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Bienvenue sur le site de la Maison de l’Histoire Languedoc-Roussillon-Catalogne

Fondée en 1998, l'Association pour la Promotion de l’Histoire dans les Pyrénées-Orientales (A.P.H.P.O.) a initialement pour objet l’étude et la mise en valeur des archives publiques et privées, l’étude et la mise en valeur du patrimoine.  Lire la suite

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Le pont d'Elne et l'Aiguat de 1940

 

Le pont d'Elne et l'Aiguat de 1940

La construction du chemin de fer de Narbonne à Perpignan  a été décidée  en 1852. La .concession par l'Etat donne naissance à la Compagnie du Midi. le train arrive à Perpignan en 1858.le prolongement de Perpignan à Port-Vendres est concédé à la même compagnie en 1859. la première section jusqu'à Collioure comporte plusieurs ouvrages d'art importants, comme le tunnel de plus de 500 mètres juste avant la gare de Collioure. Mais c'est le franchissement du Tech qui pose le plus de problèmes. Les ingénieurs de l'État ont prévu un viaduc en maçonnerie composé de dix-sept arches, de dix à vingt mètres d'ouverture, posées sur des piles situées dans le lit du fleuve. Mais le fond vaseux rend difficile la construction des fondations, au point d'inciter l'entrepreneur, responsable de ce chantier, à résilier son contrat. C'est la Compagnie qui prend en charge ce franchissement en modifiant l'ouvrage remplacé par un pont en fer constitué de seulement trois piliers, en maçonnerie, supportant quatre travées métalliques longues de 40 mètres. Du fait de ce problème, la prévision d'une ouverture à l'automne 1865 ne peut être tenue car l'ouvrage n'est terminé qu'en février 1866. À sa mise en exploitation le  21 mars 1866 la section comporte deux stations :Elne et Argelès. Le pont sur le Tech est situé entre le point kilomètrique (PK) 482,637 et le PK 482,882 de la ligne entre les gares d'Elne et d'Argelès-sur-Mer.

En 1940, un épisode pluvieux fantastique a touché, du 16 au 20 octobre, les Pyrénées-Orientales, l’Aude, ainsi que la Catalogne espagnole. Sur les Pyrénées-Orientales, département particulièrement affecté, les pluies ont débuté le 16 octobre, d’abord sur les Albères et la plaine du Roussillon, puis ont gagné vers l’intérieur. L'aiguat  est un mot catalan qui est désormais entré dans le vocabulaire des météorologues français :  "Aiguat" : terme catalan qui évoque l'existence concomitante de forts abats d'eau et de l'inondation qui en est la conséquence.

L’épisode pluviométrique du 16 au 20 octobre 1940 peut-être considéré à bien des égards comme exceptionnel. Les cumuls relevés lors de l’épisode avoisinent au maximum 2000 mm d’eau, en particulier dans le Vallespir dans la haute-vallée du Tech (massif du Canigou). Tout comme pour l’analyse de la situation météorologique, l’interprétation de la situation pluviométrique est tributaire d’un contexte historique défavorable. Toutefois, un grand nombre d’ouvrages ont été réalisés depuis l’inondation, notamment liés aux travaux de Maurice Pardé.

les archives de la SNCF , à Béziers, contiennent le rapport du chef de gare d'Elne et le rapport de l'instituteur de saint-Laurent-de- Cerdans.

 

Le pont d'Elne avant l'aiguat

 

 

Rapport du chef de gare d'Elne


 

 

 

 

Relevage de  la locomotive

 

Le pont provisoire

L

 

La ligne franchit le canal d'Elne et arrive au Tech qu'elle franchit par un pont métallique dit provisoire qui comporte deux voies imbriquées l'une dans l'autre sans aiguilles. Après la fin du conflit, la  SNCF a reconstruit le pont ; mais faute de moyens, elle ne pose qu'un tablier au lieu des deux prévus, tout en le dotant d'un système d'enchevêtrement des voies permettant le passage des trains sur deux voies imbriquées dans un espace prévu pour une voie unique. Depuis le pont a conservé cet aménagement « temporaire ».

 

 

 

Le rapport de l'instituteur de Saint-Laurent de Cerdans

Les mesures pluviométriques pour cet épisode pluvieux exceptionnel sont malheureusement rares et souvent imprécises. C’était la guerre, le service météorologique français désorganisé n’avait plus les moyens de collecter les informations recueillies d’où la difficulté de l’étude. Dans la quinzaine qui suivit l"aïguat", Maurice Pardé, alors professeur à Grenoble, fut nommé expert officiel de l’Etat par le gouvernement, à charge de se prononcer sur les raisons exactes d’un tel sinistre. Alors qu’une forte censure s’exerce sur le territoire durant la Seconde Guerre Mondiale, l’hydrologue  et l'ingénieur-en-chef des Ponts-et-Chaussées du département, Bernard Quesnel, font appel aux instituteurs du département. Ils ont eu pour tâche de répondre à une série de questions afin de participer à la compréhension de l’épisode. Les archives de la SNCF conserve aussi le rapport remarquable de l'instituteur Soutadé que nous présentons in extenso.

 

 



L'instituteur envoie des renseignements complémentaires



 

L'instituteur  envoie un dernier courrier

 


Pour aller plus loin:

Maurice Pardé, « La crue fantastique d'octobre 1940 dans le Roussillon », Revue de géographie alpine, vol. 29, no 2,‎ 1941, p. 353-357.

Battle Monica et Gual Ramon 1940 "L'Aiguat" (Les Inondations De 1940) - Terra Nostra N°42, 1981.

(ca) (fr) Collectif, L'aiguat de 40. Les inondations catastrophiques et les politiques de prévention en Méditerranée nord-occidentale. Actes du congrès de Vernet-Les-Bains : les inondations d'octobre 1940 en

Catalogne : 50 ans passés, 18-20 octobre 1990, Barcelone, Generalitat de Catalunya, 1993, 484 p.

Gérard SoutadéLes inondations d'octobre 1940 dans les Pyrénées-Orientales, Perpignan, Conseil général, Direction des archives départementales, 1993, 351 p.

Gérard Soutadé, Quand la terre s’est ouverte en Roussillon, l’Aiguat-octobre 1940, Perpignan, l’Olivier, 2010, 171 p.

 
Les journaux - L’Indépendant et Le Roussillon - et le café

Les journaux - L’Indépendant et Le Roussillon - et le café,

cœur de la vie sportive de la fin du XIXe siècle à la Grande Guerre

 

Cette prose sportive ira se précisant avec le temps. L’article obéira à des règles précises dont la principale est : « il faut parler du match », « des joueurs », « du jeu »,  « et au final de l’arbitrage ». Les premiers articles de presse avaient tendance à plus parler du public que du jeu et des joueurs. La plupart des lignes décrivaient le public, l’élégance des femmes, celle des hommes, le public choisi, les personnalités du monde politique, affaires et mondains, les attelages, les éventuelles merveilles : vélocipède, motocyclette, voiture. Cela fut corrigé assez vite et le langage écrit se coula dans une sobriété, créa les normes du bel article sportif avec quand même, suivant les événements, quelques possibilités lyriques ou d’expressions émotives. Il y en eut à Perpignan qui surent faire cette évolution avec une très belle maîtrise. Ce fut la presse de M. Bausil, nous y reviendrons.

L’activité sportive et les équipements de Perpignan

En 1895, existait à Perpignan un certain nombre d’activités que l’on peut qualifier de sportives dans la mesure où il s’agissait du corps en mouvement avec ou sans le maniement d’un outil permettant une amélioration du corps ou ayant un rôle d’instrument de jeu : l’escrime par exemple ou la corrida, la boxe avec toutes ses variantes (anglaise, française précédant l’anglaise, la savate et la canne, etc…), le vélocipède, le hockey sur patins à roulettes et autres sports de skating.

Il y avait à Perpignan un équipement urbain voué aux exercices sportifs qui, pour l’époque considérée, pouvait paraître important sinon suffisant. On peut rappeler :

- il y a eu deux arènes à Perpignan pour les corridas à partir de 1895. C’étaient des arènes en bois démontables. La première en date se trouvait à proximité de l’Alcazar, c’est-à-dire proche de ce qui deviendra le Cinéma Familia et, pour être plus précis, là où se trouve aujourd’hui la place avec arrêt de bus, au débouché de la passerelle sur la Basse. Les courses de taureaux perpignanaises étaient annoncées par de magnifiques affiches. L’autre arène se plaçait à peu près au niveau de l’actuelle Place de Belgique, proche de la Gare, construite plus tard, à l’époque où le quartier de la Gare était encore un habitat dispersé. Elles connurent des drames (Torero blessé à mort à l’arène de la Gare, El Tito, en 1896).

- Il y avait également deux vélodromes à Perpignan : le « Buffalo », dirigé par M. Planque. Il se trouvait dans le parc de l’Alcazar et était encore visible sur le plan de ville de 1936. L’Alcazar était cet établissement Music-Hall, Salon de Jeux, Bar-Restaurant, Salle de Revue Cabaret, Danse, Salon de Réception…, un énorme complexe hôtelier type Las Vegas miniature avec un magnifique parc qui s’étendait derrière l’établissement dont la propriété partait du quai de La Basse dans sa confluence avec La Têt, pour arriver aux bâtiments de la rue Dupont proche du Pont de Pierre ou Pont Rouge. (Cette rue a disparu et s’appelait Dupont sans que l’on sache jamais si elle était ainsi nommée parce qu’elle était parallèle au plot de départ du Pont Rouge, devenu le Pont Joffre, ou si elle perpétuait le souvenir urbain d’un chansonnier nommé Dupont qui avait eu grand succès au milieu du XIXe siècle). Il ne reste plus rien de l’Alcazar, du Cinéma Familia, du Parc et du Vélodrome Buffalo. Les seules traces sont les archives, les souvenirs sont ensevelis sous les bâtiments et les parkings et même la confluence entre La Basse et La Têt a changé.

L’autre vélodrome, celui de « L’Étoile », se trouvait à l’emplacement de l’actuel stade Jean -Laffont. L’Étoile était le symbole du cyclisme, le lieu était alors assez verdoyant et boisé, avec une piste en cendrée autour d’une prairie. Il deviendra, en 1902, le stade de l’ASP, l’Association Sportive Perpignanaise, et celui du rugby à XV. La piste vélodrome fut en usage avec des variantes pédestres (courses à pied, vitesse, et moyenne ou longue distance) et bien entendu le rugby 1.

Avant 1914, il y eut à Perpignan un skating à côté du Cinéma Castillet, ce qui permit d’avoir un club de Hockey en patins à roulettes, donnant lieu à des matchs aller-retour avec Narbonne, qui eut aussi le même type d’installation. Il y eut également des courses de patins à roulettes. Pour mémoire, Perpignan eut, dans les années 1910, une équipe de « Tambourins » qui s’entraînait Place de l’Esplanade devant l’Arsenal.


Il y avait également à Perpignan de nombreuses salles de gymnastique, de boxe et d’associations qui devinrent des « clubs » à multiples transformations, en particulier  beaucoup de clubs cyclistes sont devenus des clubs de rugby, des clubs de boxe ou plus exactement des salles de boxe ont changé leurs pratiques : là où s’enseignait la boxe française et ses dérivés, fit place la boxe anglaise et les règles du marquis de Garnburry. Les cyclistes, pour leur part, développèrent le vélocipède, le professionnalisme, la lecture de l’Auto, Journal, les gymkhanas automobiles, les grands prix, une grande alliance moderniste.

Le café, siège social d’un club sportif

Novation sportive dans la presse

Tous ces clubs avaient besoin d’un siège social 2. Le seul endroit où ils pouvaient à la fois trouver un espace pour se réunir, trouver le temps pour s’organiser et financièrement en faisant marcher l’effet de groupe, obtenir un temps d’occupation, la bienveillance monnayant le savoir vivre. Tous les cafés de Perpignan ont été les sièges d’associations ou clubs. Sur l’ensemble des soixante-dix cafés de Perpignan, plus de quarante d’entre eux ont été le siège d’une société sportive et fait l’objet d’un communiqué de Presse en page locale. Toutes les variations statutaires ou d’objectif sportif, regroupement, disparition ou tout autre modification dans le bureau, en bref tout changement significatif ou non se retrouvait dans les pages de la presse généraliste, c’est-à-dire L’Indépendant, à un degré moindre dans Le Roussillon, qui étaient les deux seuls organes de presse ayant couvert la période de la IIIe République, la plupart des autres journaux politiques ou autres se retrouvent dans une durée plus faible. Les raisons sont le plus souvent politiques ou relèvent d’un opportunisme de campagne comme, par exemple, la destruction des remparts.

Les cafés, devenant siège social d’un club, en mettaient parfois les armes ou écusson en façade. Ils étaient tenus à certaines obligations, d’une part les membres du club devaient passer par une porte extérieure conduisant à la salle qui, dans la plupart des cas, se trouvait à l’étage. S’il y avait service de boisson, le serveur avait accès à l’étage par une porte dont il avait la clef, de l’intérieur de l’établissement. Le club avait le droit de décorer la salle mais dans la mesure où cette décoration avait un rapport avec son activité.

L’Indépendant transmettait les messages des organisations sportives, ce qui  donnait une foule d’informations, lesquelles cumulées sur l’année de création et les années de fonctionnement et d’activité sportive du club, permettaient d’obtenir, si l’on suivait le journal dans le temps, parfois sur plusieurs années, une information complète sur un sport et son évolution dans la sphère perpignanaise. Nous allons donner quelques exemples de la façon dont les messages fournis par la page locale de L’Indépendant.

Par exemple, comment les Perpignanais en sont-ils venus, eux les fanatiques du rugby, à créer dans leur ville sainte de l’ASP, une équipe  de football, ballon rond. Si vous suivez dans L’Indépendant les rapides messages sportifs venant des sièges sociaux des différents clubs sportifs de la capitale roussillonnaise, si par ailleurs  vous avez eu l’oreille, mais surtout la narine, attirée par le fait que Le Roussillon, après avoir loué le rugby, l’a voué aux gémonies et depuis des années déplore la « brutalité » du rugby sans obtenir des résultats… surtout chez les gens qui préfèrent que leurs enfants se disputent à coup de ballon ovale plutôt qu’à coup de pierres sur les remparts ou aux sorties des écoles. L’un n’empêchant pas l’autre, il est vrai, au moins jusqu’à la guerre. Mais enfin, il vaut quand même mieux jouer dans les règles et avec arbitre. Voilà ce que pensaient les parents dans tous les milieux perpignanais.

Les Anglais qui jouaient au rugby, mais cela avait un autre nom à Cambridge depuis le XVIIe siècle, avaient créé le foot-ball association et celui-ci avait pénétré l’Espagne, la France du Nord et du Sud, créé un championnat de France où brilla le F.C. Barcelone et en France le F.C. Sète.

Il existait à Perpignan, en face de la caserne Saint-Martin, aujourd’hui démolie, ce qui est regrettable si l’on se place sur le plan de la valeur patrimoniale de ce bâtiment remplacé par une construction d’une modernité discutable et dont la destinée prévisible, vu les matériaux de construction, ne dépassera pas le siècle, il existait donc un café, le Café Peyrot ; il existe toujours mais porte un autre nom. Ce lieu était, dans les années de la fin du XIXe siècle, celui des grandes heures de l’UVP, Union Vélocipédique Perpignanaise, qui, de ces locaux, organisait, siècle finissant et siècle commençant, des meetings cyclistes et toutes les courses vélocipédiques de Perpignan. Organisation très organisée puisqu’ils préparaient les coureurs pour des Paris-Brest, grandes courses de résistance du temps, entraînant des participants possibles pour les Perpignan-Béziers, 190 km avec retour. Ils avaient participé aux internationales de Barcelone en 1901 et se signalent par l’organisation à Perpignan de la coupe Gallittine, collaborateur de La Roussillonnaise pour les fêtes perpignanaises…

Le 30 novembre 1905, alors que l’on pouvait s’attendre à une surprise cycliste, on peut lire :

… qu’en ce lieu, un groupe de jeunes gens, de jeunes sportsmen, ont constitué une nouvelle  société sportive désireuse de pratiquer des exercices d’adresse et de souplesse en éliminant les jeux brusques qui parfois deviennent dangereux. Ces   jeunes gens désireux de pratiquer des    distractions hygiéniques et fortifiantes veulent se lancer bien entendu dans l’athlétisme et    pratiquer la marche et les excursions mais surtout faire - du foot ball association - bien      différent du jeu ordinaire  rugby, en ce sens qu’il n’expose pas aux mêmes brutalités.

Cet avis de création fut repris par Le Roussillon avec la précision suivante : « Les jeunes gens âgés de moins de dix-sept ans ne pourront être admis », ce qui éliminait la plupart des collégiens. Le café Peyrot entrait dans l’histoire locale !

Autre café cité par L’Indépendant, toujours sous forme d’annonce sportive, page locale, le café Nou. Il était situé au 2 de la rue Petite La Réal et avait une autre entrée discrète par la rue des Écoles. En 1904, il devient le siège de l’Étoile Sportive Perpignanaise qui s’était créée en août 1903 avec le nom d’Étoile, on devine qu’il s’agissait d’un club cycliste mais qui devint omnisport en 1904 en introduisant le rugby. L’Indépendant appréciait ce club de jeunes gens et les parties  Étoile Sportive  contre le Stade de l’École primaire supérieure étaient rapportées par le journal, considérant qu’ils faisaient les spectacles rugbystiques parmi les plus agréables de la ville. L’Étoile Sportive jouera le Challenge Dubonnet, dès mars 1904 en compagnie de l’ASP, de l’Union Athlétique du Collège de Perpignan (UACP) et de l’EPS. L’heure de gloire de l’Étoile Sportive se situe en novembre 1905 où ils se qualifièrent pour la finale en battant Narbonne par 21 à zéro. Une équipe narbonnaise dépassée par les talents et les essais de Deit (3) Pigot (1) Argelès (1), plus un coup franc de Deit et « un jeu excellent de Duffau ». L’équipe perpignanaise se retourna « couverte de gloire dans son Café illuminé pour la circonstance ».

Mais le café Nou fut célèbre aussi en étant le siège de la société de boxe « La Gauloise » qui pratiquait la boxe française, la canne, la savate, le jiu jitsu, et se lie, en 1905, à la boxe anglaise dans la salle de sport au premier étage du café. Ce local était appelé le local « Lacoste » et tous les dix jours dans L’Indépendant, il y avait un message du club, d’une façon systématique et brève, jusqu’en 1906.

Message systématique également dans L’Indépendant, à la page locale, des clubs suivants, tous ayant leur siège social dans un café de la ville, mais aussi des appels pour des manifestations sportives, pour des participations aux festivités municipales, pour des déplacements sportifs, pour des annonces de résultats plus ou moins glorieux. L’Indépendant se présentait en soutien efficace de toutes ces manifestations, apportant parfois un commentaire souvent pertinent.

Nous pouvons affirmer que la vie sportive de la ville a été soutenue par le journal L’Indépendant dans toutes les catégories de sport et quel que soit l’âge des pratiquants, ou les opinions politiques, ou l’origine sociale des organisateurs et des membres des bureaux de ces associations.

On peut également dire que tous les événements sportifs d’ampleur régionale ou nationale ont été traités avec un grand souci d’exactitude, un grand respect pour les concurrents, et si l’événement était rare ou très exceptionnel par sa nouveauté, L’Indépendant allait jusqu’à la page pleine avec titre en première page du journal.

L’Indépendant n’hésitait pas à présenter création et résultat de club qui, en politique locale, s’avérait être de possibles adversaires. Par exemple, en décembre 1896, le journal présente une « nouvelle société de gymnastique « La Revanche » où l’on retrouve les noms de Charles Bausil, Grimal, De Rovira, Pons, Alavail, Horace Chauvet, Astor ». En 1888, il avait tout autant présenté « La création de la Société de Gymnastique et d’Escrime qui se réunira le 9 juin dans la salle de l’ancien Palais de Justice ». C’est la société de gymnastique « La Roussillonnaise ». Le journal va suivre les pérégrinations de cette création. Toujours en octobre : « La Roussillonnaise a son siège et ses locaux dans l’ancien Café du Théâtre Cirque des Variétés ». Il assure un suivi de l’évolution spatiale du siège social, en octobre 1891 : « Les Roussillonnais déménagent de l’ancien Café des Variétés au 15 Rue des Amandiers, la Maison Arago ».

Il participe activement au soutien de la Société Mixte de Tir qui recrute au Café de Bercy, avenue de la Gare, et au Café de France, et inaugure un nouveau siège en 1889 au 5 Rue Grande La Réal… Au cours des ans et jusqu’à nos jours, L’Indépendant fut et est le dépositaire de l’évolution, de la création, de l’histoire même de l’ensemble des activités sportives ou para sportives de la IIIe République. Il atteint très vite après la Grande Guerre la page sportive puis les pages sportives et pour finir changera de siècle en offrant, intégré dans le journal, un dossier sportif, le lundi, séparable du quotidien.

 

 

Qui se souviendrait de l’Académie de Boxe de M. Roca, boxe française et anglaise en 1913, ou des combats forains de lutte et de boxe des années 1890, des saisissants combats de boxe à la Foire du 11 novembre aux Platanes et des combats organisés par le prévôt Vidal sur le ring de l’Alcazar en 1902, des défis entre Ginolla et Vidal d’avril et juillet 1907, qui se souviendrait qu’à Toulouse, en février 1909, le roussillonnais Ceylor gagna la ceinture d’or en battant par K.O. le toulousain Galau.

La fête sportive dans la presse

Qui se souviendrait des fêtes sportives du Carnaval où, depuis sa création en 1888, la Société de Gymnastique et d’Escrime, La Roussillonnaise, faisait des démonstrations de boxe française au K……. de février, avec l’appui de la  musique militaire et des fanfares.

Qui se souviendrait de l’Étoile sportive, créée en 1903, club vélocipède et rugbystique, de l’équipe de rugby du Stade Roussillonnais qualifiée en 1906 d’une des meilleures équipes de la région, ou encore, en 1913, que les Green Devils existaient déjà, ou de l’Hirondelle Sportive, spécialiste de l’organisation de cross-country, et qui organisa le premier « tour de Perpignan » pédestre.

Qui se souviendrait du rugby des villages et les créations en 1908 du R.C. Helena (Elne), en 1909 du Sport Olympique de Collioure, du Stade Salcéen en 1909, de l’A.S. Illoise en 1910, du Club de Saleilles en 1912, comme celui de Corneilla-del-Vercol, également celui de Pézilla-la-Rivière et Baixas, toujours en 1912, une floraison de créations et de matchs avec les sièges sociaux, les cafés accueillant les clubs, avec les noms des présidents des clubs, des associés et des joueurs les plus en vue.

Qui se souviendrait du Challenge Rerolle 3 et des matchs internationaux de l’ASP dans les années 1912 avec les gallois de Nerth 4, de East Midland RFC, les Christinn’s Welch Selection FC…

Qui se souviendrait des soixante-dix manifestations taurines qui ont eu lieu de 1885 à 1897 ? L’Indépendant !

Notons enfin que si L’Indépendant avait gagné une certaine suprématie dans la production journalistique d’informations sportives, il n’en avait point le monopole absolu.

Le journal Le Roussillon ne manquait pas de souligner lui aussi, en termes parfois franchement critiques (la rédaction n’aimait pas le rugby), les événements sportifs ayant un caractère municipal, régional voire national, surtout s’ils avaient un rapport avec l’armée, les sociétés « Patriotes », l’église et le foot-ball. Une de leurs spécialités sportives était la présentation des fêtes sportives.

En particulier, Le Roussillon est à l’initiative lors de la fête sportive du 30 janvier 1910. Considérant que le public perpignanais ne connaît pas bien le foot-ball association, le comité des fêtes a pris l’initiative d’organiser une rencontre entre l’Olympique de Cette et le Foot-ball Club de Barcelone, champion d’Espagne. L’Olympique Sétois venait de battre le FC International de Lyon par 6 à 0. (Signalons que le FC Sète avait déjà été battu par Barcelone)5. Le programme signalait que John Ceylor, le champion roussillonnais de boxe anglaise, ceinture d’or, rencontrerait un certain James Ringson, que la Société Gymnique d’Escrime et de préparation militaire La Roussillonnaise effectuerait une pyramide. La manifestation sera musicalement appuyée par la Cobla Antigua et par la musique du 24e Colonial, démonstration de sardane.

En 1911, ce fut la renaissance tant souhaitée du Concours Hippique de Perpignan 6 . Le 9/02/1911, Le Roussillon publiait :

Qu’on se souvient de ces belles journées où, sous le soleil éclatant, dans le vent qui faisait claquer les drapeaux aux fenêtres, les équipages piaffaient, roulaient, agitaient leurs beaux harnachements de nickel et de cuivre et donnaient à notre ville l’aspect d’un retour du bois, au son des trompes et des cors de chasse ! Nos Perpignanaises arboraient de fastueuses toilettes : les ateliers de couture étaient sur les dents, les commerçants préparaient leurs étalages des grands jours de fêtes ; les Cafés regorgeaient de monde, les cercles s’épanouissaient dans les rires et le pétillement du champagne, les restaurants refusaient du monde. C’était une bonne et joyeuse Epoque, elle avait disparu, elle va revivre. C’est tant mieux pour tout le monde et c’est pourquoi au nom des sports triomphants aussi bien que de l’intérêt général, nous saluons avec joie la résurrection du Concours Hippique à Perpignan.

Le Concours hippique de Perpignan occupera le premier rang dans la presse locale du mois de février 1911. En 1912, le Concours continuera à avoir lieu sur le terrain de l’ASP, il continuera à passionner la presse locale, même s’il fut un peu effacé par la grande crise du rugby catalan ASP- SOP 7.

 


Avec une parfaite convergence de points de vue, la presse devenait humaine à cette époque lorsqu’il s’agissait d’une cause commune à l’ensemble de la cité. Par exemple, en 1905, à l’initiative de la famille Payra et de Michel Maillet, le maire Eugène Sauvy accepta de laisser organiser, aux Platanes, une fête athlétique dont le produit sera versé à la caisse du comité perpignanais de la Coupe des Pyrénées. Cette fête aura lieu le 9 juillet avec la participation de clubs perpignanais, ASP, Étoile Sportive, Gymnase Constant, Union Athlétique du Collège de Perpignan, Étoile Sportive de Prades et le Sporting Club de Marseille, l’Olympique de Cette. La fête sportive fut qualifiée d’olympienne, et grâce à la presse, la musique militaire du 12e de ligne, la venue du maire Sauvy et l’excellence du jury, « La fête Olympienne » avec un jury de choix, Bonnel, Payra, Maderon, Maillet, Constant et Sicre, c’est-à-dire ce qui se faisait de mieux dans les qualités sportives morales et physiques. La presse note qu’il y eut non des mécontents mais des déçus : absence de poids et haltères. Ce fut un grand succès populaire. Les fonds recueillis devaient servir à financer la Coupe des Pyrénées, pour les athlètes du Roussillon.

On peut conclure que les deux grands organes de presse de ces temps perpignanais, qui sont du dernier tiers du XIXe siècle, et qui ont eu une parution régulière jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, où suite à la Libération et à l’épuration de la presse : Le Roussillon a disparu.

L’Indépendant reste l’organe d’information locale de Perpignan et du Roussillon. Ces deux organes de presse ont, avec leurs points de vue sensiblement différents, rendu compte avec une grande fiabilité de la vie sportive départementale et perpignanaise dans sa globalité et ont été l’un comme l’autre parfois des initiateurs ou des accompagnateurs fidèles de certains sports.

Jean-Louis ROURE

 

1. Bien entendu nous arrêtons notre travail en 1914-1918.  Perpignan a construit un grand vélodrome moderne et les terrains sportifs se sont multipliés après la guerre, en particulier pour le rugby à XV et à XIII. Les stades Jean-Laffont, Aimé-Giral, Gilbert- Brutus… certains ont disparu. Le terrain du SOP (avenue Joffre). Voir plan de ville des années 1930.

2.  La notion de club n’avait pas encore pénétré le milieu perpignanais à la fin du XIXe siècle. La loi de 1884 avait libéralisé la notion d’Association en autorisant la constitution de groupements soumis à autorisation préfectorale. Les sociétés sportives ou autres se constituaient souvent sous la forme statutaire de sociétés de Secours Mutuel municipales, militaires, éducatives ou politiques, de manière à avoir une tranquillité statutaire. L’Union Athlétique du Collège de Perpignan s’était statutairement placée dans la dépendance de l’Union des Sociétés Françaises des Sports Athlétiques (USFSA), organisme parisien créé à l’initiative du Baron de Coubertin qui en fut longtemps le secrétaire général. La loi de 1901, dite loi sur les Associations, assouplit encore plus le système qui devient un simple système de déclaration dans le cadre des lois existantes. L’association n’est plus soumise au contrôle préalable et à une autorisation préalable à priori : notons que l’Association Sportive Perpignanaise (ASP) se présente en 1902 comme une association. La notion de club n’étant pas considérée comme juridique. Le terme ne l’est toujours pas, sémantiquement parlant. « CLUB » est un mot anglais signifiant, en français, « société ou cercle ».

3 . Rerolle fut un champion international de billard et membre de l’USFA et sa section rugby.

4.  Les challenges et les matchs internationaux ont été aussi l’objet d’articles copieux dans Le Roussillon, par exemple, sous la plume d’un certain Speaker, lequel estime que, pour le match ASP-Gloucester du 30 décembre 1912, « les avants de Perpignan, comme ce n’était pas le championnat, ont été « flemmards » et point ne fallait se la fouler », et ajoute : « c’est en raisonnant ainsi qu’on se laisse battre ».

5. À cette époque, le Foot-Ball Club de Sète était une des trois meilleures équipes de France. Barcelone étant déjà « le » Barça, on pouvait s’attendre à un match un peu déséquilibré et il le fut. L’AS avait prêté son terrain pour cette démonstration dans un bel esprit sportif et d’ailleurs il prêtait volontiers son terrain entre 1909 et 1914 pour la fête sportive.

6. Le Concours Hippique de Perpignan, fondé en 1892, se déroulait à l’ancien marché aux bestiaux, avant de se déplacer en 1901 à l’ancien Champ de Mars où furent établies des tribunes. Il se fit une très grande réputation dans tout le Midi mais disparut en 1906, au grand regret des éléments sportifs mondains de Perpignan et des militaires.

7. En 1904, le Concours Hippique se déroula les 16, 19 et 20 juin, le même mois que celui de Barcelone où triomphèrent d’Oriola et de Rovira.

 
Commercer sur la frontière de 1258, entre Fenouillèdes et Roussillon-Conflent

Conférence du 25 février 2020



 

En 1258 Jacques le Conquérant, roi d’Aragon et Louis IX, roi de France signent le traité de Corbeil, un traité de paix qui a pour conséquence  d’établir de facto une frontière entre leurs royaumes respectifs.

Localement, son tracé vient se superposer aux limites de l’ancienne vicomté de Fenouillèdes, désormais sous domination française, et à celles des comtés de Roussillon et de Cerdagne, successivement sous domination majorquine (1262-1344) puis aragonaise (1344-1463). Mais en 1463, la frontière devient caduque avec l’annexion du Roussillon par le roi de France Louis XI, marquant ainsi la fin du destin médiéval de cette ligne de démarcation… Elle sera définitivement supprimée en 1659 avec le traité des Pyrénées.

Si d’un point de géopolitique le traité de Corbeil instaure effectivement une séparation entre deux royaumes en voie vers leur unification territoriale, administrative et institutionnelle, elle n’entrave cependant pas les contacts sociaux, économiques et culturels entre les populations limitrophes.

Les notaires des bourgs frontaliers de Millas et d’Ille-sur-Têt sont les meilleurs témoins de ces relations transfrontalières. Leurs registres, conservés aux Archive départementales des Pyrénées Orientales, recensent de nombreux actes à caractère économique mettant en évidence cinq marchandises caractéristiques des échanges économiques transfrontaliers : le bois, le fer, la laine, les bêtes et les céréales.

En outre, les sources de la pratique notariale roussillonnaise du XIIIe au XVe siècle permettent de connaître l’identité des acteurs commerciaux, les modalités des échanges dans le contexte transfrontalier et de retracer certaines migrations marchandes.

Margault Coste, doctorante contractuelle à l’Université de Perpignan Via Domitia.