire ». Chaudronnier, Marty s'engage en janvier 1908 dans la Marine nationale comme matelot mécanicien. Il sert dans la marine militaire jusqu'en 1919.  Il est affecté en juillet 1917, comme chef du service « machines » sur le torpilleur d'escadre Protet. Après l'armistice du 11 novembre 1918, ce bâtiment fait partie de l'escadre envoyée en mer Noire, devant Odessa, pour combattre la Révolution russe. Un groupe proche des anarchistes, ou comprenant des anarchistes, existe dans l’équipage du Protet et dans celui du cuirassé France, de cette même escadre française de la mer Noire.. En 1919, Marty est au cœur de la mutinerie de matelots. Marty avait fomenté un complot pour prendre le contrôle du Protet et entrer, drapeau rouge en tête de mât, dans le port d'Odessa. Il est arrêté le 16 avril ; Un conseil de guerre réuni en rade de Constantinople en juillet condamne Marty à vingt ans de travaux forcés.

4 Intervention alliée pendant la guerre civile russe, conçue au départ comme un prolongement de la lutte contre l'Allemagne puis comme une réaction vis-à-vis de ce nouveau régime révolutionnaire et du risque de contagion qu'il représente. Les opérations impliquèrent les forces de 14 nations en vue de soutenir les Armées blanches dans leur lutte contre les bolchéviks. Dans les dernières semaines de 1918, Clemenceau décide d'une importante intervention en mer Noire pour soutenir les armées blanches dans le sud.

5 Costume Clemenceau. Avant de quitter l’uniforme, les anciens soldats peuvent recevoir un complet civil de drap neuf à retirer au dépôt démobilisateur contre le reversement d’une indemnité de 52 francs. Selon les historiens, ce « costume à 52 francs » dit aussi «costume Abrami» du nom du secrétaire d’état ou «Clemenceau», fabriqué à partir de vêtements militaires transformés, n’est adopté par les démobilisés que sous la contrainte des effets de la « cherté de la vie », la prime de 52 francs suffisant alors à peine à se vêtir convenablement.