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Bienvenue sur le site de la Maison de l’Histoire Languedoc-Roussillon-Catalogne

Fondée en 1998, l'Association pour la Promotion de l’Histoire dans les Pyrénées-Orientales (A.P.H.P.O.) a initialement pour objet l’étude et la mise en valeur des archives publiques et privées, l’étude et la mise en valeur du patrimoine.  Lire la suite

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Henri EY un "monument de l'histoire psychiatrique"

 

Henri EY , un"monument de l'histoire psychiatrique"

 


Le grand psychiatre catalan Henri EY est né le 10 août 1900 à Banyuls-dels-Aspres dans une famille de viticulteurs. il est l'aîné de quatre enfants, son grand-père paternel Louis EY était médecin et son grand-père maternel, avocat.

Après des études primaires à Céret, il fait des études secondaires classiques  au collège dominicain de Sorèze (Tarn).  Il commence des études de médecine à Toulouse en 1917, il les poursuit et les termine à Paris en 1923.

Henri Ey intègre l’internat des Asiles de la Seine en 1925, et passe une licence de philosophie en Sorbonne .

Avec son diplôme de médecin (1926), il va travailler comme interne des Hôpitaux Psychiatriques de la Seine, dans les services des professeurs Guiraud, Marie, Capgras.

Il se forme dans la brillante tradition clinique de l'école de Sainte-Anne, la plus jeune de Paris, l'école de Magnan, opposée en quelque sorte aux écoles de la Salpêtrière, Bicêtre, Charenton, et de l'Infirmerie Spéciale du Dépôt de la Préfecture de Police de Paris (dont le médecin chef était  De Clérambault). C'est dans l'internat de Sainte-Anne  qu'il reconstruit chaque jour la psychiatrie avec ses amis Pierre Mâle, Julien Rouart, Jacques Lacan, Le Guillan, Mareschal, ...

Chef de clinique (1931-1933) auprès d’Henri Claude (1869-1946) à Sainte-Anne, à la Chaire des Maladies Mentales et de l’Encéphale, Henri Ey commence à écrire dans la revue  "L’Évolution Psychiatrique" en 1932, proposant deux articles critiques sur les notions alors dominantes en psychiatrie de « mécanisme » et de « constitution ». et en même temps, il commence à dispenser un enseignement libre à Sainte-Anne, en marge de la Faculté de Médecine, mais dans la tradition de l’aliéniste Valentin Magnan (1836-1916).

En 1933 il est nommé médecin chef de l'hôpital psychiatrique de Bonneval (Eure-et- Loir) dans un service de femmes de 380 lits. Il  vit et travaille à Bonneval jusqu'à sa retraite. Il ne quittait Bonneval que le mercredi, jour où il donnait son enseignement  libre à Saint Anne, en marge de la faculté de médecine mais dans la tradition de l'aliéniste, catalan lui aussi, Valentin Magnan : les mercredis de Sainte-Anne ont été  fréquentés par plusieurs générations de psychiatres. Dès 1935, le groupe de "L’Évolution Psychiatrique" le nomme secrétaire des séances.

Durant la seconde Guerre Mondiale, Henri Ey milite vaillamment pour la défense de ses patients et leur droit à l'existence et à l'alimentation. Dans ses rapports aux autorités sanitaires il dénonce avec courage leurs conditions de vie misérables .  Il dut quitter Bonneval, d'août 1939 à juin 1940, pour combattre les nazis; en 1944 pour rejoindre la Résistance  il s'incorpore à un bataillon des FFI. Il participe alors aux batailles meurtrières de Royan et de la pointe de Grave et il est décoré avec la Croix de Guerre. Et, avant de rentrer à Bonneval, il est affecté pendant un certain temps au service de Psychiatrie de l'Hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris.

C'est à Bonneval, hôpital historique - aujourd'hui Centre Hospitalier Spécialisé (CHS) Henri Ey - installé dans les cloîtres de l'abbaye bénédictine de Saint Florentin , qu'il conçoit et mûrit la plus grande part de son oeuvre écrite. C'est là aussi qu'il organise et dirige les célèbres Colloques de Bonneval: en 1942, L'Histoire Naturelle de la folie, en 1943: Les rapports de la Neurologie et de la Psychiatrie avec Ajuriaguerra et Hécaen, en 1946: Le problème de la psychogenèse des Psychoses et Névroses avec Lacan, Bonnafé, Follin et Rouart, en 1950: L'hérédité en Psychiatrie, avec Duchêne, en 1956: La Psychopathologie et le problème de la volonté, en 1957: Les Schizophrénies avec Follin, Stein, Mâle, Green, Leclaire, Perrier, Racamier, Lébovici, Diatkine, Danon-Boileau, Rumke, Morselli et Laboucarié, en 1960 le célèbre Colloque sur L'Inconscient, avec Blanc, Diatkine, Follin, Green, Lairy, Lacan, Lanteri-Laura, Laplanche, Lébovici, Leclaire, Lefebvre, Perrier, Ricoeur, Stein et de Waelhens parmi d'autres.

Sa conception des structures mentales reposait sur ce qu'il dénommait "l'organodynamisme", tenant compte du "socle " biologique, des facteurs sociaux et des éléments proprement psychiques dans l'organisation de la vie de l'esprit, donc de sa décomposition.

A la retraite,il partage son temps entre Banyuls-dels-Aspre, la  bibliothèque de Sainte-Anne (aujourd'hui Bibliothèque Médicale Henri Ey), et l'Hôpital Psychiatrique de Thuir où il organise le séminaire sur La Notion de Schizophrénie en 1975.

C'est dans cette période de six ans, qui va de sa retraite en 1971, jusqu'à sa mort en 1977, qu'il  écrit deux de ses ouvrages les plus importants: le Traité des Hallucinations (1973) et Des idées de Jackson à une conception organodynamique (1975).

Il meurt le 8 novembre 1977, dans sa maison natale à Banyuls-dels-Aspres. Il travaillait depuis plusieurs année à la préparation d'une histoire générale de la psychiatrie solidement implantée dans l'histoire de la médecine.

L'Association pour la fondation Henri EY nous a permis de publier les souvenirs du séminaire de Thuir sur la schizophrénie:


Madeleine Souche

Souvenirs du Séminaire d’Henri Ey sur la  Schizophrénie à  Thuir  en 1975


Au début des années 1970, après qu'Henri Ey fut revenu vivre à Banyuls-dels-Aspres (Pyrénées orientales), un hôpital « sans histoire » le Centre psychothérapique de Thuir, récemment inauguré,allait rencontrer un « monument » de l'histoire psychiatrique. Cette rencontre, particulièrement marquante pour des équipes soignantes aux formations diverses, en un temps où les sirènes   « antipsychiatriques » conservaient des attraits qui s'avérèrent dévastateurs en d'autres lieux, a sans doute contribué à l'équilibre institutionnel du nouvel établissement, comme à l’établissement de rapports plus confraternels et même amicaux entre psychiatres publics et psychiatres privés.


Plusieurs générations de psychiatres, formés dans les hôpitaux et l’Université sur les bases du fameux Manuel de psychiatrie d' Henri Ey (avec Bernard et Brisset) purent     bénéficier de son enseignement, d'une part dans le cadre des séminaires cliniques et théoriques sur « La notion de schizophrénie »1 et, d'autre part,    sur « Les thérapeutiques en psychiatrie »2 , à travers des présentations cliniques telles qu'il les avait assurées à Sainte-Anne tout au long de sa carrière. Parmi les praticiens ayant exercé les fonctions de chef de service en ces années soixante-dix à l'hôpital de Thuir, six ont participé aux derniers séminaires qu'il a animés sur place. S’y joignit (à l’invitation d’ Henri Ey) le docteur Robert M.Palem, médecin coordonnateur de la clinique psychiatrique privée voisine, à Theza.


La figure abstraite du Maître, théoricien reconnu mais perçu à distance, devint du jour au lendemain directement accessible et incroyablement disponible. Sa catalanité arborée à la moindre occasion le rendait encore plus proche de chacun, en faisant un modèle identificatoire par excellence. La communion avec sa terre et les hommes de sa terre, Charles Brisset l’a bien évoquée, qui voyait dans ses attaches concrètes si puissantes et même dans sa solide carrure de paysan-vigneron des Aspres « l’image de son besoin de relier la psychiatrie à ses soubassements naturels » 3. « Psychiatre des champs », s’était-il lui-même appelé 4 .


Au-delà des anecdotes qui viennent en mémoire quand on l'évoque - sa passion pour la corrida, les manifestations d'un caractère particulièrement  affirmé... - nous étions devant un exceptionnel clinicien et un humaniste profondément respectueux du sujet souffrant.


Ce n'est sans doute pas par hasard qu'il personnifiait encore, pour une majorité de soignants, une psychiatrie « à la française », en ayant su unifier dans son oeuvre une grande partie des courants de pensée de son époque. Cette conception ouverte et synthétique se traduisit par une participation éclectique à ses séminaires où se retrouvèrent psychanalystes, psychiatres hospitaliers ou libéraux et psychologues cliniciens.

Au faîte de sa notoriété, il sollicitait encore le débat, la joute, la contradiction (mais il fallait qu’elle soit cohérente !), encourageant les timides catéchumènes que nous étions alors à exprimer nos idées, nos doutes, voire notre incompréhension.


Son enseignement, ses exposés semblaient relever d’une réflexion personnelle à haute voix, prenant à témoin l’auditoire sans chercher à l’influencer autrement que par le déroulement discursif de ses observations et des explications qu’on en pouvait donner, sans omettre celles qui en avaient été délivrées dans le passé ; et là sa culture semblait immense, inépuisable, mise à notre disposition.

La mise en route était parfois laborieuse, l’échauffement progressif. La voix toujours forte et claire, il cherchait le mot le plus juste… Charles Brisset, qui fut un de ses plus proches et plus efficaces collaborateurs, a bien décrit son style d’exposition si particulier :

« La parole venait, hachée au début, comme hésitante, parce qu’il construisait sa pensée dans un mouvement progressif de recherche, jusqu’au moment où il avait saisi, élevant la voix et s’animant, l’essence de ce qu’il voulait apporter. Alors il exprimait, souvent avec véhémence ou chaleur, ou ironie, l’appréciation et le jugement qui replaçaient la thèse de l’auteur qu’il venait d’exposer dans la perspective où il voulait la voir, de la dialectique organo-dynamique ».


Mais ça n’était jamais dogmatique, on n’était pas obligé de le suivre. C’était une proposition (une offre) qu’il nous faisait. Un Maître qui donnait des leçons de liberté. En cela parfaitement kantien :Sapere aude ! 5

Travailler avec Henri Ey et le voir travailler : « un privilège »… dira Catherine Lairy, dont nous partagions le point de vue.


Il restait ainsi sur son sujet pendant des heures, seulement interrompues pour un buffet dînatoire, après lequel il reprenait comme si de rien n’était, pour une ou deux heures de plus 6 ! C’était alors, la machine échauffée tournant à plein rendement, une splendide méditation à haute voix 7 . Ni soliloque pour lui, ni transe pour nous, ni équivoque pour nous tous… c’était bien un appel à la compréhension, au témoignage, au sens, à la participation.


Rhéteur exemplaire, malgré lui, si la rhétorique est bien (comme la définissait Bacon, le chancelier philosophe) l’art d’appliquer et d’adresser les préceptes de la raison à l’imagination et de les rendre si frappants pour elle que la volonté et les désirs en soient affectés. Cette rhétorique qu’il savait à l’occasion diriger vers la haute Administration pour le bien des malades et aussi de leurs médecins.

La clinique en était bien le pivot, l’ancrage, mais aussi une vision humaniste de l’homme, trop « classique » pour certains, en ces années là. « La psychiatrie est une pathologie non pas de la vitalité ou des fonctions instrumentales de la vie de relation, mais une pathologie de l’humanité, de la liberté et de l’existence » disait-il 8 .

Et l’on sentait bien à travers lui, à travers le malade sur lequel il se penchait, sa communauté de pensée avec son grand aîné Eugène Minkowski disant : « L’homme est fait pour rechercher l’humain ».


Et de cette recherche, dans laquelle il nous entraînait ravis, il voulut faire un « labeur commun » (selon ses propres termes), souhaitant que l’on porte autant d’attention (sinon d’intérêt !... mais lui disait bien d’intérêt) aux commentaires des jeunes psychiatres en formation qu’aux « réflexions qu’inspire à leur Maître le désir de ce mutuel enseignement ».

Le travail avec Henri Ey était inséparable de l’amitié, et l’amitié inséparable des moments de détente en commun. Même à Thuir, il y en eut, ponctués de rires homériques autour d’un buffet campagnard et sur fond de cigales.

C’est de tout cela que nous avons porté témoignage  9 en divers endroits depuis sa disparition le 7 novembre 1977.

Docteurs R.M.Palem, Ch. Alezrah, JP. Eppe, JP. Colin.



1 Séminaire de Thuir, fév-juin 1975. Desclée de Brouwer 1977, 303 pages.

2 L’essentiel en a été publié dans l’ EMC Psychiatrie (5) 37800A10, 1976.

3 Charles Brisset :Travailler avec Henri Ey, Hommage à Henri Ey,Privat 1978.

4 Au Colloque de Bonneval de 1946, face à Lacan, « psychiatre des villes ».

5 Ose savoir ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement   (Qu’est ce que les Lumières ?)

6 De 18h à 22 heures, pendant 7 séances, avait-il annoncé, à 75 ans.

7 Nous disposons à l’Association de l’intégralité de l’enregistrement  sonore de ce séminaire.

8 Reproduit in Psychiatrie der Gegenwart 1963, p.759

9 - "Hommage à Henri Ey." Soc. L’ Evolution psychiatrique, Privat 1978, 88 p.

-H.Ey, un humaniste catalan dans le siècle et dans l’histoire. Ed.Trabucayre,    Canet/Perpignan 1997. 180 p.

-Cahiers Henri Ey n°22, déc.2008. Schizophrénie (II).

 
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