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Bienvenue sur le site de la Maison de l’Histoire Languedoc-Roussillon-Catalogne

Fondée en 1998, l'Association pour la Promotion de l’Histoire dans les Pyrénées-Orientales (A.P.H.P.O.) a initialement pour objet l’étude et la mise en valeur des archives publiques et privées, l’étude et la mise en valeur du patrimoine.  Lire la suite

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Un appelé dans la guerre d'Algérie

Un appelé catalan dans la guerre d'Algérie


60 ANS DÉJÀ…

Ce 19 Mars 1962, j’étais à Alger ou plutôt à Hussein dey (banlieue d’Alger). J’étais militaire du contingent, « Incorporé direct » (c’est à dire que j’ai été envoyé pour incorporation directement en Algérie et que je n’ai pas été incorporé en France Métropolitaine).

 

Je suis arrivé à Alger, tout frais, tout beau, le 6 Janvier 1962 après que l’armée ait cassé mon sursis d’élève architecte (on avait droit à un sursis d’incorporation jusqu’à 27 ans comme les médecins …).

J’avais 23 ans et j’étais un « bleu », dans le Génie (évidemment…), tout naïf malgré une préparation militaire qui remontait à mes seize ans (alors que la   « Guerre d’Algérie » n’avait pas encore commencé…). Je faisais avec une vingtaine d‘étudiants, arrivés comme moi de Métropole, le peloton d’Élève Officier de Réserve ( le fameux peloton d’E O R).

Ce peloton était assez difficile parce que effectué en hiver (et l’on sait que l’hiver algérois était assez pluvieux, moyennement froid, mais très humide…). Nous étions plus ou moins motivés car si certains ambitionnaient d’aller faire l’ Ecole du Génie à Angers dès avril prochain, la majorité préférait rester en Algérie à cause du climat…

Nous étions mouillés du matin au soir…Les militaires du Génie ne sont pas  des « combattants » mais des militaires qui sont sensés travailler sur des  chantiers donc instruction militaire minimale…

Le « bleu » standard, se  contentait du minimum vital : marcher au pas, tirer au fusil, glander ( la vie militaire étant constituée  la plus part du temps à 90% d’attente…), faire des corvées, chercher à se faire oublier des gradés, boire, jouer et, j’allais oublier, fumer. Nous, les E O R, nous devions écouter des cours faits par des gens qui n’avaient aucune formation d’enseignants, souvent des militaires de carrière, de temps en temps des appelés en fin de service et attendant leur libération… C’étaient des emplois du temps insipides qui n’intéressaient que les militaires dans l’âme et les ambitieux qui y croyaient… Tout cela entrecoupé de gardes, d ’interventions, de patrouilles gueulantes, d’appels et de revues… Le bonheur quoi…

Voilà pour l’atmosphère de ce 19 Mars 1962…

La situation était assez explosive à Alger et malgré nos pauvres deux mois et demi d’armée, nous étions contraints, de nuit comme de jour, à faire des patrouilles en ville, avec fusil et harnachement mais 5 cartouches dans le sac, au cas où… Ah! Quelle troupe, tremblante de trouille et n’en menant pas large… De la figuration alors que nous étions sensés défendre la population qui rigolait de nous voir et ne comptaient pas du tout sur nous et ils avaient raison… Ils avaient plus à se méfier de nos maladresses que des combattants du F L N ou de l’O A S…

Donc, nous savions qu’il se profilait à l’horizon un « cessez le feu », nous avions que ce serait la fin des combats, nous ne connaissions pas les accords puisqu’ils étaient « secrets »,mais que cela était déjà une bonne chose…

Donc, les accords d'Evian font cesser le feu officiellement… Tout le monde est content dans le contingent! On commence à arroser cela, le soir même… Oh, pas trop, c’est pour tout le monde une occasion…

Mais, cela n’a pas été ce que tout le monde pensait : À partir de ce jour là, Alger a été mis à feu et à sang! D’une part, révoltes des « Pieds Noirs » qui tiennent à rester dans leur pays, d’autre part contentement des « Fels », population Arabe qui constitue la majorité et qui manifeste son contentement… D’où des affrontements dans Alger et devinez qui on envoie séparer les deux camps?

Le contingent, la « bleuïte » qui n’en n’a rien à branler de toute cette pagaille et qui ne demande qu’à rentrer vite en France et reprendre la vie civile…

Pourquoi cette option? On ne peut envoyer les Gendarmes ou les C R S, cela tournerait au carnage… Les paras, ne sont pas fiables, les troupes combattantes sont aussi peu fiables (politiquement s’entend…). Il faut dire que les putschs de l’année précédente ont servi de leçon, on ne peut compter sur les professionnels…

Les petits bleus du nouveau contingent arrivés récemment, n’ont rien compris, n’en n’ont rien à branler et ne sont pas encore partisans d’un ou de l’autre bord, alors, ces petits bleus, on les envoie se faire casser par les deux bords, perdus avec des carabines dont ils ne savent pas se servir, sans formation de maintien de l’ordre, mais un rempart entre deux parties qui veulent en découdre…

Là dessus vous ajoutez un peu d’O A S qui fout une pagaille monstre, qui plastique à tour de bras et commence à semer le chaos non seulement dans les esprits mais aussi dans la Ville.

À partir de ce jour- là, on a commencé à patauger dans le sang sur les trottoirs d’Alger…

Mais que deviennent nos petits E O R? Eh bien, vous n’en croirez pas vos yeux ni vos oreilles… Le jour de « l’Examen », on leur dit une chose importante pour eux :

Au lieu de faire 27 mois de  service militaire, la durée de leur service est ramenée à 24 mois... trois mois de gagnés.

Vite réfléchi, les intellectuels! Pourquoi aller s’embêter à partir à Angers, ce pays si froid, pour se taper encore des études d’Officier du Génie (6 mois de galère,sortir aspirant ou sergent suivant son rang, et rester les 27 mois prévus à la sortie…) On a décidé de boycotter ces épreuves… On ne pouvait se défiler, il fallait les « subir »,il y avait un temps

impossible avec des intempéries très  fortes et le terrain était  digne de la « raspoutitza » ( vous savez le dégel qui a englouti les armées de Napoléon en Russie en 1814…).

Vous vous voyez faire du parcours du combattant dans 50 cm de boue… vous vous voyez marcher sur une poutre glissante à trois mètres de hauteur, vous vous voyez tirer au fusil allongé dans une mer de boue,voyant à peine la cible à 5O mètres? Voilà le décor…

L’ «  écrit», risible, on a fait fort… Personnellement, quand l’examinateur, un polytechnicien à deux gallons, m’a reproché de ne pas savoir les formules d’électricité, je lui avais répondu que c’était l’affaire des ingénieurs que l’Architecte « employait », il était vert et cela a payé… Vous verrez plus tard…Nous avons saboté nos examens et l’armée a dû désigner deux« volontaires »pour aller continuer « leur carrière » à Angers ( c’étaient un petit-fils de général et un géomètre qui espérait rester en Algérie avec les autres, le pôvre…).

Mais, il y a eu une suite… Les « recalés » ont été punis dans leur affectation de spécialité… Du moins, l’Armée le croyait… J’ai, avec les fortes têtes, été versé dans un peloton de formation de « conducteurs d’engin »… Cela formait les conducteurs de bulldozer, de rouleau compresseur, de niveleuse… les engins qui obligeaient à rester sur les chantiers,

dehors aux intempéries,la poussière et le bruit… D’abord, il a fallu passer les permis des conduire militaires, VL, PL, j’ai même fait le permis de conduire d’autobus, j’ai oublié de passer celui de moto et je le regrette encore…

Mais, pour moi, ce n’a jamais été une punition ! J’étais passionné, avant mon service, par les Bulls, les pelles mécaniques, les travaux de V.R.D. (et cela m’a bien servi pendant mes 40 ans de carrière pour faire de lotissements et des groupes d’habitations…).

Ah, la punition bénie qui devait me permettre d’être à l’air libre et hors des casernes… Mais, je n’avais pas prévu la suite du « Cessez le feu », on n’est jamais allé sur des chantiers, il n’y en n’avait plus, l’armée ne faisait que du maintien de l’ordre… C’était plus harassant que de créer une route ou un parking, on partait le lundi matin à l’aube de la caserne, harnachés comme des « vrais combattants », on circulait en camion jusqu’au quartier choisi pour notre intervention, on sautait du camion, on marchait toute la journée jusqu’ au coucher du soleil, on mangeait des rations de combat, on dormait sur les trottoirs, quelquefois dans des écoles, assurant la garde du groupe et sensés protéger le groupe affalé sur les trottoirs et les hommes roulés dans une couverture…

Le samedi matin, en principe, un camion venait nous récupérer et c’était au tour d’une section suivante… Mais le week-end, c’était la caserne avec la possibilité de se laver (enfin!), de laver son linge, de dormir dans un lit, de manger autre chose sue des rations K…

Mais, cela c’était la théorie, bien souvent, réveil dans la nuit pour monter dans les camions, harnachés, les yeux ensommeillés, et nous partions aller protéger tel ou tel croisement…

Bien souvent, il ne se passait rien mais on nous avait réveillés pour rien… C’est cela l’Armée…Le matin, on rentrait à la caserne en roulant successivement sur le contenu des boutiques que l’O A S avait plastiquées pendant la nuit… Epiceries, magasins de chaussures, magasins de fringues, n’importe quoi, tout y passait…

La nuit personne ne sortait à cause du couvre-feu, le soir au coucher du soleil, il y avait un concert de casseroles auquel répondait le « you-yous » des fatmas des quartiers musulmans… C’était quand même angoissant et certains qui n’avaient que dix-huit ans, sortis à peine des jupes de leur mère, raquaient et nous, les « vieux sursitaires de 23 ans », on les réconfortait…Les gradés s’en foutaient…

On a pâti tous de cette indifférence envers le contingent de jeunes qui ne sont pas revenus intacts d’Algérie…

Les explosions nocturnes tapaient sur les nerfs de tout le monde… Les « Nuits bleues » organisées par l’O A S complétaient le tableau… Tout le monde avait les nerfs à fleur de peau, chacun essayait de se calmer, les uns avec le tabac, d’autres avec la bière, d’autres enfin avec le jeu… Certains gradés, complètement cuits, survivants de l’Indochine nous ont même obligés d’arrêter un âne ( ou plutôt un bourricot, vu sa taille…) pour le ramener au quartier « pour l’interroger », il valait mieux obéir, ils étaient tous tellement imbibés,que nous n’avons pas sourcillé,ne sachant pas ce qu’ils étaient capables de faire… On en rigolait le lendemain, mais voilà l’atmosphère…

Les filles tournaient la tête quand on passait, on était là pour « les défendre », pas pour la gaudriole. Bonjour l’accueil des « Pieds noirs »…

J'oublie que quand on était censés être au repos au quartier, on devait monter la garde pour protéger la caserne, harnachés, uniforme de sortie, boutons passés au polisseur, rangers brillants de cirage (même la semelle de fait était cirée…), casque lourd et revue de détail par l’Adjudant de Quartier, vieux routier musulman, blanchi sous le harnais qui, un jour n’a rien trouvé de mieux que de nous renvoyer à la chambre, six fois de suite, pour aller nous rhabiller… en fait, j’étais le seul gaucher de la Garde et je n’avais pas la même façon de boucler mon ceinturon que les droitiers. Il a fallu en appeler au Colonel pour qu’il dise pourquoi nous étions refusés… Personne, pas même le Colonel n’avait remarqué mon ceinturon…

Ah, maintenant, on en rigole, mais sur le coup…

Revenons au 19 Mars 1962, il était censé arrêter toute violence… Cela a été pour les grandes villes le départ de l’effusion de sang…  Pour les gens du contingent, nous apprenions tous les quinze jours que nous ferions deux mois de moins sur notre temps et cela jusqu’à ce qu’on atteigne le terme des dix-huit mois. On était partis pour vingt sept mois,  nous gagnions neuf mois…À chaque annonce, bamboula! Heureusement qu’ils se sont arrêtés à 18, nous aurions fini avec une cirrhose…

Moi, j’ai perdu 13 kilos, sans doute que j’en avais trop…

Cela a duré jusqu’à ce que nous passions la main à l’A L N (Armée de Libération Nationale, sous les ordres du F L N  BOUMEDIENNE).

Cela aussi c’est une autre histoire…

Je suis renté en France après dix-huit mois d’Algérie, en Mai 1963… Je n’étais plus le même qu’en Janvier 62…

Bernard Banyuls

 
NARBO VIA

Musée NARBO VIA


 

 

 

Visite guidée

Mercredi 24 novembre 2021 à 10 heures 15

50 avenue de Gruissan